Un hôtel particulier à l’abri des regards

Vous avez peut-être déjà remarqué l’hôtel particulier enlisé dans un immeuble de rapport à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Vaugirard, mais connaissez-vous son histoire ?

L’Hôtel de Turenne, rue de Vaugirard à l’angle du boulevard Montparnasse (6e arr.) dessiné par Léon Leymonnerye (1803–1879), en 1848 (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris).

Au croisement du boulevard Montparnasse et de la rue Vaugirard, j’ai toujours été intriguée par l’ancien hôtel particulier en pierre de taille qui a été surélevé de trois étages et dont la façade est cachée par un bâtiment moins élevé, qui fait l’angle.

Angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Vaugirard (crédit : Les Montparnos, juillet 2021)

On peut entrevoir la façade de l’hôtel particulier lorsqu’on se rend à la hauteur du 25 boulevard du Montparnasse, où l’on trouve un portail en fer forgé et une étroite ruelle privée. Il ne m’en fallait pas plus pour investiguer.

La ruelle privée du 25 boulevard du Montparnasse laisse entrevoir la façade de l’ancien hôtel particulier (6e arr.) (crédit : Les Montparnos, juillet 2021)

Lorsqu’on consulte la carte interactive de l’histoire du bâti Parisien, on constate que cet hôtel particulier a été construit avant 1800, tandis que le bâtiment qui en cache la façade s’est élevé là entre 1801 et 1850.

La carte interactive de l’histoire du bâti Parisien

J’apprends par la même occasion qu’il s’agit de l’Hôtel de Turenne ou de Scarron référencé dans la base Mérimée. Sur la plateforme ouverte du patrimoine du Ministère de la culture, le bâtiment est également dénommé l’Hôtel du Duc de Vendôme. Difficile de s’y retrouver entre toutes ces appellations.

Dessin à la plume de la façade sur jardin de l’hôtel particulier du 25 boulevard Montparnasse (6e arr.), réalisé en 1910 par Henri Chapelle (1850-1925) à partir de document ancien (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris).

L’origine de l’hôtel particulier ?

En 1734, Michel-Étienne Turgot (1690-1751), alors à la tête de la municipalité parisienne, en tant que prévôt des marchands, confie à Louis Bretez (16..-1738), membre de l’Académie de Peinture et de Sculpture et professeur de perspective, le soin de lever et de dessiner le plan de Paris et de ses faubourgs.
Par contrat, il lui est demandé une observation de grande précision et une reproduction très fidèle, il dispose même d’un mandat de visite l’autorisant à entrer dans les hôtels, les maisons et les jardins.
De 1734 à 1736, il parcourt donc les rues de Paris, pénètre, muni de son laissez-passer, dans les cours des propriétés privées, dessine, îlot après îlot, façades, jardins et rues.

Détail du plan de Turgot, levé et dessiné par Louis Bretez entre 1734 et 1736, sur lequel est représenté l’hôtel particulier et son jardin, juste dans le prolongement de la future avenue du Maine (crédit : Michel Étienne Turgot – source : BnF – Gallica).

Grace au travail titanesque de Louis Bretez et de son équipe, on peut voir sur le plan de Turgot que l’hôtel particulier qui nous intéresse existait déjà en 1734. L’entrée se faisait au 132 de la rue de Vaugirard et il avait une sortie par les jardins sur la rue du Cherche-Midi.

On ne peut qu’admirer le souci du détail qu’a apporté Louis Bretez à la réalisation du plan de Turgot (crédit : Michel Étienne Turgot – source : BnF – Gallica).

En remontant encore un peu le temps, on repère une construction à l’angle de la rue de Vaugirard et du Cours du Midy (l’actuel boulevard du Montparnasse) sur le plan de Roussel de 1730. Je n’ai pas trouvé de plan plus ancien qui représente aussi les constructions de l’époque, mais cela ne veut pas dire qu’il n’en n’existe pas.

Détail du plan de Roussel réalisé en 1730. L’emplacement de l’hôtel particulier est repéré par le rond bleu. On note également le monticule qui a donné son nom au quartier, le Mont Parnasse (source : BnF – Gallica)

Sur le plan de Jouvin de Rochefort représentant Paris en 1672, à l’emplacement de l’hôtel particulier qui nous intéresse, on trouve une belle propriété clôturée au bout du faubourg Saint-Germain qui avait pour périmètre à l’Est, la rue de Vaugirard, au Nord, la rue de Bagneux, (l’actuelle rue Jean Ferrandi) et à l’Ouest, la rue du Chasse Midi (l’actuelle rue du Cherche-Midi). Par ailleurs au Sud, c’étaient des champs, les Cours du Midy (les actuels boulevards des Invalides et du Montparnasse) n’y étant pas encore tracés. Ils ne l’ont été qu’à partir de 1701.

