L’hôtel des États-Unis

C’est en consultant une archive de l’INA datant de 1949 que je découvre l’existence de l’hôtel des États-Unis situé sur le boulevard du Montparnasse. L’immeuble existe toujours mais n’a plus tout à fait la même fonction. J’ai eu envie d’investiguer pour savoir ce que je pourrais trouver sur l’histoire de ce bâtiment…

D’après le cadastre cet immeuble du 135 boulevard du Montparnasse a été construit entre 1851 et 1914. Je n’ai pas trouvé à quelle date l’hôtel des États-Unis a ouvert à cette adresse, mais on en trouve la mention dans une petite annonce publiée le 8 mars 1879 dans le Figaro

…ainsi que sur cette carte postale qui y a été envoyée en septembre 1911.

(source : Smithsonian)

Dans un entrefilet du Petit parisien (24 sept. 1903), on apprend que M. André-Jean-Marie Fourgous, tenant l’hôtel-café-restaurant du 135 boulevard Montparnasse a fait faillite et dans une publication légale parue dans La Loi (28 déc. 1928) que l’Hôtel des États-Unis devient une SARL détenue par M. André Hamayon, architecte, Mme Marie Thébault, épouse autorisée de M. Victor Pascal d’Autremont et Mme Marie Dibonnet, veuve de M. Alphonse Thébault.

Le café-restaurant sis à la même adresse que l’hôtel portera différents noms. En novembre 1922, The Chicago Tribune and the Daily News, New York recommande Le Rapin, en mai 1931, Le Chaos, bar américain qui propose buffet froid et souper léger. En 1939, il s’agit de la Nouvelle Chine.

Dans les années 50, le rez-de-chaussée du bâtiment accueille le bar de l’Hôtel des États-Unis, dans lequel furent donnés de nombreux concerts de jazz. Vous pouvez d’ailleurs en découvrir le menu de 1952 archivé à la Bibliothèque spécialisée de Paris.

Les résidents plus ou moins célèbres

A la fin du 19ème siècle, vers 1874, le peintre américain John Singer Sargent (1856-1925), qui réalisa entre autre un célèbre portrait d’Auguste Rodin, y réside. En 1881, Louise-Athanaïse Claudel s’y installe au quatrième étage avec ses trois enfants Camille (1864-1943), Louise (1866-1929) et Paul (1868-1955). C’est d’ailleurs dans le quartier du Montparnasse, à l’académie Colarossi (10 rue de la Grande-Chaumière) que Camille prend ses premiers cours de sculpture. Dans la même période, en 1885, le poète français Germain Nouveau (1851-1920) loge au 135. Le docteur Philippe Grenier (1865-1944), premier député musulman de l’histoire de France, y réside fin 1896.

Vers 1900, Édouard Léon Huvé (1865-1933) y aurait exercé son métier de maitre fondeur de caractères typographiques. En 1908, le poète et écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) y séjourne également.

En décembre 1912, le peintre belge Hector van Eyck (1872-1924) présente une sélection de ses œuvres au Jardin d’hiver, 135 bd du Montparnasse. Resté fidèle à son pays natal, il peint les campagnes flamandes aux environs de Waesmunster. Son exposition donne lieu à un article dans le Journal des arts (18 déc. 1912)

De décembre 1929 à l’été 1930, Sergei Eisenstein (1898-1948), le cinéaste russe, séjourne à l’hôtel des États-Unis à Paris. Depuis 1925, il existe à Paris trois hôtels du même nom, mais il était vraisemblablement à celui de Montparnasse. Il en aurait profité pour rendre visite à James Joyce (1882-1941) pour discuter de l’adaptation cinématographique de son œuvre Ulysses et donner le 17 février 1930 une conférence à la Sorbonne sur les « Principes du nouveau cinéma russe ».

A une date indéterminée, vraisemblablement entre 1930 et 1939, Henry Miller (1891-1980), romancier et essayiste américain, y aurait résidé.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’hôtel est réquisitionné pour les sous-officiers allemands.
En représailles aux 75 otages fusillés au mont Valérien à la mi-décembre 1941, deux grenades ont été lancées contre l’hôtel le 26 décembre 1941 à 6h30 du matin. Dans un document des Archives nationales, on apprend que cet hôtel a été, entre décembre 1941 et janvier 1942, le siège de la Geheim Feld Polizei (GFP), la police secrète militaire, de la Luftwaffe (armée de l’air). La Gestapo y menait aussi des interrogatoires comme celui de Madeleine Michelis (1913-1944) qui n’y a pas survécu.

Vidéogramme extrait de l’archive de l’INA du 20 janvier 1949.

Arrivé à Paris fin 1948 grâce au GI Bill*, Art Buchwald (1925-2007), alors jeune soldat américain démobilisé, a séjourné après-guerre à l’hôtel des États-Unis, tenu alors par un vétéran polonais qui a combattu aux côtés des alliés. Sa chambre était au 3ème étage équipée d’un lavabo, d’un bidet, d’un lit et d’un bureau. Il raconte que l’ampoule éclairait tellement peu que « la souris est devenue aveugle à force de chercher à manger« . Il deviendra plus tard humoriste et éditorialiste au Washington Post.

