Expositions de l’été 2021

Après plusieurs mois de mise à la diète culturelle, vous êtes peut-être en manque de musées. Voici une sélection d’expositions en lien avec l’histoire du quartier du Montparnasse.

Hasard du calendrier, en cette période de réouverture des musées, plusieurs expositions programmées ont un lien avec le quartier Montparnasse. Notez qu’afin de respecter les mesures sanitaires, il convient de vérifier sur chaque site les conditions d’accès aux expositions. Si j’en ai oublié une, n’hésitez pas à me l’indiquer en commentaire.

Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour école, 1905-1940

L’École de Paris désigne la scène artistique constituée par des artistes étrangers provenant de toute l’Europe, mais aussi d’Amérique, d’Asie et d’Afrique. Ce cosmopolitisme est sans précédent dans l’histoire de l’art. 

Parmi ces hommes et femmes, nombreux sont les artistes juifs venus des grandes métropoles européennes, mais aussi de l’Empire russe, qui cherchent une émancipation artistique, sociale et religieuse. Ils ne sont d’aucune « École » au sens traditionnel : ils ne partagent pas un style, mais une histoire commune, un idéal et, pour certains, un destin. Fuyant un contexte peu favorable au développement de leurs activités artistiques ou cherchant un contexte libre, moderne, de jeunes artistes convergent vers Paris, et principalement le quartier du Montparnasse, parmi eux Marc Chagall, Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Jacques Lipchitz,  Chana Orloff, Otto Freundlich, Moïse Kisling, Louis Marcoussis, Michel Kikoïne et Ossip Zadkine, mais également des artistes moins connus comme Walter Bondy, Henri Epstein, Adolphe Feder, Alice Halicka, Henri Hayden, Georges Kars, Léon Indenbaum, Simon Mondzain, Mela Muter et bien d’autres.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme | 71, rue du Temple, Paris 3e arr. | 17 juin-31 oct. 2021 | site


Eugène Atget, Voir Paris

À partir des collections du musée Carnavalet, l’exposition présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson est le fruit d’un long travail de recherche entrepris conjointement par les deux institutions. Le résultat est une exposition exceptionnelle autour de l’œuvre d’Eugène Atget (1857-1927), figure atypique et pionnière de la photographie. Avant tout artisan, dont la production prolifique d’images est destinée aux artistes et amateurs du vieux Paris, c’est à titre posthume qu’Eugène Atget accède à la notoriété. Critiques et photographes perçoivent dans ses images de Paris l’annonce de la modernité. Parmi eux, Henri Cartier‑Bresson, qui cherche à l’imiter dans ses premières images.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Eugène Atget.

Fondation HCB | 79, rue des Archives, Paris 3e arr. | 3 juin-19 sept. 2021 | Site


Musée Méliès, la magie du cinéma

L’exceptionnelle collection Méliès de la Cinémathèque française, issue d’un siècle de recherches, et celle du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), issue d’une acquisition conséquente faite en 2004, forment un ensemble sans pareil que le public va pouvoir découvrir avec l’ouverture de ce nouveau Musée. 800 m2 flambant neufs, un périple de Montreuil à Hollywood, un voyage dans l’histoire du cinéma. Et Méliès de retrouver toute sa place, celle d’un poète génial et précurseur. Héritier d’une très longue tradition, descendant d’une pléiade de grands inventeurs, il marie science et magie et donne naissance à des images nouvelles, jamais vues auparavant, qui annoncent le sur-réalisme cinématographique cher à Cocteau et Franju, les bricolages sensationnels de Michel Gondry ou Wes Anderson, et les blockbusters de George Lucas, Steven Spielberg, James Cameron, Guillermo del Toro, Peter Jackson ou Tim Burton, autant de cinéastes qui se sont tous, un jour, revendiqués de Méliès.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Georges Méliès.