Détail du plan de Paris en 1672, réalisé par Jouvin de Rochefort (source : BnF – Gallica)

Les différents propriétaires

Le bâtiment a été construit par le duc César de Vendôme (1594-1665)1 pour en faire sa petite-maison, où le maître et ses amis donnèrent leurs soirées galantes et leurs fastueuses orgies.
Vers 1670, il est acheté au nom d’un conseiller au Parlement. Une dame d’allure discrète et mystérieuse, élevant plusieurs enfants, s’y installe avec de nombreux domestiques qu’on dit muets.

La consultation du “Guide pratique à travers le vieux Paris” (1923) du Marquis de Rochegude et Maurice Dumolin (p. 462) permet d’en apprendre davantage sur les propriétaires successifs de cet hôtel particulier au n°25 du boulevard du Montparnasse : “Hôtel d’un sieur Thomé2, intéressé aux fermes générales et mari d’une femme de chambre de Mme de Montespan (1669), où Mme Scarron éleva, très probablement, les enfants du roi et de la marquise (1670-1674).”

Cette courte vidéo résume la vie de Madame de Maintenon, née Françoise d’Aubigné et veuve du poète Paul Scarron (1610-1660).

Dès 1669, Françoise d’Aubigné (1635-1719) est choisie par Madame de Montespan (1640-1707), favorite de Louis XIV, pour être la gouvernante de leurs enfants illégitimes. La veuve Scarron accepte seulement sur ordre formel du roi. De la liaison entre la favorite et le roi naîtront sept enfants adultérins3. La chose étant voulue secrète, on installe donc une sorte de pouponnière, rue de Vaugirard, à l’écart de la Cour et des regards indiscrets, où ils vivront jusqu’à leur légitimation le 20 décembre 1673.
Quand Mme de Montespan ressentait les premières douleurs de l’accouchement, Françoise d’Aubigné, qui n’a pas encore le titre de Mme de Maintenon, allait à Versailles prendre le nouveau-né, qu’elle cachait sous son écharpe, elle-même se cachant sous un masque et prenait un fiacre, pour revenir à Vaugirard et rentrer par la porte de derrière. Chaque enfant avait sa nourrice particulière.
Il semble que le roi Louis XIV y soit venu incognito rendre visite à ses enfants et c’est dans ces conditions que la veuve Scarron gagne la confiance et l’affection royales. Albert l’Eschevin en parle de manière peu élogieuse dans l’édition du 1er juillet 1895 du journal Le Soir : “Cette femelle de Tartufe, intrigante, féline, perverse avec des airs de prude sut prendre le roi à Mme de Montespan, sa protectrice.”

Allégorie de la musique par le peintre français, Antoine Coypel (1661-1727), avec Françoise d’Aubigné et cinq des enfants naturels de Louis XIV et Madame de Montespan, vers 1684 (source : Wikimedia commons)

Mais le secret était quelque peu éventé. Le 4 décembre 1673, Madame de Sévigné (1626-1696) écrit à sa fille : “Nous soupâmes encore hier avec Mme Scarron et l’abbé Têtu chez Mme de Coulanges. Nous trouvâmes plaisant de l’aller ramener à minuit au fin fond du faubourg Saint-Germain, quasi auprès de Vaugirard, dans la campagne, dans une grande et belle maison où on n’entre point ; Il y a un grand jardin, de beaux et grands appartements.

Pour les services rendus auprès des enfants, Françoise d’Aubigné reçoit 300 000 livres du roi de France, ce qui lui permet d’acheter les terres et le château de Maintenon et obtient le droit d’en prendre le nom avec le titre de marquise. Une fois les enfants de Mme de Montespan et de Louis XIV légitimés et de retour à Versailles, la maison est vendue. L’hôtel particulier passe de 1719 à 1727, au Grand-Prieur Philippe de Vendôme (1655-1727), arrière-petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, après son départ de la maison du Temple, puis à Louis de Bréhan, comte de Plélo (1699-1734) de 1727 à 1735.

