La librairie Tschann

Cette librairie du boulevard du Montparnasse est une institution du quartier qui porte toujours le nom de son fondateur, Louis Tschann, et qui célèbrera son centenaire dans quelques années.

L’actuel emplacement de la librairie Tschann au 125 bd du Montparnasse dans le 6e arrondissement de Paris (crédit : Les Montparnos, août 2022)

Il y a plusieurs excellentes librairies généralistes ou spécialisées à Montparnasse, comme la librairie d’Odessa, dans le rue du même nom, ou Planète dessin, rue Littré, mais l’une des plus anciennes du quartier est certainement la librairie Tschann.

La librairie Tschann est fondée par Louis Tschann et Marie-Thérèse Castex, son épouse, à la fin des années 1920. Selon les sources, la date diffère quelque peu. Dans la revue Esprit (juin 2003), Yannick Poirier, l’actuel directeur de la librairie, fixe sa création à 1927. Dans une vidéo de janvier 1994, la fille cadette des fondateurs, Marie-Madeleine Tschann, parle de 1928, un an avant sa naissance. La date de 1929 revient aussi souvent dans d’autres sources. Dans les Archives commerciales de la France (p. 3298), il est indiqué que Tschann acquiert, fin juillet 1928, auprès d’un dénommé Cardon le fond de commerce de la librairie du 84 boulevard du Montparnasse. Et grâce au recensement de 1929, on sait que les époux Tschann habitent bien à l’emplacement de la librairie Notre-Dame des champs.

Sur cette carte postale non datée, vraisemblablement du début du 20e siècle, on distingue la librairie papèterie Notre-Dame des Champs (zone bleue), au 84 boulevard du Montparnasse, près de l’angle de la rue Montparnasse (14e arr.).

Qui est Louis Tschann ?

Louis Tschann est né le 10 avril 1893 à Paris (9e arr.). Sur son acte de naissance on peut lire que son père, Sylvère Tschann (1864-1928), est sommelier et que sa mère, Marie Anne Boeglin (1865-1822), est ménagère. Ses parents ont respectivement 29 ans et 28 ans, et logent alors au 51 rue de Dunkerque (9e arr.). Louis a deux frères plus âgés que lui : Gustave, né le 24 février 1888 et reconnu lors du mariage de Sylvère et Marie Anne, le 2 août 1890, et Marcel né le 29 septembre 1890.

Portrait de Louis Tschann à l’encre brune daté du 29 septembre 1929 à Paris (crédit : Pribyl – source : Alde, 31 mai 2013)

Cette branche de la famille Tschann (écrit selon les actes avec un ou deux n) est originaire d’Alsace et plus particulièrement de la commune de Roderen (68) à quelques kilomètres à l’ouest de Mulhouse. Une recherche généalogique m’a permis de remonter jusqu’à ses arrières grands-parents du côté paternel(1). On peut imaginer que lors de l’annexion de l’Alsace à l’Allemagne en 1871, la famille a fait le choix de quitter la région.

Sur son enfance, je n’ai rien trouvé. Seul son livret militaire en fait la description suivante : « 1 m 68, cheveux châtains, yeux gris, front découvert avec une cicatrice à gauche, visage allongé, nez moyen. »

Livret militaire de Louis Tschann, classe 1913 (source : Archives de Paris)

Au moment de son passage en commission de réforme en octobre 1913, il est indiqué sur son registre matricule qu’il est employé à l’Hôtel Moderne de la place de la République. Il est même précisé « standardiste interprète (anglais, allemand). »

Carte postale de l’Hôtel Moderne, place de la République à Paris (10e arr.), vraisemblablement au début du 20e siècle. De nos jours, il s’agit du Crowne Plaza Paris – République.

En août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. A 21 ans, Louis Tschann est incorporé dès le 2 septembre 1914 comme soldat de 2e classe dans le 94e régiment d’infanterie. Il est fait prisonnier de guerre le 25 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-grand (Marne) et est interné à Guckheim, en Rhénanie-Palatinat, dans l’ouest de l’Allemagne. Il est rapatrié d’Allemagne le 15 décembre 1918 et intègre le 88e régiment d’infanterie le 23 février 1919. Il est alors affecté dans le Sud-Ouest, au dépôt des prisonniers de guerre à Montauban (Tarn-et-Garonne). C’est certainement à cette époque qu’il rencontre sa future épouse Marie-Thérèse Castex, née le 18 avril 1892 à Masseube (Gers). Louis et Marie-Thérèse se marient le 14 février 1919(2) dans la commune de naissance de la jeune épouse. Le 5 septembre 1919, Louis est démobilisé et se retire dans le Gers.

Quelques années plus tard, on les retrouve à la capitale, comme en atteste les fiches de recensement de la ville de Paris en 1926 et 1929.

Grâce au recensement de 1926 (p. 718), on apprend que Louis et Marie-Thérèse habitent au 15 avenue de Gallieni, dans le quartier du Petit Montrouge (14e arr.), et qu’il est employé d’hôtel. Plus précisément, sa femme et lui sont téléphonistes.
Dans un article paru dans la revue Histoires littéraires (n° 26) il est précisé que Louis Tschann travaillait comme concierge à l’hôtel Ritz (3) à Paris avant d’ouvrir la librairie. Cela l’a certainement amené à côtoyer le beau monde de l’époque.

Lors du recensement de 1929, Louis et sa famille sont domiciliés au 84 boulevard du Montparnasse (14e arr.), l’adresse de la première librairie Tschann, pourtant il semble encore exercer son métier dans le milieu de l’hôtellerie. Sans doute que la transition de concierge d’hôtel à libraire a demandé quelques mois d’ajustement.

Emplacement de la première librairie Tschann, juste en face de l’église Notre-Dame des champs au 84 bd du Montparnasse (14e arr.)

Dans le témoignage du neveu de Louis et Marie-Thérèse, recueilli par Jean Bastier pour un blog consacré à l’écrivain Céline, Henri Castex raconte « Au départ, la librairie n’était qu’un modeste magasin de journaux et de cartes postales lorsque les Tschann l’achetèrent. Ensuite, elle devint une grande librairie parisienne très bien achalandée en littérature générale, fréquentée par des « Montparnos », écrivains et artistes du quartier, […]. Au fil des ans, la librairie Tschann était devenue une institution de Montparnasse, avec tout près, le fleuriste Beauman, La Coupole, Le Dôme, Le Sélect, Le Jockey, et des boîtes de nuit. »

Encart publicitaire pour la librairie de Louis Tschann, paru dans la revue mensuelle « Mercure universel » en février 1934 (source : BnF-Gallica)

Dans le catalogue de la maison des enchères Alde datant de 2013, Yannick Poirier, actuel propriétaire de la librairie Tschann, raconte que Louis et Marie-Thérèse sont amis des principaux acteurs de la vie artistique de Montparnasse. « Dépositaire puis éditeur, Tschann, avec l’aide de Fernand Marc, publiera sous le nom de Sagesse, feuillets de poésie, petits livres d’art et revues dans les mêmes domaines de 1932 à 1938. Entre Tschann, Corti et GLM(4) naît une amitié qui dure encore aujourd’hui. Dans ces années ils rencontrent et défendent l’œuvre de Alejo Carpentier (1904-1980), Brassaï (1899-1984), Lawrence Durrell (1912-1990), André Malraux (1901-1976), Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), etc. Tschann s’engage résolument pour la création contemporaine, présentant par exemple « Tropique du cancer », livre censuré de Henry Miller (1891-1980). »
Anne-Marie Grossman, la fille ainée des Tschann se souvient que parmi les habitués de la librairie il y avait Henry Miller, Louis-Ferdinand Céline, Philippe Soupault, Louis Aragon et bien d’autres.