Cinémathèque française | 51 Rue de Bercy, Paris 12e arr. | 19 mai-31 déc. 2021 | Site


Impasse Ronsin

Cité d’artistes à nulle autre pareille nichée dans le quartier parisien de Montparnasse, l’impasse Ronsin est à la fois un lieu artistique, de contemplation, de dialogue et de fête, mais aussi un foyer d’innovation, de création et de destruction durant plus d’un siècle. Cette ruelle se distingue par une pluralité d’identités artistiques comprenant non seulement l’avant-garde, mais aussi un large spectre de la création entre autres Constantin Brâncusi, Max Ernst, Marta Minujín, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers jusqu’à André Almo Del Debbio ou Alfred Laliberté. 
Proposée par le musée Tinguely, cette exposition muséale consacrée à l’impasse Ronsin présente plus de 50 artistes à travers plus de 200 œuvres réalisées dans ce lieu enchanteur. Un parcours d’exposition jalonné de salles-ateliers conçues à partir des plans originaux réserve aux visiteurs et visiteuses bien des surprises en associant de manière inédite œuvres d’art et anecdotes et en redonnant vie au Paris cosmopolite et creuset artistique.

Musée Tinguely | Paul Sacher-Anlage 2, Bâle, Suisse | 16 déc. 2020-29 août 2021 | Site


Alberto Giacometti – Une rétrospective. Le réel merveilleux

La Fondation Giacometti s’associe au Grimaldi Forum pour présenter, pour la première fois à Monaco à l’été 2021, une exceptionnelle rétrospective de l’œuvre du sculpteur et peintre Alberto Giacometti, la plus importante de ces dernières années, placée sous le commissariat d’Émilie Bouvard, directrice scientifique et des collections de la Fondation.

Espace Ravel du Grimaldi Forum | 10, avenue Princesse Grace – 98000 Monaco | 3 juil.-29 août 2021 | Site


EN BONUS

Le nouveau musée de l’histoire de Paris

Après quatre années de travaux de restauration, le plus ancien musée de la Ville de Paris rouvre ses portes le 29 mai 2021.

Musée Carnavalet | 23, rue de Sévigné, Paris 3e arr. | à partir du 29 mai 2021 | Site

Les sculptures funéraires du cimetière Montparnasse

Parcourir le cimetière du Montparnasse à la recherche de sculptures emblématiques est une activité comme une autre quand on est en manque de musée…

Je lisais récemment un article sur les rebondissements judiciaires du conflit qui opposent les pouvoirs publics aux héritiers de Tania Rachevskaïa, suicidée le 12 décembre 1910 par chagrin d’amour*.

La photo de Tania Rachevskaïa sur sa tombe au cimetière du Montparnasse (crédit : Les Montparnos, février 2021).

L’objet de la discorde ? La sculpture qui orne la tombe de la jeune exilée russe de 23 ans : deux amants enlacés qui s’embrassent. Évidemment il ne s’agit pas de n’importe quelle œuvre. Le Baiser a été réalisé par le sculpteur franco-roumain, Constantin Brancusi (1876-1957).

Le Baiser de Brancusi sur la tombe de Tania Rachevskaïa, avant que la sculpture ne soit recouverte d’un coffrage en bois (source : Wikimedia commons).

A l’époque, arrivé à Paris en 1905, Brancusi ne s’est pas encore fait un nom et la sculpture a été achetée 200 francs par la famille de la défunte. Depuis les six héritiers souhaitent la récupérer pour la vendre à un marchand d’art, arguant que l’œuvre n’a pas été faite spécifiquement pour la tombe. Le 21 mai 2010, la sculpture et son socle formant stèle sont classés par arrêté. La procédure dure depuis plus de 10 ans. Jusqu’à présent, la justice avait toujours donné raison à l’État, mais un arrêt du 11 décembre 2020 de la cour administrative d’appel de Paris accorde aux héritiers le droit de récupérer l’œuvre. Ce Baiser n’est pas unique, il en existe des dizaines de versions, réalisées entre 1907 et 1945 par l’artiste. L’œuvre n’en reste pas moins estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Ce reportage de France 3 réalisé en 2019 résume l’affaire, avant le rebondissement de décembre 2020.