Au lendemain de son mariage, le comte de Plélo, y passe sa lune de miel avec son épouse Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière (1707-1737). Le brigand Cartouche (1693-1721) et sa bande envahissent la maison. A la tête de ses domestiques, de Plélo réussit à les mettre en fuite.
Avant de rejoindre sa garnison, il dédie une poésie à sa femme qui débute par “Jours heureux que je passe en cette solitude, Ne précipitez point un trop rapide cours.”

L’hôtel particulier passe ensuite au marquis de Vilaines en 1740, à la famille de la Tour-d’Auvergne, puis est donné à la demoiselle Rey et à son fils naturel Godefroy de Follainville en 1778. Finalement il est saisi comme bien d’émigré et vendu en 1806. Plusieurs décennies plus tard, la maison qui appartient au chimiste Lucas, devient l’atelier du sculpteur Alfred Boucher (1850-1934). Le graveur, peintre et illustrateur Léopold Flameng (1831-1911) y a également demeuré à la fin de sa vie. Vous vous souvenez peut-être qu’il a notamment fait le dessin de la grande salle de La Californie à Montparnasse. Le 25 boulevard du Montparnasse aurait abrité différents artistes au fil des ans, car il semble que ce fût également l’atelier du peintre Paul-Elie Ranson (1861-1909).

Jusqu’à nos jours

Je n’ai pas pu déterminer avec certitude à quelle époque le pavillon est enlisé dans un immeuble de rapport, mais il semble que cela soit survenu à la fin du 19e siècle à en croire l’article du journal Le Soir en date du 1er juillet 1895 : “Chaque jour des coins du vieux Paris disparaissent, on vient de démolir en partie et d’enserrer en de hautes bâtisses monotones et bêtes une vielle maison qui a son histoire. Elle est bien inconnue des Parisiens. Sise au boulevard Montparnasse, presque au coin de la rue Vaugirard, elle est aujourd’hui défigurée par des raccords et des ajoutures, mais du jardin on peut en admirer encore la haute et sobre architecture, le style robuste et fort, l’allure imposante et sévère, ses macarons superbes.

Quelques uns des macarons visibles (photos : Les Montparnos)

Sur une carte postale ancienne, on note qu’à l’emplacement de l’actuel magasin “Art et Fenêtres”, il y avait la “Rôtisserie de Montparnasse”.

Sur cette carte postale ancienne, on reconnait, à droite, le bâtiment du 25 bd du Montparnasse flanqué de ses deux portails en fer forgé (zones bleues) et on devine le début de la façade en pierre de taille de l’hôtel particulier.
L’un des deux portails en fer forgé du 25 boulevard du Montparnasse (6e arr.) dessiné par Léon Leymonnerye, en 1874 (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet, Histoire de Paris) et pris en photo de nos jours (crédit : Les Montparnos, juillet 2021). Vous noterez quelques petites différences…

L’entrée au 132 rue de Vaugirard, représentée sur le dessin en tête de cet article, a disparu. Concernant la façade sur jardin il est difficile de se rendre compte de nos jours, il faudra se contenter de la photographie de 1917 (ci-dessous).

Vue de la façade latérale, côté jardin, du 25 boulevard du Montparnasse (6e arr.) en novembre 1917 (crédit: Charles Joseph Antoine Lansiaux – source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris)

C’est d’ailleurs cette façade sur jardin qui a fait l’objet d’une inscription de l’hôtel du boulevard du Montparnasse, dit hôtel de Turenne ou hôtel de Scarron au titre des monuments historiques, par arrêté du 29 mars 1928.
Il est aujourd’hui une demeure privée, que l’on peut entrapercevoir au 25 boulevard du Montparnasse dans le 6e arrondissement de Paris.

(photos : Les Montparnos)
La ruelle privée du 25 boulevard du Montparnasse au début du XXe siècle à gauche (crédit : Charles Léger – source : Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diffusion RMN-GP) et de nos jours, à droite (crédit : Les Montparnos, juillet 2021).

1 Fils illégitime d’Henri IV, roi de France, et de Gabrielle d’Estrées, César de Bourbon (1594-1665) est légitimé dès 1595 et pourvu en 1598 du duché de Vendôme par son père.
2 Le premier enfant tenu secret (1669-1672) serait, selon les sources, une fille, Louise Françoise, ou un garçon de prénom inconnu, puis naissent Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736), Louis-César de Bourbon, comte de Vexin, abbé de Saint-Germain-des-Prés (1672-1683), Louise Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes (1673-1743), Louise Marie Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours (1674-1681), Françoise Marie de Bourbon, la seconde Mademoiselle de Blois (1677-1749) et Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1678-1737).
3 Pierre Thomé de Lesse (1649-171.) est trésorier des écuries du roi en 1683, fermier général de 1687 à sa mort. Il épouse en 1685 Françoise Paradis, fille d’un avocat lyonnais.