Sur cet exemplaire du livre « Souvenir, Souvenirs » de Henry Miller paru en mars 1953, on trouve au verso l’étiquette de la Librairie Tschann, lorsqu’elle se trouvait encore au 84 boulevard du Montparnasse (14e arr.).

Au cours des années 1930, Fernand Marc (1900-1979) et son ami Louis Tschann publient de jeunes poètes dans les Feuillets de Sagesse. Anthologie de la poésie vivante. Ces plaquettes de poèmes publiées à compte d’auteur sont diffusées par la librairie Tschann.

Liste des 82 plaquettes et deux volumes spéciaux des Feuillets de « Sagesse. Anthologie de la poésie vivante », publiées dans les années 1930 par Fernand Marc et distribués à la Librairie Tschann à Montparnasse (source : Librairie Les Autodidactes).

Parmi les jeunes poètes publiés, on trouve notamment des membres de l’École de Rochefort qui constitue, après le Surréalisme, un des principaux mouvements de la poésie française du 20e siècle. Il y avait entre autres Jean Arp (1886-1966), Vicente Huidobro (1893-1948), Tristan Tzara (1896-1963), René-Guy Cadou (1920-1951),(5)

L’amitié avec Céline

Tschann s’est lié d’amitié avec Louis-Ferdinand Céline, considéré comme l’un des plus grands novateurs de la littérature du 20e siècle. La librairie était un très bon point de vente des éditions Denoël, et plus particulièrement des livres de Céline. Henri Castex raconte « J’ai approché Céline à plusieurs reprises dans la librairie de mes oncle et tante, 84 boulevard du Montparnasse en 1936, 37 et 38. C’est Louis Tschann qui me présenta à Céline. Les présentations faites, nous avons causé librement, mais brièvement, lors de ses visites, assez fréquentes. »

Louis-Ferdinand Céline en décembre 1932, lors de l’attribution du prix Renaudot pour « Voyage au bout de la nuit » (crédit : Agence de presse Meurisse – source : Gallica-BnF)

Dans le catalogue Alde de la vente aux enchères du 31 mai 2013, on trouve deux autographes de Céline à l’attention de Louis Tschann.

Autographes de Louis-Ferdinand Céline à Louis Tschann (source : Alde)

L’un sur l’ouvrage « Voyage au bout de la nuit » (1932) dit : « à M. Louis Tschann, bien sincère et amical hommage à notre courageux ambassadeur, LF Céline » et l’autre sur « Mort à crédit » (1936) : « A mon Louis Tschann, un admirable et pratique défenseur, bien reconnaissant, LF Céline. »

Dans un article de 2018, trois étudiants de la Faculté de droit de l’université catholique de Lille, reviennent sur le procès de Céline. Ils rappellent que dans les années 1930, l’écrivain avait rédigé plusieurs pamphlets violents à l’égard des juifs, dont « L’école des cadavres » en 1938, dans lequel il n’hésite pas à se rapprocher des théories nazies sur la question juive. D’ailleurs le livre « L’école des cadavres » fut censuré de six pages suite à un procès en diffamation et l’éditeur Denoël a retiré des étales les pamphlets de Céline.

Dans sa préface à l’édition de 1942 de « L’École des cadavres » , Céline écrit que lors de son jugement, le 21 juin 1939, n’étaient présents que « Denoël et moi forcément, Mlles Canavaggia, Marie et Renée, nos bons amis Bernardini, Montandon (et son parapluie), Bonvilliers, et notre excellent Tschann le libraire, et Mlle Almanzor. »(6) Louis Tschann était là comme témoin à décharge, mais impossible de savoir ce qu’il pensait de l’antisémitisme de Céline.

Le 3 septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate.

Sous l’occupation

Yannick Poirier raconte : « Durant la guerre les Tschann résistent sur plusieurs fronts : leur librairie, qui demeure ouverte alors même que les clients sont rares, cela occasionnera un procès à la libération pour loyers impayés mais aussi l’occupation allemande, Tschann défendant autant Céline que René Trintzius (1898 -1953) dont le « Deutschland » a été interdit par les nazis. »

Dans la vidéo de 1994, filmée par Jean-Paul Hirsch, les filles Tschann, Anne-Marie et Marie-Madeleine, racontent que sous l’occupation ils avaient caché à la cave les ouvrages des auteurs juifs et communistes. Malheureusement la cave avait été inondée, du coup les livres avaient fini dans le poêle pour se chauffer lorsque l’hiver était trop rude.

Dans le Bulletin célinien d’avril 2017(7), Eric Mazet mentionne que Louis Tschann a été déporté en juillet 1944. Je n’ai pas trouvé d’autre source pour corroborer cette information. Si vous en connaissez, cela m’intéresse. Tout ce que je sais est que Louis Tschann décède le 23 août 1946 à Paris (14e arr.), à l’âge de 53 ans. Ses deux filles Anne-Marie et Marie-Madeleine sont alors âgées respectivement de 22 ans et de 17 ans.

La succession

Suite au décès de Louis, sa femme Marie-Thérèse tient seule la librairie, puis elle sera aidée de ses filles Anne-Marie et Marie-Madeleine. Yannick Poirier raconte que « [Marie-Thérèse] demeure fidèle aux amis, Céline en tête, auquel elle continuera d’adresser des livres dans son lointain exil. » Autre changement d’après-guerre : l’activité d’éditeur s’interrompt.

Dessin à l’encre brune représentant un lecteur au milieu des rayons et présentoirs de la librairie Tschann, localisée en 1929 au 84 bd du Montparnasse (crédit : Pribyl – source : Alde, 31 mai 2013).

Avez-vous remarqué que la forme des pieds de cette table actuellement utilisée dans la librairie Tschann ressemble beaucoup à la forme de ceux de la table du dessin ci-dessus ? (crédit : Les Montparnos, septembre 2022)

Marie-Madeleine Tschann reprend la gestion de la librairie un peu avant 1960. Elle prend une part active à la présentation de Samuel Beckett (1906-1989), lorsqu’il commence d’être joué et soutient aussi Eugène Ionesco (1909-1994), Jean Genet (1910-1986), Claude Simon (1913-2005), Marguerite Duras (1914-1996), Robert Pinget (1919-1997) et Raúl Damonte Botana, dit Copi (1939-1987).

Les aléas du métier de libraire

Le 12 mars 1974, la Fnac s’installe sur le site de l’ancien Grand bazar de la rue de Rennes, à deux pas de la Librairie Tschann, et se lance dans la distribution de livres, accordant 20 % de réduction, ce qui suscite une vive opposition des éditeurs.

En 1974, emplacements de la Fnac ouverte au 135 rue de Rennes (point jaune) et de la librairie Tschann (point bleu).

Le prix unique du livre

Yannick Poirier raconte qu’à partir des années 1970, aidée de son beau-frère, D. Jon Grosmann, Marie-Madeleine Tschann défend le principe du prix unique du livre. Elle mène ce combat pour la reconnaissance de la spécificité du livre et du réseau de librairies indépendantes, aux côtés de Madame Lavocat de la Librairie Lavocat et de Jérôme Lindon des Éditions de Minuit. On peut d’ailleurs lire dans Le Monde (2 mars 1978), que « une motion pour le prix unique des livres, signée par 593 libraires et éditeurs, a été remise au premier ministre et à M. François Mitterrand, afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation de la librairie française, qui, selon les signataires, est gravement menacée par le risque de monopole représenté par  » une grande entreprise commerciale  » – la Fnac, – dont la prospérité est fondée sur la pratique du  » discount « , une remise de 20 % en l’occurrence. » La loi Lang récompense leurs efforts. Promulguée le 10 août 1981, elle entre en vigueur le 1er janvier 1982, en instaurant le système du prix unique du livre en France : toute personne qui publie ou importe un livre est tenue de fixer pour ce livre un prix de vente au public.