Piquée par la curiosité, j’ai voulu voir de quoi il s’agissait. Un gardien du cimetière Montparnasse, à qui je demandais où se trouvait la tombe, a tout de suite refroidit mes espoirs. Depuis 2018, la sculpture est sous un coffrage en bois, surveillée par plusieurs caméras.

La tombe de Tania Rachevskaïa (concession n° 191P1910, section 22, n° 265) au petit cimetière du Montparnasse. « Le Baiser », la sculpture de Constantin Brancusi est sous le coffrage en bois (crédit : Les Montparnos, février 2021).

Déçue de ne pouvoir admirer l’œuvre de Brancusi, je décide de poursuivre ma déambulation en quête des autres sculptures remarquables du cimetière. En voici une sélection, non exhaustive :

La tombe du sculpteur César Baldaccini, dit César (1921-1998), 3e division (crédit : Les Montparnos, déc. 2020)
« L’Oiseau » de Niki de Saint-Phalle, en hommage « A mon ami JeanJacques, un oiseau qui s’est envolé trop tôt, Niki« , 18e division (crédit : Les Montparnos, janv. 2021)
Sur la tombe de Ricardo Menon, décédé en 1989, Niki de Saint-Phalle compose, pour son assistant et ami, un chat en mosaïque d’environ 1,50 m de haut, 6e division. L’épitaphe a été rédigé par l’artiste : « À notre ami Ricardo qui est mort trop tôt, beau, jeune et aimé » (crédit : Les Montparnos, février 2021)
La tombe du géographe Antoine Haumont (1935-2016), sculptée par Etienne Pirot, dit Etienne, 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sur la tombe du sculpteur Léopold Kretz (1907-1990) une de ses œuvres, « Le prophète », a été placée le 4 février 1991, 14e division (crédit : Les Montparnos, février 2021).
Buste réalisé par le sculpteur André-Almo Del Debbio (1908 – 2010) qui a longtemps eu son atelier impasse Ronsin dans le 15e arr., près de celui de Constantin Brancuși. Sa sépulture se trouve dans la 6e division du cimetière Montparnasse (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« La Douleur » par Henri Laurens (1885-1954), sculpteur, sur sa sépulture, 7e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sculpture d’oiseau de Denis Mondineu, sur la tombe du peintre Gérard Barthélémy (1937-2002), 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« Le Pèlerin » (1992) de Baltasar Lobo (1910-1993), sur la tombe du sculpteur espagnol de la Nouvelle École de Paris, 8e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sur une tombe anonyme, le « Poisson-sirène » d’Alex Berdal, au dos duquel on peut lire la phrase énigmatique « Il fait son choix d’anchois et dine d’une sardine », 1e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Tombe de Laurent Simonpaoli, dit Laurent (1965-1994), et Yves Simonpaoli, dit Paoli (1928-2018), 15e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
Sépulture de Cicero Dias (1937-2003), peintre brésilien, 9e division (crédit : Les Montparnos, août 2010).
La sculpture de la tombe d’Honoré Champion (1846-1913), libraire et éditeur, a été réalisée par Albert Bartholomé (1848-1928), 3e division (crédit : Les Montparnos, février 2021).
Tombe-monument de la famille Charles Pigeon (1838-1915) inventeur et entrepreneur qui a produit et commercialisé un appareil d’éclairage portatif à essence breveté, ininflammable et inexplosible, reconnaissable par le dessin d’un pigeon posé sur un globe terrestre tenant en son bec une lampe. Sur cette tombe Charles-Joseph Pigeon est représenté sur un lit à colonnades avec sa femme Marie, tenant un carnet et ayant la révélation -réelle ou légendaire- de ce qui allait devenir son invention. L’œuvre classée à l’Inventaire des Monuments Historiques est non signée, 22e division (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).
« Les disparus ne sont pas des absents » (crédit : Les Montparnos, fév. 2021).