Les sources de cet article : “Paris qui s’en va – La maison de Mme de Maintenon” (Le XIXe siècle, 1er mars 1892), “Une maison historique” (Le Soir, 1er juillet 1895), l’article de M. Gréard sur Madame de Maintenon dans le “Dictionnaire de pédagogie” (1884), “Guide pratique à travers le vieux Paris” (1923) du Marquis de Rochegude et Maurice Dumolin (p. 462), “Vieux logis ! vieux souvenirs !” (Le XIXe siècle, 21 décembre 1901), “La vie de château au temps jadis – Mme de Maintenon chez elle” (Le Figaro, 8 avril 1931), “Mon village… Le boulevard du Montparnasse” (La France au travail, 29 mars 1941), “Chronique historique : Madame de Maintenon” (Journal des débats politiques et littéraires, 28 octobre 1942), le site de la Société historique et archéologique du 14e arrondissement de Paris, la notice de l’Hôtel de Turenne ou de Scarron dans la base Mérimée, l’article sur la Maison aux cornues du site Paris Promeneurs, le Fonds Thomé de France archives, le bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France (1925), “Amours royales et impériales” (1966, p. 247-248) de Renée Madinier, le site du Château de Maintenon.

Georges Méliès à Montparnasse

L’histoire de Georges Méliès, considéré comme le père des effets spéciaux au cinéma, est surtout attachée au théâtre Robert-Houdin dans le 9ème arrondissement de Paris ou à ses studios de la Star film, aujourd’hui disparus, à Montreuil-sous-Bois. Pourtant l’inventeur du spectacle cinématographique a aussi passé quelques années dans le quartier du Montparnasse…

Georges Méliès dans la boutique de jouets avec un dessin rappelant son fameux film de 1902, “Le voyage dans la lune”.

Lorsqu’on est passionné de cinéma ou qu’on le pratique en amateur, on croise forcément la route de Georges Méliès (1861-1938) à un moment ou à un autre. Qui n’a jamais vu cette représentation, maintes fois copiées, de la Lune qui s’est pris une fusée dans l’œil ?

Détail d’un photogramme du film “Un voyage dans la Lune” (1902) de Georges Méliès.

Si vous êtes passé totalement à côté de ce pionnier du cinéma, découvrez une dizaine de ses films muets, en version restaurée, sur le site d’Arte.

Méliès et la magie… du cinéma

Georges Méliès est né le 8 décembre 1861 à Paris. Son père est dans l’industrie de la chaussure. Après son baccalauréat (1880) et son service militaire (1881-1882), il part en stage à Londres en 1884, mais se prend de passion pour la magie et devient prestidigitateur amateur. De retour en France, il épouse en 1885, Eugénie Genin (1867–1913). Pour vivre, il donne des séances d’illusionnisme au cabinet fantastique du Musée Grévin et présente des numéros au théâtre de magie de la galerie Vivienne, en 1886.

Georges Méliès, à droite avec la canne, sa femme Eugénie Génin, debout à gauche avec un chapeau sombre, et sa famille vers 1890.

En 1888, lorsque son père se retire des affaires au profit de ses fils, Georges Méliès utilise sa part de l’entreprise familiale pour racheter le théâtre Robert-Houdin (8 boulevard des italiens, 9ème arr.) et y représente des saynètes magiques. Il conçoit de nouveaux spectacles d’illusion et rapidement le succès est au rendez-vous.

Originaire de Vaujours (Seine et Oise), Jehanne d’Alcy * (1865-1956), jeune veuve, s’installe à Paris. Elle fait partie du personnel du théâtre Robert-Houdin lorsque Méliès l’achète en 1888. Sa petite taille, sa minceur l’avait fait engager pour tous les truquages et escamotages, car elle devait disparaître dans une cache très étroite.

Tête de Jehanne d’Alcy dans le rôle de la marquise pour “La Source enchantée”, saynète magique créée au théâtre Robert-Houdin en octobre 1892.