Le déménagement

La victoire est de courte durée. La flambée des prix et la spéculation immobilière que connait Paris, met en péril les commerces qui ne sont pas propriétaire de leurs murs et dont le bail n’est pas renouvelé. C’est le cas de la librairie Autrement dit du quartier latin qui doit fermer ses portes fin 1988. La librairie Tschann risque de connaitre le même sort, car le propriétaire des murs a prévenu la famille Tschann que le bail ne serait pas renouvelé en 1990, préférant louer l’espace à un marchand de balles de golf. Marie-Madeleine Tschann engage un procès contre le propriétaire de son local désireux de déplafonner le loyer.

Le quartier Montparnasse ravagé par ces flambées d’un urbanisme incohérent et d’un mercantilisme criard aura bientôt perdu le peu de caractère qui lui restait.

Le Monde, 17 janvier 1989

On peut lire dans la presse de l’époque que « Les écrivains, les éditeurs, les lecteurs, d’autres libraires multiplièrent les démarches et les pétitions. La direction du livre au ministère de la culture, discrètement, travailla de son côté à trouver, dans le quartier Montparnasse, un lieu de réimplantation compatible avec les besoins de la librairie et avec ses possibilités financières » (Le Monde, 17 novembre 1989).

Cette mobilisation a porté ses fruits puisque la librairie Tschann ouvre ses portes le 13 novembre 1989 dans un nouvel espace, trois fois plus grand, au 125 bd du Montparnasse (6e arr.). Ce lieu était anciennement occupé par The Paris American Art Co, un magasin de fournitures de toutes sortes pour les artistes.

Le point bleu indique le nouvel emplacement de la librairie Tschann au 125 bd du Montparnasse (6e arr.). Le point rouge est l’emplacement initial au 84 bd du Montparnasse (14e arr.), tandis que le point jaune est l’emplacement de la Fnac, rue de Rennes (6e arr.).

C’est d’ailleurs à l’occasion de ce déménagement que Yannick Poirier est recruté, suivi quelques mois plus tard en 1990 par Fernando de Barros et Muriel Bonicel.

En façade de la librairie Tschann au 125 bd du Montparnasse, on peut voir l’ancienne enseigne de la société The Paris American Art Cie (photo : Les Montparnos, août 2022)

La passation

En 1993, Marie-Madeleine Tschann part en retraite et transmet la librairie à son neveu, Jérôme Grossman, le fils de sa sœur Anne-Marie et de D. Jon Grosmann, premier traducteur du poète E. E. Cummings (1894-1962).

Interview de Anne-Marie Grossman (à gauche) et Marie-Madeleine Tschann (à droite) dans la librairie Tschann à Paris, enregistrée le 19 janvier 1994, peu avant leur retraite dans le Gers (source : Jean-Paul Hirsch)

Sous la direction de Jérôme Grossman, la librairie relance une activité d’édition, avec la publication d’une petite collection intitulée Voltes où des textes de Pierre Lartigue ou Francis Marmande sont édités.

Couverture de « Amélie » de Pierre Lartigue édité par Tschann en 1995.

Mais la grande affaire de Jérôme Grossman fut l’informatisation de la librairie, contre l’avis de certains de ses libraires qui craignaient que les vendeurs ne regardent plus les rayons mais uniquement l’écran. Finalement, cette décision fut jugée « salutaire » par Fernando Barros.

Jérôme Grossman intervient dans l’émission « Qu’est-ce qu’elle dit Zazie ? » sur le retour en librairies des écrivains de la collaboration et notamment à l’occasion du centenaire de la naissance de Céline (source : INA, 16 février 1994).

L’année 1995 est marquée par le décès, survenu le 19 octobre, de Anne-Marie, la fille ainée Tschann et la mère de Jérôme Grossman.
En 1996, le bruit court que Jérôme Grossman cherche a revendre sa librairie, mais « entant la céder à la seule condition que le futur propriétaire la maintienne en l’état en en préservant intégralement l’esprit » (Le Monde, 27 septembre 1996). S’ensuit un marathon pour les deux employés de la librairie, également amis de lycée, Yannick Poirier et Fernando de Barros qui comptent tout faire pour la reprendre. Il faudra trois ans et la plus grande discrétion pour trouver le montage financier qui leur permette de concrétiser leur projet. Pendant ce temps des rumeurs courent que le point de vente serait repris par Gallimard, Flammarion, le Seuil ou Albin Michel dont le siège social est situé tout près, rue Huyghens.

Sur cette photo, la librairie peut paraître désertée, mais c’est uniquement parce qu’elle a été prise quelques minutes avant la fermeture, un soir de semaine (crédit : Les Montparnos, septembre 2022)

L’accord est finalement signé le 17 mars 1999 au premier étage de La Rotonde. Dans Livres Hebdo (26 mars 1999), on peut lire que Marie-Madeleine Tschann et Jérome Grossman cèdent 99% des actions de la librairie à la SARL Montparnasse Librairie constituée pour ce rachat. « Cette société est détenue à hauteur de 45% par Yannick Poirier, 45% par Fernando de Barros, 5% par la SARL Les amis de Tschann (8) et 5% par l’Association pour la défense de la librairie de création (ADELC). Marie-Madeleine Tschann, Jérôme Grossman et les deux nouveaux patrons sont parmi les personnes privées qui se partagent à titre personnel le 1% restant du capital. »

L’agrandissement

En décembre 2009, la librairie Tschann s’agrandit et ouvre la librairie Tschann Jeunesse, après avoir acheté le pas de porte du magasin Aux feux de la fête, à la même adresse. Yannick Poirier raconte : « Une enquête auprès des voisins m’a montré leur attachement à ce commerce. Nous en avons donc conservé l’exploitation pendant six mois, jusqu’à engager un employé et lui faire passer le diplôme d’artificier, pour pouvoir continuer à vendre des feux d’artifice. Enfin, nous avons trouvé deux excellents repreneurs ainsi qu’un lieu pour poursuivre leur activité : le magasin d’antiquités de Daniel Eisenstein, neveu du cinéaste, au 135 boulevard du Montparnasse. »

En 2009, la librairie Tschann s’agrandit d’une section Jeunesse et renoue avec l’édition par des publications de livres-disques de musique contemporaine sous le label Inactuelles (crédit : Les Montparnos, août 2022)

bataille pour la TVA réduite

Après la lutte pour le prix unique du livre dans les années 1980 et le long processus de rachat, entre 2002 et 2004, de Vivendi universal publishing (Vup) par le groupe Lagardère marquant la concentration des fournisseurs, une nouvelle bataille s’enclenche fin 2011 pour le maintien de la TVA réduite du livre. En effet, le 7 novembre 2011, le gouvernement de François Fillon annonce une hausse de la TVA de 5,5% à 7% sur tous les produits qui ne sont pas de première nécessité, les livres compris. Yannick Poirier active son réseau, car cette hausse risque d’impacter négativement toute la filière du livre. Si les petits libraires ferment, les petits éditeurs risquent de ne plus trouver de point de vente. Dans le Nouvel Obs (12 janvier 2012), Yannick Poirier précise : « Sans les petits éditeurs, je n’aurais plus de raison d’être, car mon fonds ressemblera trait pour trait à celui d’une Fnac ou d’un espace Cultura. Même si la hausse de la TVA ne touche directement que les plus faibles, elle aura des répercussions énormes pour toute la filière du livre. » Cette hausse de la TVA a aussi une conséquence non négligeable, car il faut prévoir le ré-étiquetage de tout le stock de livres. Dans le cas de Tschann, la modification des prix est estimée à une semaine de travail pouvant coûter jusqu’à 30 000 € selon le gérant de la librairie (entre les salaires des huit employés auxquels s’ajoutent les pertes sur les ventes liées à la fermeture).
Le 21 décembre 2011, la loi est confirmée. Les librairies ont jusqu’au 1er avril 2012 pour effectuer la modification de leurs prix en conséquence.