Pilote des forces aériennes des États-Unis, puis militant pacifiste, Garry Davis (1921-2013) crée en 1948 le mouvement des Citoyens du monde. Dès décembre 1948, des anonymes et de nombreuses personnalités comme André Breton, Jean-Paul Sartre, l’Abbé Pierre ou Albert Einstein, viennent à sa rencontre lors de débats. Comme en témoigne cette archive de l’INA du 20 janvier 1949, il s’est installé au 135 boulevard du Montparnasse pour dépouiller tout le courrier qui lui arrive d’un peu partout dans le monde.

L’hôtel fournissait du papier à entête à ses résidents comme l’atteste cette correspondance du 28 juin 1953, entre Eric P. Newman (1911-2017), numismate américain, et Kenneth Scott (1900-1993), historien et professeur à Wagner College, sur le thème de la contrefaçon de monnaie coloniale.

(source : NNP at Washington University in St Louis)

Plus récemment, l’écrivain Nimrod (1959-…) y auraient aussi vécu.

Quelques faits divers

Dans les coupures de journaux que l’on peut retrouver en ligne on découvre que le 135 boulevard du Montparnasse est le théâtre de faits divers plus ou moins dramatiques. Ainsi dans La Lanterne et L’Intransigeant du 4 février 1893, on apprend qu’un homme accompagné de deux enfants et qui a pris une chambre à l’hôtel y abandonne le plus jeune de trois ans au petit matin.

Dans Le Soir (23 avril 1904), on peut lire que M. Georges Bunoud âgé de trente ans, métreur-vérificateur, demeurant depuis quatre ans à l’hôtel des États-Unis, s’est tué d’une balle dans la tempe droite, par désespoir amoureux.

En 1928, Houlbaboff, un voleur en série sévit dans les hôtels. Ainsi le baron von Ritter, ancien ministre plénipotentiaire de Bavière, se fait voler une valise contenant des documents diplomatiques et 5000 francs de bijoux dans l’hôtel des États-Unis (Le Journal, 28 avril 1928)

Le 30 mai 1939, L’Humanité et l’Excelsior relatent un drame s’étant déroulé au restaurant La Nouvelle Chine, au 135 boulevard du Montparnasse. Un garçon du restaurant congédié ce matin-là a tiré plusieurs coups de revolver sur le patron du restaurant, son compatriote.

En 1941, Paris-Soir (11 juil. 1941) relate le vol de bicyclette des locataires dans la cour du 135 boulevard du Montparnasse.

Toutes ces histoires, petites et grandes, qui toutes se sont déroulées à une même adresse, au 135 boulevard du Montparnasse, donnent vie à ce lieu au fil des années.

De nos jours…

Le bâtiment de sept étages a été rénové en 2009. Il héberge l’une des résidences étudiantes de Campus France à Paris et propose 24 studios entièrement équipés, aménagés et décorés selon un design contemporain.


*Le GI Bill est une loi américaine adoptée en juin 1944 par le Congrès des États-Unis, fournissant aux soldats démobilisés de la Seconde Guerre mondiale (communément appelés les G.I.) le financement de leurs études universitaires ou de formations professionnelles ainsi qu’une année d’assurance chômage.

Les sources pour cet article : « Left Bank: Art, Passion and the Rebirth of Paris 1940–1950 » (2018) de Agnès Poirier, « Expatriate Paris: A Cultural and Literary Guide to Paris of the 1920s » (1990) de Arlen J. Hansen, « Un balcon sur l’Algérois » (2013) de Nimrod, les sites de la Fondation C. F. Ramuz, du Musée Camille Claudel, du Comité des travaux historiques et scientifiques.

Le Jockey

En 1923, Montparnasse connait un véritable séisme. Jusqu’alors, la vie nocturne s’arrêtait à la fermeture des cafés restaurants comme le Dôme et la Rotonde. Avec le cabaret Le Jockey, installé à l’angle de la rue Campagne Première et du boulevard du Montparnasse, la nuit n’a plus de limite. Le succès est immédiat…

Dans Comœdia, le journal culturel français, André Warnod (1885-1960), le goguettier, critique d’art et dessinateur, écrivait : « Lorsqu’il existe un endroit curieux et sympathique, il faut bien se garder d’en trop parler sans quoi tout est bientôt fini. Mais il n’y a plus à faire discret en parlant du Jockey. Il commence à être bien repéré » (21 fév. 1924).

Le Caméléon se métamorphose

L’Académie du Caméléon, cabaret artistique et littéraire fondé en 1921 au 146, boulevard du Montparnasse (14ème arr.). L’enseigne du Caméléon est visible au dessus de la porte qui fait l’angle (crédit : Roger-Viollet, avril 1923 – source : Paris en images).

L’idée du Jockey serait née au sein de la petite communauté des artistes américains expatriés. Copeland, musicien, et Miller, ancien jockey, ont découvert que les Américains de Montparnasse rêvaient de disposer d’un club à eux, sans avoir à s’éloigner de leur village. En 1923, le premier cabaret The Jockey s’installe au 146 boulevard du Montparnasse, à l’angle de la rue Campagne-Première, en lieu et place du Caméléon. Les nuits des Montparnos n’ont plus de limite. Le peintre américain Hilaire Hiler (1898-1966) et son complice Bob Lejeune, ancien stewart de paquebot, sont les maîtres des lieux. Kiki raconte « Nous avons inauguré une boite toute petite et qui promet d’être gaie. C’est le Jockey parce que Miller qui s’y intéresse est jockey […] tous les soirs on se retrouve comme en famille. On boit beaucoup, tout le monde est gai. Tout Paris vient s’amuser au Jockey ».