Antoine Lumière qui tient boutique passage de l’Opéra, convie son voisin Georges Méliès à la présentation d’une invention de ses fils, Auguste et Louis. Le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café de l’hôtel Scribe, 14 boulevard des Capucines, dans le 9ème arrondissement de Paris, il découvre alors le Cinématographe Lumière. Le destin de Méliès vient de basculer. Enthousiaste, il tente d’acheter l’appareil, mais les frères Lumière sont inflexibles. Leur invention n’est pas à vendre, prétextant qu’elle causerait sa ruine (finalement plutôt prémonitoire). Mais Méliès n’en démord pas. Il perfectionne un appareil d’Edison acheté à Londres et à partir d’avril 1896, des pièces cinématographiques figurent à l’affiche du théâtre Robert-Houdin.

Un jour qu’il filme place de l’Opéra, la caméra se bloque et, lorsqu’il la remet en marche, les passants et les véhicules se sont déplacés. Lors de la projection, on voit donc les passants se métamorphoser subitement et un omnibus Madeleine-Bastille se transformer en corbillard, avec la famille qui suit derrière : c’est la naissance des scènes à transformation, qu’il utilisera dans de nombreux films, avec bien d’autres procédés comme les caches, les miniatures, le gros plan, les objectifs à foyers différents, le fondu ou la surimpression.

Pour moi, c’est le caractère artistique du cinéma qui me sollicitait. C’est dans ce sens-là que j’ai travaillé pendant deux décades ou peu s’en faut, de 1896 à 1914 et, je puis bien le dire puisque tout le monde le reconnaît, j’ai eu le bonheur de trouver la plupart des procédés de mise en scène qui, de nos jours encore, sont à l’honneur.

Georges Méliès, 1932

Retrouvez sur la chaine La Manie du cinéma, un condensé de la vie de Georges Méliès en 7 minutes chrono.

Pour faire ses films, Méliès exerce tous les métiers : scénariste, décorateur, metteur en scène, acteur. Et lorsqu’il n’est pas devant la caméra c’est aussi lui qui tourne la manivelle. A l’écran, on retrouve aussi Jehanne d’Alcy qui joue tout naturellement dans les premiers films de Méliès et devient ainsi la première star du monde.
Au commencement, le public était friand des scènes à trucs, puis Méliès en vint aux fééries, comme pour La Chrysalide et le papillon (1901). Il reconstitue en studio des actualités truquées comme La visite de l’épave du Maine (1898) ou L’éruption du Mont Pelé (1902). Les histoires se développent et les films s’allongent. Il aborde le film de genre scientifique et géographique avec Le voyage dans la Lune (1902) ou A la conquête du Pôle (1912).

Au début tous ses films étaient tournés en plein air. Il fallait attendre le soleil et craindre la pluie. L’activité se développant, les commandes affluant, il faut tourner tous les jours, quelle que soit la météo.

A la fin du mois de septembre 1896, Méliès fait construire, au milieu du jardin potager de sa propriété de Montreuil-sous-Bois, une grande salle vitrée de tous côtés, le studio A.

Le studio de Montreuil est le premier à posséder une machinerie complète uniquement créée en vue de la réalisation de films avec mise en scène, scénario, acteurs et décors, et Georges Méliès est le premier à construire un atelier de prises de vues pour y réaliser des films destinés à être projetés en spectacle public, c’est pour cela qu’il a le titre de “premier studio du monde”. Le studio B est construit en 1905.

En près de deux décennies, la maison de production de Méliès, la Star Film, dont la devise est “Le monde à la portée de la main”, produit plus de 500 films qui sont distribués internationalement, notamment grâce à sa succursale de New York.

La fin de la magie ?

Méliès cesse toute activité cinématographique en 1913. En mai de cette même année, il perd sa femme et reste seul avec ses deux enfants Georgette, 25 ans (née le 22 mars 1888), et André, 12 ans (né le 15 janvier 1901).

Lorsque la guerre de 1914 éclate, le théâtre Robert-Houdin, devenu un cinéma avec séance de prestidigitation le dimanche seulement, est fermé dès le début des hostilités par ordre de la police.

La scène du théâtre Robert-Houdin avant sa réfection en 1901.

De son côté Jehanne d’Alcy, approchant de la cinquantaine, sa carrière d’actrice terminée, a obtenu en 1914 la gérance d’une petite boutique en bois située d’abord sur le trottoir, puis dans le hall de la gare Montparnasse. Elle y vend des chocolats, des bonbons et des jouets. Elle a aussi réussi à dénicher un petit appartement donnant sur le square Jolivet dans le 14ème arrondissement, à deux pas de la gare, meublé de quelques objets rappelant sa splendeur passée.