Un groupe de libraires indépendants lance, avec le soutien du dessinateur Sempé, habitant du quartier Montparnasse, une campagne pour mobiliser les auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires et plus généralement les lecteurs, afin de les inciter à envoyer des courriels aux députés de leur circonscription et aux membres de la commission des finances de l’Assemblée leur demandant de « voter les amendements de la commission stipulant une TVA à 5,5% pour le livre papier et numérique, et un retour au même taux pour celle appliquée depuis le 1er janvier aux auteurs. »

Affiche « Menace sur le livre » réalisée par Sempé en soutien à la lutte contre la hausse de la TVA sur le secteur du livre.

Après cette campagne, Yannick Poirier de la librairie Tschann, Régis Pecheyran, le gérant de la Société des amis de Tschann, Francis Goux, le conseiller culture au Perreux-sur-Marne et Sylvie Gouttebaron de la Maison des écrivains et de la littérature rencontrent Olivier Henrard, le conseiller culture de Nicolas Sarkozy. Yannick Poirier raconte : « Aurélie Filippetti [députée] nous suivait et nous avait assuré qu’elle changerait la loi. Ce qu’elle fit mais en oubliant de redescendre la TVA auteur. » Finalement à compter du 1er janvier 2013, le taux de TVA applicable au livre est revenu à 5,5 %. Mais parallèlement François Hollande passe la TVA de 7% à 10%. Yannick Poirier fait remarquer que « c’est donc une disparité incongrue dans ce secteur : les producteurs (auteurs) sont taxés à 10%, les intermédiaires eux à 5,5%. »

Nul doute que Marie-Madeleine Tschann aura suivi les péripéties du monde des livres, depuis sa retraite dans le Gers. Hélas le 17 mars 2014, la fille cadette du fondateur de la librairie Tschann décède à 85 ans.

La culture confinée

Le 17 mars 2020, comme la plupart des commerces considérés comme non-essentiels, les librairies sont contraintes de fermer leurs portes, alors que l’ensemble de la population française est confinée en raison de la pandémie de Covid-19. A partir d’avril, certains libraires indépendants s’organisent pour proposer la vente des livres à emporter, avec commande à distance et retrait sur le pas de la porte, aussi appelé Click and Collect. Lors du deuxième confinement à partir du 30 octobre 2020, les libraires dénoncent l’injustice qui leur est faite. En effet des enseignes comme la Fnac ou les grandes surfaces peuvent rester ouvertes car elles vendent des produits de première nécessité et les rayons livres restent accessibles alors que les librairies sont contraintes de fermer. Le Syndicat de la librairie française lance une pétition. Quelques rares libraires décident de désobéir comme Tschann (6e arr.) et Falado (14e arr.). L’ouverture en novembre 2020 coûte à la librairie Tschann 3 000 € et des menaces d’emprisonnement si les scellés de la fermeture administrative sont brisés. Devant la levée de boucliers, le ministère de l’Économie demande à la Fnac et à la grande distribution de fermer leurs rayons livres. Le Click and Collect est de nouveau de mise.

En route vers le centenaire

Aujourd’hui la librairie Tschann continue de défendre autant la poésie, la littérature que les sciences humaines et les beaux-arts. Si vous passez la porte de la librairie, ne vous laissez pas impressionner par la quantité étourdissante de livres. Dites-vous que c’est tout un univers des possibles et des heures de lectures passionnantes qui s’offrent à vous. Vous pouvez compter sur Yannick Poirier, Fernando de Barros, Muriel Bonicel ou leur équipe de libraires pour vous guider dans les méandres des sections, étagères, tables et présentoirs. Et n’oubliez pas de jeter un œil à leurs vitrines qui changent régulièrement et présentent leurs sélections thématiques. Laissons le mot de la fin à Yannick Poirier : « Aujourd’hui comme hier, la librairie Tschann, parce qu’elle est de Montparnasse, est toujours soucieuse d’inventer son présent sans rien oublier de son passé. »

Librairie Tschann – 125 bd du Montparnasse, Paris (6e arr.) – M° Vavin – Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi (10h-20h30) et le samedi (10h-19h30) – tschann@free.fr

La rue du Montparnasse à l’angle du boulevard du même nom, au début du 20e siècle à gauche et en août 2022. A la place de l’ancienne librairie Tschann on trouve une épicerie du réseau Franprix (crédits : anonyme / Les Montparnos).

L’une des autres librairies emblématiques du quartier était « L’Œil écoute » au 77 boulevard du Montparnasse, juste à côté du théâtre de poche. Fondée en 1973, cette librairie ouvrait jusque tard dans la nuit et était le rendez-vous des noctambules en manque de lecture. Au rez-de-chaussée, on trouvait les nouveautés, les beaux livres et le rayon jeunesse et au sous-sol il y a avait les BD et les livres de poches. Malheureusement elle a dû fermer définitivement en janvier 2018. (crédit : Les Montparnos, 2002)