Ça ne semble pas du goût de tout le monde. Dans le Mercure de France, on pouvait lire « La vieille auberge du Caméléon, au coin du boulevard [Montparnasse] et de la rue Campagne Première, où se tenaient sous la direction d’Alexandre Mercereau, d’excellentes soirées vouées aux Lettres françaises, a été transformée en une sorte de bar du Texas, à l’enseigne du Jockey » (15 nov. 1924).

Ci-contre : Vue du Jockey à l’angle du la rue Campagne-Première et du boulevard du Montparnasse, vers 1925.

René Brunschwick raconte dans Le Siècle : « Auparavant des gens de lettres, des artistes dramatiques venaient vanter la valeur de jeunes inconnus ou méconnus, ou bien s’efforçaient de rehausser une gloire chancelante. L’Académie les Gens de Lettres, les Poètes français, l’Opéra, le Français, l’Odéon se donnaient rendez-vous là devant un public de choix. Les mêmes y fréquentent encore. Mais si les personnages n’ont pas changé, le but est différent. Alors l’ordre, le silence, une atmosphère quasi religieuse étaient de règle. Aujourd’hui, le chahut, la « blague » et l’esprit frondeur se mélangent agréablement entre 10 heures et 3 heures du matin » (13 nov. 1924).

Le tout Paris se donne rendez-vous au Jockey

A l’intérieur, les travaux sont réduits au minimum, une ambiance de saloon, un comptoir en bois, des tables contre les murs et une minuscule piste de danse.

Ci-contre : Le Crapouillot, périodique satirique, du 16 avril 1924, avec un dessin de Jean Oberlé sur le Jockey à Montparnasse.

Au dehors Hiler a couvert les murs tout noirs de silhouettes blanches représentant un Indien d’Amérique à cheval avec un tomahawk, un cowboy, des Mexicains en poncho, des Indiens emmitouflés dans une couverture et un crâne de bovin à longues cornes du Texas. Rapidement le tout Paris rapplique dans ce nouvel établissement « grand tout juste comme un mouchoir d’honnête homme » (Les Modes de la femme de France, 17 août 1924) et vient s’amuser au Jockey. On se faufile, on s’empile, on se démène pour trouver une place. André Warnod écrit encore : « Il y a près de la porte un bar en bois où l’on boit debout en tenant son verre en équilibre. Sur les tables les nappes sont en papier et on a de la chance quand on peut s’asseoir sur une demi chaise. C’est ainsi aujourd’hui qu’on fait les bonnes maisons » (21 fév. 1924).

Toujours dans Comœdia, André Warnod décrit ainsi le cabaret : « Les murs sont couverts de grandes affiches multicolores, des affiches comme on en voit partout mais collées de travers, chevauchant les unes par-dessus les autres, tout de guingois, tout de traviole, sur les murs, au plafond. D’autres pendent comme des oriflammes à la poutre médiane et de grandes pancartes blanches posées dans ce flamboiement aveuglant, comme des papillons, portent écrites en grosses lettres manuscrites des recommandations souvent facétieuses et rédigées dans un anglais difficilement traduisible » (21 fév. 1924).

L’idée est de mélanger toutes les faunes du quartier. Hiler a surpris d’emblée la clientèle en baissant le tarif des consommations. Dans Paris-soir (12 juin 1924, pp. 1-2), Maurice-Verne décrit longuement l’ambiance du Jockey :

Photographiés de jour devant le cabaret le Jockey, en novembre 1923, tout le monde portant des manteaux et les peintures de Hiler n’apparaissent pas encore sur la façade. On a identifié : Bill Bird, journaliste, Kiki, modèle, Martha Dennison, Jane Heap et Margaret Anderson, fondatrices de la revue d’art et de littérature The Little Review, Ezra Pound, poète, musicien et critique, Man Ray, photographe et peintre, Mina Loy, écrivaine et poétesse, Tristan Tzara, écrivain, poète et essayiste, Jean Cocteau, poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste, Hilaire Hiler, peintre, pianiste de jazz et psychologue théoricien de la couleur, Miller, l’ancien jockey, Les Copeland, pianiste, Caughell, Curtis Moffat, photographe.

On retrouve du beau monde au Jockey. Certains fidèles sont présents sur ces clichés dont je n’ai pas retrouvé le ou les auteurs. Parmi les clients du Jockey on trouve également Ernest Hemingway, Louis Aragon, Foujita, Moïse Kisling, Pascin, Charles Fegdal, Othon Friesz, Tristan Derème, Lucien Aressy…

Le tout Paris se presse au Jockey pour entendre Hiler jouer du piano jazz avec son singe sur l’épaule. Kiki, qui vit alors avec Man Ray au 31 bis rue Campagne Première, s’y produit régulièrement. Elle y chante un répertoire grivois et danse le cancan.

Quelques mois après son ouverture, le cabaret se transforme et se diversifie. René Brunschwick décrit dans Le Siècle : « A la fin du mois on pourra admirer ses agrandissements. Le peintre Robert Barriot décore le sous-sol qui doit être aménagé en caveau. C’est là que la société élégante et artiste se réunira chaque jour entre 5 et 7 pour prendre le thé. On aura également accès au premier étage où l’on est en train d’installer un restaurant destiné à abriter les expositions mensuelles » (13 nov. 1924).