Cette sélection sera augmentée au fur et à mesure des découvertes. Et je suis évidemment à l’écoute de vos suggestions que vous pouvez partager avec nous en commentaire ci-dessous.

Plan affiché aux entrées principales du cimetière du Montparnasse permettant d’identifier les divisions et la localisation des sépultures de personnalités.

*Le roman de Sophie Brocas, Le Baiser (Julliard, 2019), raconte cette histoire sous la forme d’un journal fictif.

Pour en savoir plus : Le site du cimetière du Montparnasse sur lequel on peut trouver différents plans (les sépultures les plus demandées, les femmes célèbres, le parcours accessible aux personnes à mobilité réduite), la liste des personnalités inhumées au cimetière du Montparnasse, l’article de l’Express (5 janvier 2019) et le podcast de l’Express (2019).

Le 9e Art à Montparnasse

En attendant la prochaine édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, reportée en juin 2021 pour cause de crise sanitaire, SNCF Gares & Connexions propose aux voyageurs un intermède dessiné.

Les cafés, musées et centres commerciaux de plus de 20 000 m² étant fermés, les lieux de sociabilité et de culture se comptent sur les doigts d’une main. Jusqu’à présent les librairies, quelques galeries d’art et les gares restent encore ouvertes. Le festival d’Angoulême a eu le nez creux en s’associant à une quarantaine de gares un peu partout en France pour présenter l’intégralité de ses sélections officielles 2021.

La BD s’empare de l’espace public

A la gare Montparnasse, les travaux étant toujours en cours, l’exposition est installée sur les piliers du quai 24 et dans le hall 2 de la gare. Trois artistes sont exposés :

Lynd Ward

Né en 1905 à Chicago, Lynd Ward montre très jeune une grande facilité en dessin et étudie les beaux-arts à l’université de Columbia. Très vite il s’impose comme l’un des précurseurs du roman graphique. De l’artiste qui vend son âme, aux amants pris dans les tourments de leurs temps, en passant par l’homme maudit ou l’ouvrier rebelle, Lynd Ward a aussi documenté les injustices du système économique et social américain à l’époque de la grand dépression.

Les dessins noir et blanc en grand format de Lynd Ward (1905-1985) sont à voir sur les piliers du quai 24 de la gare Montparnasse.
Nicolas Presl

Né en 1976 en Vendée, et après une carrière brève comme tailleur de pierre, Nicolas Presl décide de se consacrer pleinement à la bande dessinée. Choisissant une narration sans texte, il montre dans tous ses ouvrages un attachement particulier à l’Histoire, notamment à ses passages les plus troubles.

Les planches de Nicolas Presl sont à avoir sur les piliers du quai 24 à la gare Montparnasse.
Jérémie Moreau

Né en 1987, Jérémie Moreau grandit en région parisienne. Dessinant avec assiduité, il participe chaque année, dès ses huit ans, au concours de bande dessinée du festival d’Angoulême. Il obtient ainsi le prix des lycéens en 2005, depuis il a remporté plusieurs autres prix au festival de la BD. Son dernier album, Le discours de la panthère, est formé de plusieurs histoires courtes, sous forme de paraboles, où les animaux occupent seuls le devant de la scène.

L’exposition de Jérémie Moreau installée dans le hall 2 de la gare Montparnasse.

De mi-décembre 2020 à mi-février 2021, le 48e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême se vit en grand et en gares avec #ArtEnGare – accès gratuit.