Georges Méliès transforme le second de ses studios de prises de vues de Montreuil-sous-Bois en théâtre. C’est le théâtre des Variétés-Artistiques qui fonctionnera de 1915 à 1923. Sa fille Georgette, qui avait débuté à 9 ans dans les premiers films de son père, en devient la directrice et l’animatrice.

Mais la contrefaçon, la concurrence, les problèmes financiers, la première guerre mondiale et les créanciers ont eu raison de lui. Endetté, Méliès est contraint de vendre la propriété familiale de Montreuil-sous-bois qui comprend ses deux studios, sa maison d’habitation, ses décors, ses costumes…

Ci-contre : Facture datant du 6 février 1906 à l’entête de la “Manufacture de films pour Cinématographes G. Méliès”, située au 13 Passage de l’Opéra à Paris.

En 1922, le théâtre Robert-Houdin fait partie des expropriations dans le cadre du prolongement du boulevard Haussmann.

En 1923, la famille Méliès quitte définitivement Montreuil-sous-Bois. La propriété est vendue par lots, le premier studio du monde subsiste encore quelque temps mais est finalement démoli en 1947. Toutes les caisses contenant les films sont vendues à des marchands forains et disparaissent. La collection complète des cinq cents négatifs des films tournés par Méliès sont cédés à un récupérateur pour en extraire le celluloïd et les sels d’argent. Méliès lui-même, dans un moment de colère, brûle son stock de Montreuil.

En 1924, Méliès est appelé à Sarrebruck par la direction du Cercle des Mines de la Sarre. Il est chargé de reconstituer tout le matériel de leur grand théâtre détruit par les Allemands lors de leur retraite. En cinq mois, il reconstruit avec son fils, André, toute la machinerie disparue et refait tous les décors.

Georges et Jehanne à Montparnasse

En 1925, Méliès n’a plus de maison, plus de théâtre. Sa fille, Georgette (1888-1930), habite avec son mari, Armand Fontaine (1894-1988), chez les parents de celui-ci, son fils André (1901-1985) loge chez les parents de sa femme, Raymonde Thomas (1897-1979). A 64 ans, veuf depuis 1913, Méliès est seul et sans foyer. Dans le livre “Georges Méliès, l’enchanteur“, on apprend que Madame Fontaine, la belle-mère de Georgette, joue les entremetteuses. Elle se rend à la gare Montparnasse pour savoir dans quelle disposition envers Méliès, Jehanne d’Alcy se trouve. Finalement, il l’épouse en seconde noce, le 10 décembre 1925. La cérémonie est très intime, il n’y a qu’une quinzaine de personnes et le repas de noce a lieu à l’hôtel Lutetia. Méliès emménage avec Jehanne dans son appartement du 18 rue Jolivet, dans le 14ème arrondissement.
On le sait notamment car les carnets de croquis de Méliès portent cette adresse en couverture. Elle figure également dans la signature d’une correspondance de 1927 avec Auguste Drioux (1884-1937) fondateur en 1916 de la revue Passez Muscade, journal des prestidigitateurs amateurs et professionnels qui accueille régulièrement les articles et dessins de Méliès.

Dans le trois pièces de la rue Jolivet, on entre par la cuisine, vient ensuite le salon-salle à manger puis la chambre à coucher. L’eau et les WC sont dans l’escalier à mi-étage. Sur le même palier, Jehanne réussit à louer un peu plus tard un second appartement de deux pièces qui sert de remise de jouets et d’entrepôt de friandises pour la boutique.

De 1925 à 1932, Georges Méliès et sa seconde épouse Jehanne d’Alcy, résident au 18 rue Jolivet, dans le 14ème arrondissement, à deux pas de l’ancienne gare Montparnasse, où ils tiennent la boutique de jouets et de confiseries (crédit : Les Montparnos, déc. 2020)

Méliès s’occupe avec Jehanne de la petite boutique dont elle a la concession dans la gare Montparnasse. A ma connaissance il n’existe pas de photographie de cette première boutique. L’employée de la boutique, Marie Loudou, fait l’ouverture à 8 heures, puis Méliès arrive vers 10 heures. Jehanne apparait vers midi pour préparer le déjeuner sur un réchaud à pétrole. L’après-midi les représentants passent ou Jehanne va au réapprovisionnement chez les fournisseurs. Méliès garde la boutique. Très affable, il fait vite connaissance avec le petit monde de la gare, comme le patron du bureau de tabac, la marchande de journaux ou M. Sentenac, le gérant de la buvette-restaurant où il va boire tous les jours son café noir. En 1930, la direction des Chemins de fer de Ouest-Etat leur annonce que des travaux doivent avoir lieu dans le hall et qu’ils doivent quitter le magasin pour le 1er avril au plus tard. A la place, on va leur louer, à l’étage de la gare, une boutique plus grande et plus confortable, mais malheureusement cachée derrière un énorme pilier de ciment. Ils s’y rendent tous les jours par la rampe d’accès de la rue du Départ, mais l’emplacement n’est pas propice et les ventes déclinent. Ils devront d’ailleurs se séparer de leur employée, Mme Loudou.