Le cabaret « The Jockey » à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue Campagne-Première (14e arr.) (crédit : Albert Harlingue/Roger-Viollet – source : Paris en images)

Dans Le Soir (19 mai 1925), le journaliste Pierre Lazareff semble trouver que les établissements de Montparnasse s’embourgeoisent et deviennent snob. Le Jockey n’échappe pas à cette tendance.

Le Jockey déménage

En 1932, le cabaret traverse le boulevard pour s’installer au n° 127 du boulevard Montparnasse.

Comme pour sa localisation d’origine, Le Jockey est à nouveau à l’angle d’une rue (la rue de Chevreuse). En regardant trop vite les photographies de l’établissement on peut tout à fait confondre les deux localisations. Un point de repère peut être l’enseigne lumineuse placée cette fois verticalement.

L’enseigne lumineuse de la boîte de nuit « Le Jockey » au 127 bd du Montparnasse (6ème arr.), en 1939. (crédit : Pierre Jahan/Roger-Viollet – source : Paris en images)

De nos jours


Les sources de cet article : « Kiki, reine de Montparnasse » (1988) de Lou Mollgaard (ed. Robert Laffont, pp. 124-143), « Léonard Tsuguharu Foujita » (2001) de Sylvie Buisson, Dominique Buisson (ACR édition, vol. 1, p. 108, 163, 246), « Tristan Tzara » (2002) de François Buot, l’article « Kiki, au Jockey » (2013) du blog Le Montparnasse de Kiki et Mememad.

Le Grand bazar de la rue de Rennes

Qui pourrait imaginer qu’au début du 20ème siècle, au 136 rue de Rennes à Paris, à la place du bâtiment de la Fnac, existait un splendide édifice Art nouveau hébergeant la quintessence du commerce moderne de l’époque ?

A la fin du 19ème siècle, dans son roman Au bonheur des dames, Émile Zola parle des « cathédrales du commerce moderne », les grands magasins. Dans le contexte de compétition entre les enseignes, plusieurs d’entre eux ont vu le jour dans des quartiers à fort potentiel, comme le Palais de la Nouveauté, boulevard Barbès en 1856, le Printemps, depuis 1865 sur le boulevard Haussmann ou la Samaritaine, fondée en 1870 rue de Rivoli. Implanté rive gauche se trouve également depuis 1852, le Bon marché. En 1906, le Grand bazar, de style Art nouveau, sort de terre rue de Rennes.

L’entrepreneur et homme d’affaires français, Eugène Corbin (1867-1952), fils d’Antoine Corbin, fondateur des Magasins réunis, a considérablement développé le modeste bazar familial nancéien pour en faire une chaîne de grands magasins. Également collectionneur d’art, il est un mécène majeur du mouvement Art nouveau de l’École de Nancy. En 1905, avec d’autres actionnaires, il confit à l’architecte Henry Gutton (1874-1963), la construction d’un nouveau magasin sur la rue de Rennes, à proximité de la gare Montparnasse et juste à côté de l’immeuble Félix Potin ouvert en 1904.

Ce bâtiment à structure métallique était le plus important édifice dans le style de l’École de Nancy présent dans la capitale et constituait en quelque sorte son manifeste. Les poutrelles métalliques de l’immeuble proviennent des ateliers de la rue de Vaugirard d’Armand Moisant (1838-1906), ingénieur et principal concurrent d’Eiffel. Les constructions en structure métallique semblent répandues à l’époque comme on peut le voir aussi à l’église Notre-Dame du travail inaugurée en 1902.

Situé au 136 de la rue de Rennes, à l’angle de la rue Blaise Desgoffe, le magasin est inauguré en grande pompe le 29 septembre 1906.

Grâce à la variété de leurs produits, à leur méthode de vente moderne et à la qualité de leur cadre, les grands magasins accueillaient une grande diversité de clients.

L’architecte a voulu une façade entièrement vitrée avec un encadrement métallique peint en vert foncé. Les vitres couvrent la hauteur des deux étages principaux, le plancher intermédiaire est en recul de 0,80 m de la façade et l’architecte prévoit des tablettes vitrées sur toute la hauteur pour servir de vitrine. Au dessus est l’étage de réserve, la façade y présente des parties pleines en briques cachées par des plaques de verre noir sur fond doré. La crête de couronnement est formé de fers en U et en T avec des ornements de cuivre repoussé.

Vue générale de l’intérieur du Grand bazar de la rue de Rennes (Paris, 6ème arr.) à 9h du matin le jour de l’inauguration le 29 septembre 1906.


A l’intérieur la tonalité des peintures est blanc ivoire et or. On trouve le grand hall sous verrière typique des grands magasins au temps ou l’éclairage artificiel était insuffisant. Le grand escalier est lui aussi caractéristique des magasins de l’époque qui ne connaissaient pas les escalators. Il n’y a qu’un ascenseur au fond du magasin. L’étage de réserve est masqué par une frise de staff (moulure).
Le plancher du rez-de-chaussée est en pente pour éviter les marches à l’entrée du magasin car il y a 1,20m de différence de hauteur entre la rue de Rennes et la rue Blaise-Desgoffes.

Visite officielle à 11h le jour de l’inauguration du Grand bazar de la rue de Rennes (Paris, 6ème arr.), le 29 septembre 1906.

Le bâtiment s’élevait sur cinq niveaux : un sous-sol, un grand espace au rez-de-chaussée et trois niveaux en galerie au-dessus. Un grand escalier central divisait l’espace en deux. Il permettait d’accéder aux galeries du premier et deuxième étages par des ponts-galeries.