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Pour les passionnés de bande dessinée, la librairie incontournable du quartier Montparnasse se trouve 17 rue Littré dans le 6ème arrondissement. Incollable, l'équipe est toujours de bon conseil. 
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Le cinéma Bretagne

Sur la place du 18 juin 1940, à Paris, impossible de manquer les néons bleu électrique du cinéma Bretagne, la plus grande salle de Montparnasse et la dernière du circuit Rytmann. Mais connaissez-vous son histoire ?

Alors que la restructuration du quartier de la gare Montparnasse était en projet, Le Bretagne, inauguré le 27 septembre 1961, est le troisième cinéma fondé par Joseph Rytmann (1903-1983), après le Mistral et le Miramar. Situé à l’emplacement de l’ancienne Taverne des Brasseries Dumesnil Frères, il prend le nom de la région desservie par la gare de l’Ouest, juste en face. 

Ancienne entreprise française brassant diverses bières, la Brasserie Dumesnil exploitait au 73-77 boulevard du Montparnasse (6ème arr.) une grande brasserie dite « Taverne des brasseries ».

Rytmann fait son cinéma

A l’origine Joseph Rytmann n’a rien à voir avec le monde du cinéma. Il est né le 26 janvier 1903 à Borissov, une commune située à l’époque dans la Russie tsariste (actuellement en Biélorussie). Les Rytmann sont juifs. Persécutés, les parents, Benjamin Rytmann (1872-1927) et Rebecca Mlatkine (1879-1928), et leurs deux enfants, Anna (1900-1967) et Joseph quittent leur pays pour rejoindre Paris. En France, la famille s’agrandit avec Moïse* (1908-2002) et Hélène** (1910-1980). Pendant la première guerre mondiale, les parents ouvrent une épicerie rue Eugène Sue dans le 18e arrondissement. Les quatre enfants Rytmann perdent leur père Benjamin en 1927, décédé d’un cancer, et leur mère l’année suivante.

En 1925, avec Max Nadler, son futur beau-frère, Joseph fait l’acquisition, d’un fonds de commerce au 41 rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement.

Le 29 décembre 1925 à la mairie du 2e arrondissement, Joseph épouse Madeleine Anna Nadler (1906-1948), dont la famille travaille comme tailleur dans le quartier du Sentier. Leur mariage est annoncé dans la revue « L’Univers israélite« . Trois ans plus tard, en novembre 1928, Madeleine donne naissance à une petite fille prénommée Benjamine.

Pris par le goût des affaires mais attiré par un tout autre domaine que la confection ou les meubles, Joseph Rytmann rachète, le 30 mars 1933, le Théâtre de Montrouge situé au 70 avenue d’Orléans (actuelle avenue du Général Leclerc) dans le quartier d’Alésia (14e arr.) et en fait un cinéma.

Il gère aussi un temps le Maine-Pathé (anciennement Maine-Palace) situé au 95 avenue du Maine, puis en 1938, le bail de la Maison Lavenue, rue du Départ, est à céder. Le quartier de la gare Montparnasse lui parait propice aux affaires et dans une partie de l’ancien restaurant, il ouvre un nouveau cinéma, le Miramar.

Sous l’occupation de Paris

Pendant la seconde guerre mondiale, avec l’occupation allemande de Paris à partir de juin 1940, et les lois du gouvernement de Vichy, Joseph Rytmann est contraint de céder à un administrateur provisoire, M. Boisseau, le Miramar en 1941 et le Théâtre de Montrouge en 1943.

Pour éviter la spoliation, Joseph Rytmann vend fictivement le Théâtre de Montrouge à une connaissance de la famille (M. Bobet).

L’empire Rytmann s’étend

Après la guerre, de retour à Paris, Joseph Rytmann récupère non sans mal le Théâtre de Montrouge et le Miramar. Les cinémas connaissent un immense succès. Benjamine Rytmann-Radwanski, sa fille, raconte au micro de France Inter, que « c’était la folie ». Les spectateurs étaient prêts à s’asseoir par terre devant l’écran pour assister aux projections.
Ce n’est qu’à la faveur de gros travaux en 1951 que le Théâtre de Montrouge prend le nom de Mistral.