(1) Les parents de Louis Tschann : Sylvère Tschan ou Tschann né le 14 août 1864 à Roderen et Marie-Anne Boeglin née le 13 janvier 1865 à Hamburg.
Ses grands-parents paternels : Laurent Tschan né le 7 novembre 1831 à Roderen et Françoise Stucker née le 10 février 1825 à Roderen. Ils se sont mariés le 4 mai 1859 également à Roderen.
Ses arrières grands parents paternels : Morand Tschan né le 19 février 1798 à Roderen et Anne Marie Bauer née le 8 février 1797 à Roderen. Pour plus d’information, consultez l’arbre généalogique reconstitué avec actes à l’appui. Je remercie vivement Mr Genea pour ce travail.
(2) Merci au directeur des Archives départementales du Gers, qui m’a permis de lever un doute sur la date et le lieu du mariage de Louis Tschann et Marie-Thérèse Castex.
(3) Lors de ma recherche généalogique, je suis tombée sur Eugène Tschann (né le 21 août 1872 à Paris, 6e arr., et décédé le 16 février 1939 à Nice), directeur-propriétaire du Splendid hôtel de Nice. Le berceau de sa lignée se situe à Bischwiller, dans le haut-Rhin, comme pour Louis Tschann. J’ai un instant cru qu’ils étaient de la même famille et que c’était une spécificité familiale d’exercer un métier dans l’hôtellerie de luxe, mais je n’ai finalement trouvé aucun lien, à plusieurs générations, entre ces deux branches de la famille Tschann.
(4) Joseph Corticchiato, dit José Corti (1895-1984), est un éditeur français spécialisé dans la publication de livres apparentés au dadaïsme et au surréalisme. Il crée les Éditions Surréalistes en 1925, puis en 1938 la maison d’édition indépendante qui porte son nom. C’est d’ailleurs aux Éditions Corti que parait « Souvenirs retrouvés » de Kiki de Montparnasse. Guy Lévis Mano (1904-1980), aussi connu sous le pseudonyme de Jean Garamond, fut de 1923 à 1974, sous le sigle GLM, un éditeur de poésie, réputé en particulier pour ses éditions d’ouvrages illustrés par de prestigieux artistes.
(5) Parmi les poètes et artistes publiés dans les Feuillets Sagesse, il y avait : Pierre Albert-Birot (1876-1967), Jean de Bosschère (1878-1953), Ivan Goll (1891-1950), Eugène Jolas (1894-1952), Georges Mogin dit Norge (1898-1990), Jacques Audiberti (1899-1965), Maxime Alexandre (1899-1976), Louis Emié (1900-1967), Marcel Lecomte (1900-1966), Gabriel Audisio (1900-1978), Jacques Maret (1900-1980), Marcel Jean (1900-1993), Jean Follain (1903-1971), Ilarie Voronca (1903-1946), Alice Paalen (1904-1987), Jehan Mayoux (1904-1975), Jean Scutenaire (1905-1987), Maurice Fombeure (1906-1981), Georges Hugnet (1906-1974), Maurice Henry (1907-1984), Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943), Camille Bryen (1907-1977), Eugène Guillevic (1907-1997), Edmond Humeau (1907-1998), Marcel Béalu (1908-1993), Léo Malet (1909-1996), Lucien Becker (1911-1984), Michel Manoll (1911-1984), René Lacôte (1913-1971), Jean Rousselot (1913-2004), Gisèle Prassinos (1920-2015), etc.
(6) Marie Canavaggia (1896-1976) est la secrétaire littéraire de Céline. Sa sœur cadette, Renée Canavaggia (1902-1996), est astrophysicienne, cheffe de travaux au Bureau de la statistique stellaire de l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP). Armand Bernardini (1895-1972) est un journaliste, collaborateur et doctrinaire antisémite français. George Montandon (1879-1944) est ethnologue au musée de l’Homme, théoricien du racisme et antisémite. Jean Dauvilliers, dit Bonvilliers (1909-2000) est acteur et peintre montmartrois. Lucette Destouches (1912-2019), née Lucie Almansor, sera à partir de 1943 la seconde épouse de Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline.
(7) Cet article de Eric Mazet paru dans Bulletin célinien est consultable dans cette revue de presse (p. 105-118).
(8) La société des amis de Tschann regroupe 25 clients fidèles, pour la plupart demeurant dans le quartier Montparnasse, et qui ont participé pour un tiers au rachat de la librairie.


Les sources pour cet article : « Poèmes de Fernand Marc » (Le Jour, 30 avril 1938), entretien avec Marie-Madeleine Tschann dans « Les Nuits magnétiques : les libraires », épisode 2/4 : la vie des libraires (France Culture, 20 avril 1988) et épisode 3/4 : la librairie (France Culture, 21 avril 1988), « La disparition d’Autrement dit » (Le Monde, 4 novembre 1988), « La librairie Tschann sauvée » (Le Monde, 17 novembre 1989), entretien avec Marie-Madeleine Tschann et Anne-Marie Grossman par Jean-Paul Hirsch (19 janvier 1994), « Le retour des maudits » dans l’émission « Qu’est-ce qu’elle dit Zazie ? » (France 3 Paris, 16 février 1994), « Tschann : la relève par la jeune garde » par Annie Favier (Livres Hebdo, 26 mars 1999), « Pour une défense sereine de la librairie de qualité » par Yannick Poirier (Esprit, juin 2003), « Hachette-VUP en débat chez Tschann » (Le Monde, 3 juillet 2003), « Coureurs de fonds à Montparnasse » par Benoît Laudier (Livres Hebdo, 5 mars 2004), « La librairie Tschann », entretien avec Fernando Barros (Histoires littéraires, n°26, avril-mai-juin 2006), « Jérôme Grossman s’éteint » (Livres Hebdo, juillet 2008), « La librairie Tschann (re)prend les armes » (Nouvel Obs, 12 janvier 2012), « La campagne Sempé contre la hausse de la TVA se poursuit » (Actualitté, 10 février 2012), catalogue de la maison de ventes aux enchères Alde présentant la Collection Tschann (31 mai 2013), Mort de Marie-Madeleine Tschann (Livres Hebdo, 10 avril 2014), « Des tags et des cendres » par Eric Mazet (Bulletin célinien, n°395, avril 2017), « 1974 : la Fnac vend aussi des livres » par Magali Picard (LSA, 12 décembre 2018), « Muriel Bonicel de la librairie Tschann : “Nos rencontres permettent le passage à une nouvelle génération de poètes et de lecteurs” » (Télérama, 14 mars 2019), « La colère des libraires » (France 3, 30 octobre 2020), « Confinement : entre désarroi et résistance, les libraires dénoncent « l’injustice » de leur fermeture » (France info, 30 octobre 2020), « Une librairie de Cannes reste ouverte malgré le confinement, la police débarque » (Capital, 13 novembre 2020), « Exploring Samuel Beckett’s Paris » par William Triplett (Washington Post, 7 janvier 2022), « Vivendi / Lagardère, 2002-2004 : la naissance d’Editis (4/5) » (Livres Hebdo, 24 janvier 2022), Google Street view de 2008 à 2022 du 84 bd du Montparnasse et du 125 bd du Montparnasse.

Expositions de l’été 2021

Après plusieurs mois de mise à la diète culturelle, vous êtes peut-être en manque de musées. Voici une sélection d’expositions en lien avec l’histoire du quartier du Montparnasse.

Hasard du calendrier, en cette période de réouverture des musées, plusieurs expositions programmées ont un lien avec le quartier Montparnasse. Notez qu’afin de respecter les mesures sanitaires, il convient de vérifier sur chaque site les conditions d’accès aux expositions. Si j’en ai oublié une, n’hésitez pas à me l’indiquer en commentaire.

Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour école, 1905-1940

L’École de Paris désigne la scène artistique constituée par des artistes étrangers provenant de toute l’Europe, mais aussi d’Amérique, d’Asie et d’Afrique. Ce cosmopolitisme est sans précédent dans l’histoire de l’art. 

Parmi ces hommes et femmes, nombreux sont les artistes juifs venus des grandes métropoles européennes, mais aussi de l’Empire russe, qui cherchent une émancipation artistique, sociale et religieuse. Ils ne sont d’aucune « École » au sens traditionnel : ils ne partagent pas un style, mais une histoire commune, un idéal et, pour certains, un destin. Fuyant un contexte peu favorable au développement de leurs activités artistiques ou cherchant un contexte libre, moderne, de jeunes artistes convergent vers Paris, et principalement le quartier du Montparnasse, parmi eux Marc Chagall, Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Jacques Lipchitz,  Chana Orloff, Otto Freundlich, Moïse Kisling, Louis Marcoussis, Michel Kikoïne et Ossip Zadkine, mais également des artistes moins connus comme Walter Bondy, Henri Epstein, Adolphe Feder, Alice Halicka, Henri Hayden, Georges Kars, Léon Indenbaum, Simon Mondzain, Mela Muter et bien d’autres.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme | 71, rue du Temple, Paris 3e arr. | 17 juin-31 oct. 2021 | site


Eugène Atget, Voir Paris

À partir des collections du musée Carnavalet, l’exposition présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson est le fruit d’un long travail de recherche entrepris conjointement par les deux institutions. Le résultat est une exposition exceptionnelle autour de l’œuvre d’Eugène Atget (1857-1927), figure atypique et pionnière de la photographie. Avant tout artisan, dont la production prolifique d’images est destinée aux artistes et amateurs du vieux Paris, c’est à titre posthume qu’Eugène Atget accède à la notoriété. Critiques et photographes perçoivent dans ses images de Paris l’annonce de la modernité. Parmi eux, Henri Cartier‑Bresson, qui cherche à l’imiter dans ses premières images.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Eugène Atget.