Bien que situé à l’angle de deux rues, le bâtiment n’offre pas de dôme d’angle comme c’est le cas dans les autres grands magasins construits à la même époque.

En revanche, vingt-quatre épis sont dressés en amortissement des piles des travées. Sur un peu plus de cent mètres de façade, dix-sept épis, nettement plus élevés, reçoivent de petits fanions triangulaires et colorés ou des réclames sous formes de bannières.

Comme l’attestent différentes coupures de journaux, toutes les occasions sont bonnes pour proposer des animations et faire venir les clients, comme pour le premier anniversaire du Grand bazar en septembre 1907 ou lors des fêtes de noël.

Qu’est devenu le Grand bazar ?

En 1910, le Grand bazar devient les Grands Magasins de la rue de Rennes, puis la propriété des Magasins Réunis dans les années 1920.

Pendant la 1ère guerre mondiale, les vitrines du Grand Bazar étaient protégées contre les bombardements, comme on peut le voir sur cet autochrome du 10 mai 1918 (crédit : Auguste Léon – source : Département des Hauts-de-Seine, musée Albert-Kahn, Archives de la Planète, A 14 037 S).

Les Magasins réunis au 136 rue de Rennes (Paris, 6ème arr.). On reconnait juste à côté l’immeuble Félix Potin et l’ancienne gare Montparnasse au bout de la rue.

Vers 1960, une nouvelle façade plus banale est plaquée sur la façade d’origine de style Art nouveau.

Le bâtiment originel est détruit en 1972, puis reconstruit. En 1974, l’édifice devient un magasin Fnac, le premier magasin de l’enseigne à Montparnasse qui propose des livres.

La bâtiment au 136 rue de Rennes abrite de nos jours la Fnac et Uniqlo (crédit : Les Montparnos, octobre 2020).

Mes sources : l’article de Olivier Vayron « Dômes et signes spectaculaires dans les couronnements des grands magasins parisiens : Dufayel, Grand-Bazar de la rue de Rennes, Printemps, Samaritaine. » (2015), Wikipédia, les blogs Paris projet ou vandalisme et Paris 1900, l’art nouveau.

L’art urbain à Montparnasse

Montparnasse n’est pas réputé pour le street art, comme peut l’être le 13e arrondissement, mais plutôt pour ses ateliers d’artistes. Pourtant au fil des balades on peut y découvrir quelques œuvres visibles depuis la rue ou sur des sites ouverts au public.

Voici une première sélection d’œuvres à voir au fil des déambulations dans le quartier du Montparnasse. Parfois je ne suis pas parvenue à identifier les auteurs des graffitis. Si vous les connaissez, faites m’en part et j’ajouterai l’information. Je suis également preneuse de vos trouvailles. Indiquez-les moi en commentaire, en fonction de vos retours, soit je complèterai cet article, soit j’en ferai un second !

Les fresques

Tower par Keith Haring
Œuvre créée in situ et offerte par l’artiste en 1987, restaurée en 2016
Hôpital Necker, 149 rue de Sèvres, 15e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Scratching the surface par Vhils
Un des trois portraits d’enfants réalisée pour la Nuit blanche 2014
Hôpital Necker, 149 rue de Sèvres, 15e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

L’homme en blanc par Jérôme Mesnager
Sur la façade de l’hôtel des Académies et des Arts, 15 rue de la Grande Chaumière, 6e arr.

(crédit : Les Montparnos, sept. 2020)

Fresque de la rue de la Gaité

Rue de la Gaité Montparnasse par Loren Munk
Fresque réalisée en 1991 / 1993 sur commande de la Mairie de Paris. Elle est visible depuis le boulevard Edgar-Quinet à l’entrée de la rue de la Gaité, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, nov. 2016)

Reprendre la conversation par Jean Michel Alberola
Sur la façade latérale de l’hotel Odessa, 28 rue d’Odessa, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, oct. 2020)

Fresque éphémère par Brusk
Entre la rue Vercingétorix et l’avenue du Maine

(crédit : Les Montparnos, déc. 2018)

par Jo Little & Pparpierremerriaux
Fresque réalisée dans le cadre des journées du patrimoine 2018
Hôpital Necker, 149 rue de Sèvres, 15e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Fresque réalisée par le collectif @le_mouvement et le Dr Taymme Hachem (@teym_hm) pour célébrer la fin du confinement en 2020.
Hôpital Necker, 149 rue de Sèvres, 15e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

La lionne par Harry James
52 rue Raymond Losserand, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Adios Bahamas par 75e session et les gars laxistes
Rue des Thermopyles dans le 14e arr., en hommage au rappeur Népal décédé en novembre 2019 à l’âge de 29 ans.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

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Avenue du Maine, à la sortie du métro Gaité

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

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Dans la descente du parking de la gare Montparnasse

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Monsieur Chat par Thoma Vuille
Ce mur de la rue Olivier Noyer, 14e arr., change perpétuellement…

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Les clins d’œil

Il faut parfois lever le nez au vent pour découvrir ces petites notes d’humour et de poésie

Rue Cassette par Mifamosa

(crédit : Les Montparnos, sept. 2020)

Les pieuvres de GZ’UP
On en trouve à de multiples endroits dans le quartier, ici rue Raymond Losserand, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Buzz l’éclair par Mr Djoul
Rue Pernéty à l’angle de la rue Raymond Losserand, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

par Monsieur BMX
Passage des arts, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

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Rue des Thermopyles, 14e arr.