Joseph Rytmann lors de la première au cinéma Bretagne le 30 octobre 1964, du film « Les Cheyennes » réalisé par John Ford (crédit : collection Rytmann – source : « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinémas à Montparnasse« , éd. L’Harmattan, 2021)

Dans les années 1960-70, le quartier du Montparnasse est en pleine transformation. Le circuit Rytmann s’étend en 1961 avec le Bretagne, sur le boulevard Montparnasse, le Bienvenüe-Montparnasse, rue de l’Arrivée en 1972 et Les Montparnos, rue d’Odessa en 1981.

Les cinémas Bretagne et Miramar sur la place du 18 juin 1940
Les cinémas Bretagne et Miramar sur la place du 18 juin 1940, dans le quartier Montparnasse. On note aussi l’affichage pour les Montparnos à droite de l’enseigne du Miramar (source : Les Montparnos, novembre 2007).

Dans cet extrait de « Démons et merveilles du cinéma« , une archive de l’INA datant de mai 1964, il est question des nombreux cinémas de quartier qui ont fermé, alors que des salles dites d’exclusivité ouvrent leurs portes. On peut d’ailleurs constater que le Bretagne était idéalement situé en face de l’ancienne gare.

Avec ses 850 places réparties entre un orchestre et une corbeille légèrement surélevée, la grande salle du Bretagne est la 3éme plus grande salle de Paris après le Grand Rex et l’UGC Normandie.
Une seconde salle de 200 places a été créée en 1973, à l’emplacement d’une ancienne salle de billard de la brasserie originelle.

Au décès de son père Joseph, le 12 décembre 1983, Benjamine Rytmann-Radwanski reprend le flambeau. Contrairement à la grande majorité des cinémas parisiens et afin de se démarquer de la concurrence, le Bretagne programme les versions françaises des films étrangers à l’affiche.
Jean Hernandez (1944-2017), programmateur du Bretagne, raconte en 2013 sur France Inter que pour avoir une séance de plus que la concurrence, Benjamine Radwanski demandait que les films longs, comme « Cyrano de Bergerac » (1990), soient diffusés en 25 images / seconde au lieu de 24 (ce qui ne fait gagner que 5 minutes par séance pour un film de 2h15 !). Le réalisateur, Jean-Paul Rappeneau, s’en serait aperçu et aurait menacé de faire retirer son film.

La fin d’une époque

Évidemment le cinéma est passé aux projections numériques mais contrairement aux salles Gaumont ou UGC du quartier, le décor du hall d’accueil du Bretagne est d’origine, avec ses murs en marbre, ses dorures et ses vitrines d’affichage.

Hall d'accueil du cinéma Bretagne à Montparnasse, Paris
Hall d’accueil du cinéma Bretagne, tout en marbre et dorure encore aujourd’hui (crédit : Les Montparnos, 2020)

Jusqu’aux années 2000, Benjamine Rytmann-Radwanski, l’héritière du circuit Rytmann, dirige encore l’ensemble des cinémas du réseau de son père décédé en 1983.

Benjamine Rytmann-Radwanski, la reine de Montparnasse (crédit : Radio France – source : On aura tout vu | France inter)

Mais le 1er janvier 2010, quatre des cinq cinémas passent sous le giron d’Europalaces, qui regroupe Gaumont et Pathé. Depuis, le Miramar et les Montparnos sont passés sous la bannière de Gaumont, le Bienvenüe-Montparnasse a fermé en 2012 pour être converti en théâtre (le Grand Point Virgule) et le Mistral a fermé en 2016 et a été détruit, si bien qu’aujourd’hui, le Bretagne est l’unique vestige du circuit indépendant Rytmann.
En cette période difficile de crise sanitaire du coronavirus, le cinéma semble avoir fait le choix de programmer des grands classiques comme « Casablanca » (1942), « Blanche neige et les 7 nains » (1937) ou « Le trésor de la Sierra Madre » (1948), sans doute pour se démarquer une fois de plus de la concurrence du quartier.