Jehanne d’Alcy et Georges Méliès au comptoir de leur nouvelle boutique de jouets dans la gare Montparnasse en 1930 (source : Cinémathèque Française)

Pendant les longues heures passées à tenir l’étal de jouets, Méliès s’ennuie, mais il continue à dessiner. Les caricatures les plus touchantes sont sans doute celles sur lesquelles il se représente lui-même enchainé à la boutique de la gare Montparnasse.

(crédit : Georges Méliès – source : Cinémathèque française)

Méliès, grand-père

Dans un entretien de 1932 pour la revue L’image, Méliès raconte que son fils, André, premier comique d’opérette, est sans cesse en tournée, et que son gendre, Armand Fontaine, baryton, n’est pas davantage sédentaire. Au décès de sa fille Georgette, le 29 août 1930, suite à une longue et cruelle maladie qui a débutée en 1928 lors d’une tournée théâtrale en Algérie, Georges Méliès recueille sa petite-fille, Madeleine Fontaine (1923-2018).
Dans l’émission Emmenez-moi de France inter, Madeleine raconte que le matin son grand-père la conduisait à 8h30 à l’école, rue Notre Dame des champs, puis ouvrait le magasin de jouets. A midi il venait la chercher pour déjeuner dans la gare Montparnasse. Le soir ils rentraient dans leur appartement de la rue Jolivet.
Méliès demeure à son étale de la gare Montparnasse, douze heures par jour et quarante-neuf semaines par an. Les bonnes années, il arrive à passer trois fois huit jours dans un petit coin de Bretagne.

Méliès avec Madeleine, sa petit-fille, vers 1930, certainement en Bretagne au vu des rochers dans le fond, peut-être à Trébeurden (capture extrait du DVD “Georges Méliès”, Fechner Productions / Studio Canal, 2008)

Madeleine se souvient que pendant que son grand-père tient la boutique, elle part parfois en escapade avec sa grand-mère Jehanne. Elles vont au Dôme, à La Coupole ou rue de la Gaité pour manger des frites et des moules marinières. Le soir, pour rentrer à la maison, elles passent devant Le Sphinx, une célèbre “maison” du boulevard Edgar Quinet. Voyant des dames devant l’établissement qui attendent les clients, la fillette demande “Mais qu’attendent-elles donc si tard ?” Sa grand-mère lui répond : “Elles attendent leurs maris, ma chérie.” Madeleine rajoute : “Tiens, alors ce ne sont pas toujours les mêmes maris.”

Méliès sort de l’oubli…

Il se raconte qu’en 1926, un jour comme tous les autres, un cafetier passant par là salue Méliès d’un retentissant “Bonjour, Monsieur Méliès !”. Léon Druhot, alors directeur du Ciné-Journal, se trouve sur place. Il n’en croit pas ses oreilles, il imaginait Méliès mort depuis belle lurette. Il l’interpelle : “Seriez-vous parent avec Georges Méliès qui faisait du cinéma avant-guerre ?” – “Mais c’est moi-même”.
Druhot demande à Méliès d’écrire une série de sept articles intitulés “En marge de l’histoire du cinématographe” qui paraissent dans la revue Ciné-Journal de juillet à septembre 1926. C’est ainsi que la génération d’après-guerre apprit à connaître le nom et ce qui restait de l’œuvre de Méliès.

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Il n’était cependant pas totalement oublié dans la corporation cinématographique, puisqu’une lettre datée du 28 juin 1926 lui apprenait qu’il venait d’être nommé par acclamations premier membre d’honneur de la Chambre syndicale de la Cinématographie.

Le 16 décembre 1929, quelques-uns de ses films sortis des greniers sont projetés à la salle Pleyel lors d’un gala en l’honneur de Méliès, organisé par le Studio 28 avec le concours de L’Ami du peuple et du Figaro. Un triomphe en présence du tout Paris !