(crédit : Les Montparnos, août 2020)

Sur les devantures des magasins

12 Rue Antoine Bourdelle, 15e arr.

(crédit : Les Montparnos, )

D’après Méheut, A Douarnenez, la fête des filets bleus par Toqué frères
Au 10 rue du Maine, 14e arr., la fresque sur la devanture de la Coop Breizh, aujourd’hui fermée, a été recouverte par un graffiti.

(crédit : Les Montparnos, juin 2020)

Les fresques disparues

Montparnasse au fil des plans

Difficile d’imaginer que l’actuel quartier très urbanisé du Montparnasse n’était que champs et chemins de terre, il n’y a pas si longtemps. Découvrez cette évolution au fil de plans.

Ce plan, réalisé en 1705, représente Paris et ses environs sous le règne de Louis VII le Jeune (1120-1180) (source : Gallica.fr)

J’ai eu envie de savoir depuis quand Montparnasse ressemble à ce que je connais aujourd’hui, et quelles traces du paysage passé, je pourrai dénicher. Évidemment pas de photos avant 1839 et pas des films avant 1895, mais une fois de plus internet, et plus précisément wikipedia, est un puits sans fond pour dégoter des informations et notamment des cartes. Cet article regroupe une sélection de plans se focalisant sur la zone de Montparnasse.

XIIème siècle

Le plan qui illustre en ouverture cet article représente Paris et ses environs sous le règne de Louis VII le Jeune (1120-1180). Difficile de délimiter la zone qui deviendra, quelques siècles plus tard, le quartier du Montparnasse. Pourtant en y regardant de plus près, on repère l’abbaye de St Germain, les églises St Sulpice et Notre-Dame-des-Champs. On note également l’hôtel de Vauvert, résidence au milieu des vignes du roi Robert le pieux (972-1031). Ce vallon n’est autre que ce que nous connaissons aujourd’hui comme le Jardin du Luxembourg. À la mort du roi Robert, le château de Vauvert, abandonné, tombe rapidement en ruine et devient une véritable cour des miracles. L’expression populaire aller au diable Vauvert viendrait de là.
En 1257, le roi Louis IX concède le terrain de Vauvert aux Chartreux qui y établissent un monastère.

1380

Au fil des plans, il est intéressant de remarquer l’avancée de l’urbanisation et le recul de la campagne et des champs cultivés. Vous noterez que leur orientation n’est pas toujours la même. Parfois le nord est à gauche et parfois il est en haut.
Le couvent des Chartreux fondé en 1257 est aussi un point de repère utile. Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel jardin du Luxembourg et a perduré jusqu’à sa démolition de 1796 à 1800.
La ligne bleue rajoutée matérialise la rue de Vaugirard présente depuis fort longtemps. Le rond bleu indique la butte connue sous le nom de mont de la Fronde ou Mont de Parnasse, en référence à la montagne du centre de la Grèce, site particulièrement vénéré dans l’Antiquité qui surplombe la cité de Delphes.
Le chemin courbe qui sillonne presque en parallèle au muret du clos des Chartreux et qui aboutit à la rue de Vaugirard deviendra la rue Notre-Dame-des-champs.

Détail du plan de la ville de Paris en 1380 par Henri Legrand. La route indiquée en bleu est la rue de Vaugirard, le cercle bleu matérialise la colline qui plus tard sera nommée Mont-Parnasse. Entre les deux se trouve le couvent des Chartreux (source : David Rumsey Map Collection).

1657

Sur ce plan de 1657, le long de la rue de Vaugirard on trouve le Palais du Luxembourg qui a été construit sur le terrain d’un hôtel particulier du XVIe siècle et qui appartenait à François de Piney, duc de Luxembourg. On remarque également le moulin des Chartreux. Mais ce qui saute aux yeux c’est le regroupement de personnes aux alentours du Mont de Parnasse ou Mont de la Fronde. Il semblerait qu’on y venait pour s’exercer au lancer de pierres.

Détail de la carte de Paris en 1657, réalisée par Johannes Janssonius. En bleu, la rue de Vaugirard et la colline du Mont de Parnasse ou de la Fronde (source : Geheugen van Nederland).

1717

Fondé en 1667, l’observatoire de Paris, dont la construction s’est achevé en 1672, apparait sur ce plan de 1717 et le parallèle de l’observatoire à 48° 50’10 » est matérialisé. Près de la barrière de Vaugirard, les moulins de la pointe et de la Tour sont représentés. Le futur boulevard du Montparnasse n’est pas totalement dessiné. Le chemin de Meudon devient la rue de Seve (Sèvres) après le passage de la barrière du même nom. D’autres chemins mènent aux communes voisines comme Vaugirard, Clamar (Clamart), Vanvre (Vanves), Chastillon (Châtillon), Mont Rouge (Montrouge) ou Bourg la Reyne (Bourg-la-Reine). On note que l’actuelle rue du Cherche-midi, se nomme en 1717 la rue de Chasse midy. Depuis 1705, la rue Notre-Dame-des-champs est clairement indiquée. En plus du couvent des Chartreux, de l’église et du séminaire de St Sulpice, on remarque de nombreux établissements à caractères religieux, comme le séminaire des missions étrangères, les bénédictins de Notre-Dame-des-prez, la communauté des filles du St Esprit, de Notre-Dame-de-la-consolation, de la Visitation, les Pères de l’Oratoire, les Capucins, les Ursulines… Le long du Faubourg St Jacques, les églises et chapelles se succèdent les unes après les autres.