Avec son néon bleu électrique, la marque de fabrique des cinémas Rytmann, le Bretagne, situé sur la place du 18 juin 1940, se voit de loin (source : Les Montparnos, mai 2010)

En savoir plus



Cette histoire vous a intéressés ? Procurez-vous le livre "Rytmann, l'aventure d'un exploitant de cinémas à Montparnasse" (éd. L'Harmattan, 2021, 30€) écrit par Axel Huyghe du site salles-cinema.com, mis en images par Arnaud Chapuy, photographe et préfacé par Claude Lelouch - directeur de collection : Claude Forest, professeur émérite en économie du cinéma à l’université Sorbonne Nouvelle.
Plus d'infos

NB : Suite à la lecture de l’ouvrage « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinéma à Montparnasse », cet article a été mis à jour le 26 février 2021.

*En 1949, Moïse Rytmann fait des démarches pour changer son nom de famille en Rimond (Journal officiel du 11 nov. 1949).
**En 1980, l’assassinat de la sociologue, Hélène Rytmann, par son mari le philosophe Louis Althusser a défrayé la chronique.


Le Bretagne, cinéma classé Art et Essai – 73 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris – site

Pour en savoir plus, consultez le podcast de l’émission « On aura tout vu » sur France inter (11 mai 2013, 46 min), le documentaire « Marchands d’images » réalisé par Jean-Claude Bergeret et produit par l’ORTF (1964, 25 min) ainsi que les sites Salles-cinema.com, Ciné-Façades.
Pour les passionnés de généalogie, retrouvez l’arbre de la famille de Joseph Rytmann réalisé à partir des actes d’état civil accessibles en ligne publiquement.

L’atelier d’Antoine Bourdelle

Il reste encore de nombreux ateliers d’artistes dans le quartier Montparnasse, mais peu sont restés dans leur jus et surtout accessibles au public. C’est pourtant le cas de celui d’Antoine Bourdelle dans le 15ème arrondissement. Voici quelques informations pour préparer votre visite…

Emile-Antoine Bourdelle est né à Montauban (82) le 30 octobre 1861. Très jeune il devient l’assistant de son père menuisier-ébéniste et montre des dispositions pour travailler la matière et le bois. Il prend des cours de dessin à l’école municipale et à quinze ans obtient une bourse pour étudier aux Beaux-Arts de Toulouse.

En 1884, âgé de 23 ans, Bourdelle monte à Paris pour étudier dans l’atelier des Beaux-Arts dirigé par le sculpteur Alexandre Falguière (1831 – 1900).

Ayant besoin d’espace pour son travail, en 1885, il s’installe au 16 impasse du Maine (l’actuelle rue Antoine Bourdelle), alors situé au milieu des champs de blé et des vignes.

Antoine Bourdelle (1861-1929) couronné de laurier, dans son atelier de l’impasse du Maine (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)

Cette impasse regroupe plusieurs ateliers, notamment celui du sculpteur Jules Dalou (1838 – 1902). Bourdelle partage avec le peintre, Eugène Carrière (1849 – 1906), les ateliers en bois donnant sur le jardin intérieur.

L’appartement et le portail ouvert d’Antoine Bourdelle (1861-1929), au 16 impasse du Maine, dans le 15ème arr. de Paris (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)

En 1886, Bourdelle claque la porte de l’atelier des Beaux-Arts.