Fondation HCB | 79, rue des Archives, Paris 3e arr. | 3 juin-19 sept. 2021 | Site


Musée Méliès, la magie du cinéma

L’exceptionnelle collection Méliès de la Cinémathèque française, issue d’un siècle de recherches, et celle du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), issue d’une acquisition conséquente faite en 2004, forment un ensemble sans pareil que le public va pouvoir découvrir avec l’ouverture de ce nouveau Musée. 800 m2 flambant neufs, un périple de Montreuil à Hollywood, un voyage dans l’histoire du cinéma. Et Méliès de retrouver toute sa place, celle d’un poète génial et précurseur. Héritier d’une très longue tradition, descendant d’une pléiade de grands inventeurs, il marie science et magie et donne naissance à des images nouvelles, jamais vues auparavant, qui annoncent le sur-réalisme cinématographique cher à Cocteau et Franju, les bricolages sensationnels de Michel Gondry ou Wes Anderson, et les blockbusters de George Lucas, Steven Spielberg, James Cameron, Guillermo del Toro, Peter Jackson ou Tim Burton, autant de cinéastes qui se sont tous, un jour, revendiqués de Méliès.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Georges Méliès.

Cinémathèque française | 51 Rue de Bercy, Paris 12e arr. | 19 mai-31 déc. 2021 | Site


Impasse Ronsin

Cité d’artistes à nulle autre pareille nichée dans le quartier parisien de Montparnasse, l’impasse Ronsin est à la fois un lieu artistique, de contemplation, de dialogue et de fête, mais aussi un foyer d’innovation, de création et de destruction durant plus d’un siècle. Cette ruelle se distingue par une pluralité d’identités artistiques comprenant non seulement l’avant-garde, mais aussi un large spectre de la création entre autres Constantin Brâncusi, Max Ernst, Marta Minujín, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers jusqu’à André Almo Del Debbio ou Alfred Laliberté. 
Proposée par le musée Tinguely, cette exposition muséale consacrée à l’impasse Ronsin présente plus de 50 artistes à travers plus de 200 œuvres réalisées dans ce lieu enchanteur. Un parcours d’exposition jalonné de salles-ateliers conçues à partir des plans originaux réserve aux visiteurs et visiteuses bien des surprises en associant de manière inédite œuvres d’art et anecdotes et en redonnant vie au Paris cosmopolite et creuset artistique.

Musée Tinguely | Paul Sacher-Anlage 2, Bâle, Suisse | 16 déc. 2020-29 août 2021 | Site


Alberto Giacometti – Une rétrospective. Le réel merveilleux

La Fondation Giacometti s’associe au Grimaldi Forum pour présenter, pour la première fois à Monaco à l’été 2021, une exceptionnelle rétrospective de l’œuvre du sculpteur et peintre Alberto Giacometti, la plus importante de ces dernières années, placée sous le commissariat d’Émilie Bouvard, directrice scientifique et des collections de la Fondation.

Espace Ravel du Grimaldi Forum | 10, avenue Princesse Grace – 98000 Monaco | 3 juil.-29 août 2021 | Site


EN BONUS

Le nouveau musée de l’histoire de Paris

Après quatre années de travaux de restauration, le plus ancien musée de la Ville de Paris rouvre ses portes le 29 mai 2021.

Musée Carnavalet | 23, rue de Sévigné, Paris 3e arr. | à partir du 29 mai 2021 | Site

Les sculptures funéraires du cimetière Montparnasse

Parcourir le cimetière du Montparnasse à la recherche de sculptures emblématiques est une activité comme une autre quand on est en manque de musée…

Je lisais récemment un article sur les rebondissements judiciaires du conflit qui opposent les pouvoirs publics aux héritiers de Tania Rachevskaïa, suicidée le 12 décembre 1910 par chagrin d’amour*.

La photo de Tania Rachevskaïa sur sa tombe au cimetière du Montparnasse (crédit : Les Montparnos, février 2021).

L’objet de la discorde ? La sculpture qui orne la tombe de la jeune exilée russe de 23 ans : deux amants enlacés qui s’embrassent. Évidemment il ne s’agit pas de n’importe quelle œuvre. Le Baiser a été réalisé par le sculpteur franco-roumain, Constantin Brancusi (1876-1957).

Le Baiser de Brancusi sur la tombe de Tania Rachevskaïa, avant que la sculpture ne soit recouverte d’un coffrage en bois (source : Wikimedia commons).

A l’époque, arrivé à Paris en 1905, Brancusi ne s’est pas encore fait un nom et la sculpture a été achetée 200 francs par la famille de la défunte. Depuis les six héritiers souhaitent la récupérer pour la vendre à un marchand d’art, arguant que l’œuvre n’a pas été faite spécifiquement pour la tombe. Le 21 mai 2010, la sculpture et son socle formant stèle sont classés par arrêté. La procédure dure depuis plus de 10 ans. Jusqu’à présent, la justice avait toujours donné raison à l’État, mais un arrêt du 11 décembre 2020 de la cour administrative d’appel de Paris accorde aux héritiers le droit de récupérer l’œuvre. En juillet 2021, le Conseil d’État considère que la sculpture ayant été achetée dans l’unique but d’être scellée sur la tombe de la jeune femme, elle constitue un monument funéraire indivisible. À ce titre, ce monument doit être considéré comme un immeuble par nature au sens de la loi, ce qui autorise l’État à l’inscrire comme monument historique sans l’autorisation de ses propriétaires (décision du 2 juillet 2021).

Ce Baiser n’est pas unique, il en existe des dizaines de versions, réalisées entre 1907 et 1945 par l’artiste. L’œuvre n’en reste pas moins estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Ce reportage de France 3 réalisé en 2019 résume l’affaire, avant le rebondissement de décembre 2020.

Piquée par la curiosité, j’ai voulu voir de quoi il s’agissait. Un gardien du cimetière Montparnasse, à qui je demandais où se trouvait la tombe, a tout de suite refroidit mes espoirs. Depuis 2018, la sculpture est sous un coffrage en bois, surveillée par plusieurs caméras.

La tombe de Tania Rachevskaïa (concession n° 191P1910, section 22, n° 265) au petit cimetière du Montparnasse. « Le Baiser », la sculpture de Constantin Brancusi est sous le coffrage en bois (crédit : Les Montparnos, février 2021).

Déçue de ne pouvoir admirer l’œuvre de Brancusi, je décide de poursuivre ma déambulation en quête des autres sculptures remarquables du cimetière. En voici une sélection, non exhaustive :