Détail du plan de Paris, ses faubourgs et ses environs en 1717 par Nicolas de Fer (crédit : Stephen S. Clark Library – source : University of Michigan Library)

1788

En 1784, il est décidé de faire entourer la ville de Paris d’une muraille destinée non pas à la défense, mais à la perception de l’octroi, impôt prélevé sur les marchandises entrant dans la ville. Le mur des fermiers généraux est édifié en quelques années à partir de 1784. Muni de 57 passages, appelés barrières, le mur est gardé par les employés de l’octroi. Pour la zone qui nous concerne le tracé de la muraille, alors au milieu des champs, suit approximativement les actuels boulevards Garibaldi, Pasteur, Vaugirard, Edgar-Quinet, Raspail et Saint-Jacques.
On remarque que les actuels boulevard du Montparnasse et boulevard Raspail qui font partie des boulevards du Midi dont la construction est prescrite en 1704 par Louis XIV, amorcée vers 1720 et achevée au début des années 1760, sont indiqués comme Nouveau Boulevard sur ce plan.
Sur le bord gauche du plan, près de la rue de Vaugirard et en face du moulin de la pointe, se trouve la pension de l’enfant Jésus. C’est à cet endroit qu’ouvrira en juin 1802 l’hôpital des enfants malades.

Détail du plan de la ville et des faubourgs de Paris en 1788 par Louis-Joseph Mondhare. On note le mur d’enceinte de Paris qui traverse les champs en vert (source : Barry Lawrence Ruderman)

1837

Sur ce plan de 1837, le couvent des Chartreux a disparu. A la place on trouve la pépinière du jardin de Luxembourg. Un enclos carré délimite au sud du boulevard Montparnasse le cimetière de Montrouge, qui deviendra le cimetière du Montparnasse, et à deux pas se situe un théâtre dans une rue qui deviendra la rue de la Gaité. Le long du mur des fermiers généraux, le nom des barrières est clairement inscrit : Sèvres, Fourneaux, Vaugirard, Maine, Montparnasse, d’Enfer. A gauche de la chaussée du Maine sont mentionnés plusieurs moulins à vent, le moulin de la citadelle, le moulin de beurre et le moulin neuf.
On note que le chemin de fer n’a pas encore fait son apparition, puisque l’embarcadère du Maine ne rentre en fonction qu’à partir de 1840.

Détail du plan topographique de Paris en 1837, réalisé par Alexis Donnet (source : Gallica.fr)

1849

L’enceinte de Thiers (hachurée en bleu sur le plan ci-dessous) est créée entre 1841 et 1844 autour de Paris, à la suite de l’approbation par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l’époque, Adolphe Thiers. Cette enceinte fortifiée, appelée plus familièrement les fortif’, se situe alors entre les actuels boulevards des Maréchaux (à l’origine la « rue Militaire ») et le futur emplacement du boulevard périphérique. Bien que hors du territoire qui nous intéresse sur ce blog, il est important de le savoir pour la suite de l’histoire. À noter en passant : à l’extérieur du mur d’enceinte, de son fossé et de sa contrescarpe se trouvait une bande de terre de 250 m de large désignée comme zone non constructible. Elle fut occupée par des bidonvilles dès la fin du XIXe siècle, avec l’abandon de sa fonction militaire. Cette bande était désignée comme la Zone, les miséreux habitant là étant appelés les zoniers, ou plus péjorativement les zonards.

Détail du plan de Paris et ses environs dans les années 1840, par George Bradshaw (source : Norman B. Leventhal Map Center Collection). L’enceinte fortifiée de Thiers, hachurée en bleu, a été construite entre 1841 et 1844.

On note, sur ce plan de 1849, la présence de la gare de chemin de fer de l’Ouest au niveau du boulevard Montparnasse, ainsi que la ligne ferroviaire qui en part.
Au sud du boulevard, les chemins de campagne deviennent des rues auxquelles on donne des noms, aujourd’hui disparus : rue du grenier aux fourrages, rue du champ d’asile, … Le boulevard Raspail s’appelle alors le boulevard d’Enfer et n’a pas encore été prolongé au-delà du boulevard Montparnasse. Le boulevard Edgar-Quinet n’a pas encore pris son nom – pas étonnant puisque l’historien, poète, philosophe et homme politique français, Edgar Quinet (1803-1875), est encore bien vivant -. L’avenue du Maine s’appelle encore la Chaussée du Maine. Une rue de l’ouest existe (l’actuelle rue d’Assas) mais elle longe un bout du jardin du Luxembourg. Le cimetière de Montrouge est devenu le cimetière du Sud. Par contre on a déjà, et depuis un certain temps, les rues de la Gaité, du Montparnasse, de Notre-Dame-des-champs, du Cherche-midi, de Sèvres et bien entendu la rue de Vaugirard qui est notre fil bleu depuis le début.

1863

Napoléon III demande que soient annexés à Paris les faubourgs se situant entre l’ancienne enceinte du mur des fermiers généraux et l’enceinte de Thiers. Découlant de cette demande expresse, la loi du 16 juin 1859, dite loi Riché du nom de son rapporteur, porte sur l’extension des limites de Paris jusqu’à l’enceinte de Thiers et provoque la suppression de onze communes du département de la Seine. Ainsi au 1er janvier 1860, cette annexion est effective et donne à Paris le contours qu’on lui connait à peu près actuellement. La commune de Vaugirard et une partie de celle de Montrouge deviennent des quartiers de Paris et composent les 14ème et 15ème arrondissements. A cette occasion le mur très impopulaire des fermiers généraux sera démoli par le préfet Haussmann, Paris passant alors de 12 à 20 arrondissements.