« Je quitte l’école, j’en ai assez, je ne comprends rien à tout ce système de prix, de concours. Il faut qu’à 30 ans j’aie donné ma mesure, et mon travail à moi c’est la rue, c’est la vie. »

Antoine Bourdelle

En 1893, il est engagé comme praticien par Auguste Rodin (1840 – 1917) afin de travailler sur Les Bourgeois de Calais, inaugurée en 1895, et la statue de Balzac, réalisée entre 1891 et 1897. En sculpture, un praticien est l’ouvrier qui met au point une statue, d’après le modèle de l’artiste.

La sculpture la plus connue de Bourdelle

Pour la création de Héraklès archer, commandée par le financier et mécène Gabriel Thomas (1854-1932) pour sa maison de Meudon Bellevue, Antoine Bourdelle demande à son ami le commandant André Doyen-Parigot (1864-1916) de poser pour lui. Ce militaire était un sportif accompli. Le déploiement du corps et la tension des muscles exigés par le tir à l’arc mettent en valeur la musculature du modèle accomplissant deux efforts contraires, celui du bras tendant un arc et celui du pied prenant appui sur un rocher. Bourdelle a modifié la tête de son modèle, celui-ci ayant demandé qu’il soit impossible de le reconnaître.

Antoine Bourdelle (1861-1929) et son modèle posant pour l’Héraklès archer (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)

Bourdelle enseignant

En 1909, son Héraclès archer lui permet d’enseigner à l’Académie de la Grande chaumière où, parmi ses élèves, on trouve notamment Alberto Giacometti.
Ci-dessous, dans cette archive du Musée Bourdelle, on retrouve le sculpteur entouré de ses élèves de l’académie en 1922.

Bourdelle intime

En mars 1904, Bourdelle épouse Stéphanie Van Parys (1877-1945). De leur union naît un fils, Pierre Bourdelle (1903-1966), qui deviendra sculpteur et décorateur et fera carrière aux États-Unis.
L’arrivée de Cléopâtre Sévastos (1882-1972) à Paris en 1903, et plus précisément dans l’atelier de Bourdelle pour y apprendre la sculpture, va bouleverser la vie sentimentale et artistique du sculpteur.
En 1910, Bourdelle divorce de Stéphanie et en 1911, Cléopâtre accouche de Rhodia (1911-2002), leur fille. Il épouse Cléopâtre en juin 1918.

En 2013-2014, l’exposition Bourdelle intime permettait de plonger dans les archives personnelles du sculpteur.

Le musée-atelier Bourdelle

Antoine Bourdelle (1861-1929), sculpteur français, dans son atelier. Paris, vers 1910. (crédit : Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet – source : Paris en images)

Antoine Bourdelle décède le 1er octobre 1929. Vingt ans plus tard, le musée est inauguré sur le lieu même où le sculpteur a vécu et travaillé. Il a été rendu possible grâce à la générosité du mécène Gabriel Cognacq (1880 – 1951), neveu et héritier de Ernest Cognacq, le fondateur de la Samaritaine, ainsi qu’à la persévérance de Cléopatre Bourdelle-Sévastos, l’épouse du sculpteur, puis de sa fille Rhodia Dufet-Bourdelle.

En 1950, Cléopâtre Bourdelle-Sévastos et sa fille Rhodia Dufet-Bourdelle (à gauche) devant « La Femme sculpteur au repos », une œuvre d’Antoine Bourdelle (crédit : Boris Lipnitzki / Roger-Viollet – source : Paris en images)

Deux extensions seront réalisées par la suite. La première par Henri Gautruche (1885 – 1964) en 1961, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Antoine Bourdelle pour exposer ses plâtres, et une seconde par Christian de Portzamparc (1944 – ) en 1992, qui permet d’accueillir des expositions temporaires.

Le musée en images


Musée Bourdelle – 18, rue Antoine Bourdelle – 75015 Paris – M° Falguière ou Montparnasse-Bienvenüe – Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Fermé le lundi. L’accès aux collections permanentes est gratuit.
Ce musée fait partie de Paris Musées, la quinzaine de musées de la ville de Paris. Découvrez en vidéo ses dernières expositions.