La tombe du sculpteur César Baldaccini, dit César (1921-1998), 3e division (crédit : Les Montparnos, déc. 2020)
« L’Oiseau » de Niki de Saint-Phalle, en hommage « A mon ami JeanJacques, un oiseau qui s’est envolé trop tôt, Niki« , 18e division (crédit : Les Montparnos, janv. 2021)
Sur la tombe de Ricardo Menon, décédé en 1989, Niki de Saint-Phalle compose, pour son assistant et ami, un chat en mosaïque d’environ 1,50 m de haut, 6e division. L’épitaphe a été rédigé par l’artiste : « À notre ami Ricardo qui est mort trop tôt, beau, jeune et aimé » (crédit : Les Montparnos, février 2021)
La tombe du géographe Antoine Haumont (1935-2016), sculptée par Etienne Pirot, dit Etienne, 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sur la tombe du sculpteur Léopold Kretz (1907-1990) une de ses œuvres, « Le prophète », a été placée le 4 février 1991, 14e division (crédit : Les Montparnos, février 2021).
Buste réalisé par le sculpteur André-Almo Del Debbio (1908 – 2010) qui a longtemps eu son atelier impasse Ronsin dans le 15e arr., près de celui de Constantin Brancuși. Sa sépulture se trouve dans la 6e division du cimetière Montparnasse (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« La Douleur » par Henri Laurens (1885-1954), sculpteur, sur sa sépulture, 7e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sculpture d’oiseau de Denis Mondineu, sur la tombe du peintre Gérard Barthélémy (1937-2002), 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« Le Pèlerin » (1992) de Baltasar Lobo (1910-1993), sur la tombe du sculpteur espagnol de la Nouvelle École de Paris, 8e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sur la tombe de Alex Berdal (1945-2010), peintre sculpteur, prix de Rome, son « Poisson-sirène », au dos duquel on peut lire la phrase énigmatique « Il fait son choix d’anchois et dine d’une sardine », 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Tombe de Laurent Simonpaoli, dit Laurent (1965-1994), et Yves Simonpaoli, dit Paoli (1928-2018), 15e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sépulture de Cicero Dias (1937-2003), peintre brésilien, 9e division (crédit : Les Montparnos, août 2010).
La sculpture de la tombe d’Honoré Champion (1846-1913), libraire et éditeur, a été réalisée par Albert Bartholomé (1848-1928), 3e division (crédit : Les Montparnos, février 2021).
Tombe-monument de la famille Charles Pigeon (1838-1915) inventeur et entrepreneur qui a produit et commercialisé un appareil d’éclairage portatif à essence breveté, ininflammable et inexplosible, reconnaissable par le dessin d’un pigeon posé sur un globe terrestre tenant en son bec une lampe. Sur cette tombe Charles-Joseph Pigeon est représenté sur un lit à colonnades avec sa femme Marie, tenant un carnet et ayant la révélation -réelle ou légendaire- de ce qui allait devenir son invention. L’œuvre classée à l’Inventaire des Monuments Historiques est non signée, 22e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« Les disparus ne sont pas des absents » (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).

Cette sélection sera augmentée au fur et à mesure des découvertes. Et je suis évidemment à l’écoute de vos suggestions que vous pouvez partager avec nous en commentaire ci-dessous.

Plan affiché aux entrées principales du cimetière du Montparnasse permettant d’identifier les divisions et la localisation des sépultures de personnalités.

*Le roman de Sophie Brocas, Le Baiser (Julliard, 2019), raconte cette histoire sous la forme d’un journal fictif.

Pour en savoir plus : Le site du cimetière du Montparnasse sur lequel on peut trouver différents plans (les sépultures les plus demandées, les femmes célèbres, le parcours accessible aux personnes à mobilité réduite), la liste des personnalités inhumées au cimetière du Montparnasse, l’article de l’Express (5 janvier 2019) et le podcast de l’Express (2019).

Le 9e Art à Montparnasse

En attendant la prochaine édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, reportée en juin 2021 pour cause de crise sanitaire, SNCF Gares & Connexions propose aux voyageurs un intermède dessiné.

Les cafés, musées et centres commerciaux de plus de 20 000 m² étant fermés, les lieux de sociabilité et de culture se comptent sur les doigts d’une main. Jusqu’à présent les librairies, quelques galeries d’art et les gares restent encore ouvertes. Le festival d’Angoulême a eu le nez creux en s’associant à une quarantaine de gares un peu partout en France pour présenter l’intégralité de ses sélections officielles 2021.

La BD s’empare de l’espace public

A la gare Montparnasse, les travaux étant toujours en cours, l’exposition est installée sur les piliers du quai 24 et dans le hall 2 de la gare. Trois artistes sont exposés :

Lynd Ward

Né en 1905 à Chicago, Lynd Ward montre très jeune une grande facilité en dessin et étudie les beaux-arts à l’université de Columbia. Très vite il s’impose comme l’un des précurseurs du roman graphique. De l’artiste qui vend son âme, aux amants pris dans les tourments de leurs temps, en passant par l’homme maudit ou l’ouvrier rebelle, Lynd Ward a aussi documenté les injustices du système économique et social américain à l’époque de la grand dépression.

Les dessins noir et blanc en grand format de Lynd Ward (1905-1985) sont à voir sur les piliers du quai 24 de la gare Montparnasse.
Nicolas Presl

Né en 1976 en Vendée, et après une carrière brève comme tailleur de pierre, Nicolas Presl décide de se consacrer pleinement à la bande dessinée. Choisissant une narration sans texte, il montre dans tous ses ouvrages un attachement particulier à l’Histoire, notamment à ses passages les plus troubles.

Les planches de Nicolas Presl sont à avoir sur les piliers du quai 24 à la gare Montparnasse.
Jérémie Moreau

Né en 1987, Jérémie Moreau grandit en région parisienne. Dessinant avec assiduité, il participe chaque année, dès ses huit ans, au concours de bande dessinée du festival d’Angoulême. Il obtient ainsi le prix des lycéens en 2005, depuis il a remporté plusieurs autres prix au festival de la BD. Son dernier album, Le discours de la panthère, est formé de plusieurs histoires courtes, sous forme de paraboles, où les animaux occupent seuls le devant de la scène.

L’exposition de Jérémie Moreau installée dans le hall 2 de la gare Montparnasse.

De mi-décembre 2020 à mi-février 2021, le 48e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême se vit en grand et en gares avec #ArtEnGare – accès gratuit.

Planete dessin

La Planète dessin
Pour les passionnés de bande dessinée, la librairie incontournable du quartier Montparnasse se trouve 17 rue Littré dans le 6ème arrondissement. Incollable, l'équipe est toujours de bon conseil. 
Plus d'infos | tel : 09 73 11 37 11

Le cinéma Bretagne

Sur la place du 18 juin 1940, à Paris, impossible de manquer les néons bleu électrique du cinéma Bretagne, la plus grande salle de Montparnasse et la dernière du circuit Rytmann. Mais connaissez-vous son histoire ?

Alors que la restructuration du quartier de la gare Montparnasse était en projet, Le Bretagne, inauguré le 27 septembre 1961, est le troisième cinéma fondé par Joseph Rytmann (1903-1983), après le Mistral et le Miramar. Situé à l’emplacement de l’ancienne Taverne des Brasseries Dumesnil Frères, il prend le nom de la région desservie par la gare de l’Ouest, juste en face. 

Ancienne entreprise française brassant diverses bières, la Brasserie Dumesnil exploitait au 73-77 boulevard du Montparnasse (6ème arr.) une grande brasserie dite « Taverne des brasseries ».

Rytmann fait son cinéma

A l’origine Joseph Rytmann n’a rien à voir avec le monde du cinéma. Il est né le 26 janvier 1903 à Borissov, une commune située à l’époque dans la Russie tsariste (actuellement en Biélorussie). Les Rytmann sont juifs. Persécutés, les parents, Benjamin Rytmann (1872-1927) et Rebecca Mlatkine (1879-1928), et leurs deux enfants, Anna (1900-1967) et Joseph quittent leur pays pour rejoindre Paris. En France, la famille s’agrandit avec Moïse* (1908-2002) et Hélène** (1910-1980). Pendant la première guerre mondiale, les parents ouvrent une épicerie rue Eugène Sue dans le 18e arrondissement. Les quatre enfants Rytmann perdent leur père Benjamin en 1927, décédé d’un cancer, et leur mère l’année suivante.

En 1925, avec Max Nadler, son futur beau-frère, Joseph fait l’acquisition, d’un fonds de commerce au 41 rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement.