Détail d’une carte touristique de Paris, en 1863. La capitale est alors divisée en 20 arrondissements. Le quartier qui nous intéresse est à cheval sur les 6ème, 14ème et 15ème arrondissements (crédit : J. N. Henriot – source : Geographicus Rare Antique Maps)

On remarque que le Cimetière du Montparnasse, initialement carré, s’est étendu, que la rue de Rennes s’arrête à la rue de Vaugirard, et que le 14ème arrondissement s’est particulièrement densifié.

1916

Depuis l’inauguration du métropolitain en juillet 1900, les cartes présentent souvent les lignes disponibles. Sur ce plan de 1916, les lignes 4, 5 (la ligne 6 d’aujourd’hui) et A sont en service, la future ligne 10 ne sera inaugurée qu’en décembre 1923. L’actuelle station Sèvres Babylone s’appelait alors Bd Raspail, pouvant prêter à confusion avec la station Raspail des lignes 4 et 5. La station Maine et la place du Maine prendront le nom de Bienvenüe le 30 juin 1933 en hommage au père du métro, Fulgence Bienvenüe.
En comparaison au plan précédent, on note que les grands travaux du Baron Haussmann sont passés par là. La rue de Rennes a été prolongée jusqu’à Saint-Germain-des-près et le boulevard Raspail, jusqu’au boulevard Saint-Michel, transformant radicalement le paysage du quartier. La rue Notre-Dame-des-champs est l’une des rares rues non rectilignes du quartier. Le cimetière Montparnasse est à présent traversé par la rue Émile Richard. Le boulevard de Vanves et une partie du boulevard de Montrouge ont pris le nom de Edgar-Quinet depuis 1879, en hommage à l’écrivain et historien. La chaussée du Maine est devenue une avenue. L’ancien boulevard des Fourneaux qui débouche sur l’arrière de la gare Montparnasse se nomme à présent boulevard Vaugirard. Dans le quartier de Plaisance, une gare aux marchandises a vu le jour.

Détail de la carte-Campbell, le nouveau plan de Paris et banlieue indiquant toutes les voies nouvelles ainsi que les lignes du Métropolitain et du réseau Nord-Sud exploitées ou en construction (crédit : Editions Blondel La Rougery – source : Stanford Librairies)

1944

Sur ce plan de 1944, le quartier ressemble beaucoup à ce que l’on connait aujourd’hui. Il faut observer dans le détail pour remarquer les différences. Par exemple on note que l’impasse du Maine accessible par l’avenue du même nom a été percée et s’appelle à présent rue Bourdelle en hommage au sculpteur qui avait son atelier à cet endroit. Rue de Sèvres l’hôpital Laennec n’a pas encore fait l’objet d’un vaste programme immobilier achevé en 2014. A l’angle du boulevard Raspail et de la rue du Cherche-midi existe encore une prison militaire qui sera remplacée plus tard par la Maison des sciences de l’homme. Rue Vercingétorix, l’église Notre-Dame-du-Travail, inaugurée en 1902, est bien mentionnée. Au 167 boulevard Saint-Michel, le bal Bullier est devenu en 1935 la piscine Bullier (actuel emplacement du Crous).

Détail du plan de Paris en 1944 par le service des cartes de l’US Army (crédit : U.S. Army Map Service – source : The University of Texas at Austin)

Aujourd’hui

De nos jours les plans utilisés sont souvent numériques, accessibles depuis internet ou nos téléphones portables, et enrichis d’informations cliquables.
Par rapport au plan de 1944, le plus gros changement est le quartier du projet Maine-Montparnasse réalisé dans les années 1960-1970. La gare ferroviaire a quitté les abords du boulevard Montparnasse pour se retrouver au niveau de l’avenue du Maine. Le jardin Atlantique a été créé au dessus des voies. La tour Montparnasse et son centre commercial occupent l’espace laissé par la gare de l’Ouest.

J’espère que ce voyage dans le temps autour du quartier du Montparnasse vous aura captivé autant que moi. Si vous avez des informations à ajouter ou si vous repérez un plan qu’il serait intéressant de mentionner, n’hésitez pas à mettre les liens en commentaire et à préciser quels aspects vous ont interpelés.


NB : Un ami me signale le site Remonter le temps de l’IGN où il est possible de comparer des cartes et des vues aériennes de différentes époques.
Ci-dessous, une carte d’état-major (1820-1866), à gauche, est comparée à une photographie aérienne (2006-2010), à droite. Les espaces de verdures sont le jardin du Luxembourg au nord et le cimetière Montparnasse plus au sud.

Mise à jour du 21 décembre 2020


Quelques repères historiques :
De 1784 à 1790 : construction du mur des fermiers généraux
De 1841 à 1844 : construction de l’enceinte de Thiers
De 1853 à 1870 : travaux haussmanniens

1er janvier 1860 : extension de Paris à 20 arrondissements
1870 : guerre franco-allemande
mars-mai 1871 : insurrections de la commune de Paris
Juillet 1900 : inauguration de la 1ère ligne de métro