Le 29 décembre 1925 à la mairie du 2e arrondissement, Joseph épouse Madeleine Anna Nadler (1906-1948), dont la famille travaille comme tailleur dans le quartier du Sentier. Leur mariage est annoncé dans la revue « L’Univers israélite« . Trois ans plus tard, en novembre 1928, Madeleine donne naissance à une petite fille prénommée Benjamine.

Pris par le goût des affaires mais attiré par un tout autre domaine que la confection ou les meubles, Joseph Rytmann rachète, le 30 mars 1933, le Théâtre de Montrouge situé au 70 avenue d’Orléans (actuelle avenue du Général Leclerc) dans le quartier d’Alésia (14e arr.) et en fait un cinéma.

Il gère aussi un temps le Maine-Pathé (anciennement Maine-Palace) situé au 95 avenue du Maine, puis en 1938, le bail de la Maison Lavenue, rue du Départ, est à céder. Le quartier de la gare Montparnasse lui parait propice aux affaires et dans une partie de l’ancien restaurant, il ouvre un nouveau cinéma, le Miramar.

Sous l’occupation de Paris

Pendant la seconde guerre mondiale, avec l’occupation allemande de Paris à partir de juin 1940, et les lois du gouvernement de Vichy, Joseph Rytmann est contraint de céder à un administrateur provisoire, M. Boisseau, le Miramar en 1941 et le Théâtre de Montrouge en 1943.

Pour éviter la spoliation, Joseph Rytmann vend fictivement le Théâtre de Montrouge à une connaissance de la famille (M. Bobet).

L’empire Rytmann s’étend

Après la guerre, de retour à Paris, Joseph Rytmann récupère non sans mal le Théâtre de Montrouge et le Miramar. Les cinémas connaissent un immense succès. Benjamine Rytmann-Radwanski, sa fille, raconte au micro de France Inter, que « c’était la folie ». Les spectateurs étaient prêts à s’asseoir par terre devant l’écran pour assister aux projections.
Ce n’est qu’à la faveur de gros travaux en 1951 que le Théâtre de Montrouge prend le nom de Mistral.

Joseph Rytmann lors de la première au cinéma Bretagne le 30 octobre 1964, du film « Les Cheyennes » réalisé par John Ford (crédit : collection Rytmann – source : « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinémas à Montparnasse« , éd. L’Harmattan, 2021)

Dans les années 1960-70, le quartier du Montparnasse est en pleine transformation. Le circuit Rytmann s’étend en 1961 avec le Bretagne, sur le boulevard Montparnasse, le Bienvenüe-Montparnasse, rue de l’Arrivée en 1972 et Les Montparnos, rue d’Odessa en 1981.

Les cinémas Bretagne et Miramar sur la place du 18 juin 1940
Les cinémas Bretagne et Miramar sur la place du 18 juin 1940, dans le quartier Montparnasse. On note aussi l’affichage pour les Montparnos à droite de l’enseigne du Miramar (source : Les Montparnos, novembre 2007).

Dans cet extrait de « Démons et merveilles du cinéma« , une archive de l’INA datant de mai 1964, il est question des nombreux cinémas de quartier qui ont fermé, alors que des salles dites d’exclusivité ouvrent leurs portes. On peut d’ailleurs constater que le Bretagne était idéalement situé en face de l’ancienne gare.

Avec ses 850 places réparties entre un orchestre et une corbeille légèrement surélevée, la grande salle du Bretagne est la 3éme plus grande salle de Paris après le Grand Rex et l’UGC Normandie.
Une seconde salle de 200 places a été créée en 1973, à l’emplacement d’une ancienne salle de billard de la brasserie originelle.

Au décès de son père Joseph, le 12 décembre 1983, Benjamine Rytmann-Radwanski reprend le flambeau. Contrairement à la grande majorité des cinémas parisiens et afin de se démarquer de la concurrence, le Bretagne programme les versions françaises des films étrangers à l’affiche.
Jean Hernandez (1944-2017), programmateur du Bretagne, raconte en 2013 sur France Inter que pour avoir une séance de plus que la concurrence, Benjamine Radwanski demandait que les films longs, comme « Cyrano de Bergerac » (1990), soient diffusés en 25 images / seconde au lieu de 24 (ce qui ne fait gagner que 5 minutes par séance pour un film de 2h15 !). Le réalisateur, Jean-Paul Rappeneau, s’en serait aperçu et aurait menacé de faire retirer son film.

La fin d’une époque

Évidemment le cinéma est passé aux projections numériques mais contrairement aux salles Gaumont ou UGC du quartier, le décor du hall d’accueil du Bretagne est d’origine, avec ses murs en marbre, ses dorures et ses vitrines d’affichage.

Hall d'accueil du cinéma Bretagne à Montparnasse, Paris
Hall d’accueil du cinéma Bretagne, tout en marbre et dorure encore aujourd’hui (crédit : Les Montparnos, 2020)

Jusqu’aux années 2000, Benjamine Rytmann-Radwanski, l’héritière du circuit Rytmann, dirige encore l’ensemble des cinémas du réseau de son père décédé en 1983.

Benjamine Rytmann-Radwanski (1928-2023), la reine de Montparnasse (crédit : Radio France – source : On aura tout vu | France inter)

Mais le 1er janvier 2010, quatre des cinq cinémas passent sous le giron d’Europalaces, qui regroupe Gaumont et Pathé. Depuis, le Miramar et les Montparnos sont passés sous la bannière de Gaumont, le Bienvenüe-Montparnasse a fermé en 2012 pour être converti en théâtre (le Grand Point Virgule) et le Mistral a fermé en 2016 et a été détruit, si bien qu’aujourd’hui, le Bretagne est l’unique vestige du circuit indépendant Rytmann.
En cette période difficile de crise sanitaire du coronavirus, le cinéma semble avoir fait le choix de programmer des grands classiques comme « Casablanca » (1942), « Blanche neige et les 7 nains » (1937) ou « Le trésor de la Sierra Madre » (1948), sans doute pour se démarquer une fois de plus de la concurrence du quartier.

Avec son néon bleu électrique, la marque de fabrique des cinémas Rytmann, le Bretagne, situé sur la place du 18 juin 1940, se voit de loin (source : Les Montparnos, mai 2010)

En savoir plus



Cette histoire vous a intéressés ? Procurez-vous le livre "Rytmann, l'aventure d'un exploitant de cinémas à Montparnasse" (éd. L'Harmattan, 2021, 30€) écrit par Axel Huyghe du site salles-cinema.com, mis en images par Arnaud Chapuy, photographe et préfacé par Claude Lelouch - directeur de collection : Claude Forest, professeur émérite en économie du cinéma à l’université Sorbonne Nouvelle.
Plus d'infos

NB : Suite à la lecture de l’ouvrage « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinéma à Montparnasse », cet article a été mis à jour le 26 février 2021.

*En 1949, Moïse Rytmann fait des démarches pour changer son nom de famille en Rimond (Journal officiel du 11 nov. 1949).
**En 1980, l’assassinat de la sociologue, Hélène Rytmann, par son mari le philosophe Louis Althusser a défrayé la chronique.


Le Bretagne, cinéma classé Art et Essai – 73 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris – site

Pour en savoir plus, consultez le podcast de l’émission « On aura tout vu » sur France inter (11 mai 2013, 46 min), le documentaire « Marchands d’images » réalisé par Jean-Claude Bergeret et produit par l’ORTF (1964, 25 min) ainsi que les sites Salles-cinema.com, Ciné-Façades.
Pour les passionnés de généalogie, retrouvez l’arbre de la famille de Joseph Rytmann réalisé à partir des actes d’état civil accessibles en ligne publiquement.