Les jeunes n’ont rien connu du cinéma d’avant-guerre. Aussi ne connaissent-ils de ma production que quelques féeries provenant de la collection Dufayel qui ont survécu par hasard et qu’on a retrouvées il y a 4 ans. Et c’est pourquoi, tout en me couvrant d’éloges, ils me taxent souvent de naïveté, ignorant certainement que j’ai abordé tous les genres.

Georges Méliès

De nombreux journalistes s’indignent des conditions de vie du cinéaste et de l’oubli total des politiques. En mars 1931, lors d’un banquet de la corporation cinématographique, Méliès est enfin reconnu par la profession, avec Louis Lumière, comme “l’un des deux piliers du cinéma français”.

Puis parrainé par Louis Lumière, Georges Méliès reçoit la Légion d’Honneur le 22 octobre 1931 lors d’un banquet de 800 convives au Claridge (Ciné-Comœdia, 23 oct. 1931).

La retraite au château d’Orly

En 1932, la France traverse une grave crise économique. La boutique de jouets n’est plus rentable. Georges Méliès, sa femme et sa petite-fille sont accueillis au château d’Orly, propriété de la Mutuelle du Cinéma, où des retraités du cinéma peuvent couler des jours heureux.

Le 21 janvier 1938, Georges Méliès décède à l’hôpital Léopold Bellan, 19-21 rue Vercingétorix, dans le 14ème arrondissement. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.
Pour la petite histoire, en 2019, un appel aux dons lancé par Pauline Duclaud-Lacoste, l’arrière-arrière petite-fille de Méliès a permis la restauration de sa tombe.

La quête des films de Méliès

Sur les 520 films de la Star Film, il n’en restait que huit retrouvés fortuitement et présentés lors de la soirée de gala en l’honneur de Méliès en décembre 1929 : Illusions fantastiques, Papillon fantastique, Le juif errant, Le locataire irascible, Les hallucinations de Münchhausen, Les 400 coups du diable, Le voyage dans la lune et A la conquête du pôle.
Ces films ont été retrouvés tout à fait par hasard. Cette anecdote est racontée dans le livre de Madeleine Malthète-Méliès. Jean-Placide Mauclaire (1905-1966), directeur du Studio 28, “est tombé en panne de voiture dans un petit village normand. Le garagiste qui vient à son aide aperçoit à l’intérieur du véhicule quelques boites de film et dit négligemment : Tiens, il y a le même genre de boîtes dans la laiterie du château de Jeufosse. Intrigué, Mauclaire qui sait que le château de Jeufosse a appartenu à Dufayel, le marchand de meubles qui avait ouvert une salle de cinéma dans ses magasins et avait été un des meilleurs clients de Méliès, se rend au château dès que la réparation est faite. Le garagiste n’a pas menti : des dizaines de boîtes s’entassent dans la laiterie !”. Mauclaire a dû se livrer à un énorme travail pour les remettre en état pour la projection, les faisant contretyper, pour certaines, et recolorier, comme les originaux.
Dans son allocution, Méliès précise que les films projetés à l’occasion du gala ne représentent qu’un des genres de films qu’il produisait, le genre fantastique ou féérique.

Sa petite-fille, Madeleine Malthète-Méliès, fervente défenseure de l’œuvre de son grand-père, est parvenue à en retrouver 210. La plupart des films a été retrouvé dans le réseau international des cinémathèques mais d’autres l’ont été dans des lieux pittoresques comme un poulailler, un grenier ou une cave. Concernant la collection “non-film” conservée depuis 2005 par la Cinémathèque française, elle se compose de plus d’un millier de pièces : photos de plateau, dessins de Méliès, peintures, affiches, costumes (tel le manteau du professeur Barbenfouillis du Voyage dans la lune), objets magiques uniques (l’armoire du Décapité récalcitrant, le Carton Fantastique de Robert-Houdin). Anne-Marie Malthête-Quévrain, arrière petite fille de Méliès raconte : “Cette collection est constituée d’éléments achetés en salle de vente, à des collectionneurs, des brocanteurs etc, avec les deniers personnels de mes parents. Ma mère [Madeleine] réinvestissait le fruit de ses droits d’auteur et de ses conférences dans l’achat de ces éléments et le tirage de copies et de safety des films retrouvés“.

Les hommages du cinéma

Georges Méliès apparait lui-même dans la plupart des films qu’il a produit et réalisé entre 1896 et 1913. Mais il est aussi le personnage central d’au moins deux films, à ma connaissance, “Le grand Méliès” de Georges Franju en 1952 et “Hugo Cabret” de Martin Scorsese en 2011, et d’un dessin animé, “Jack et la mécanique du cœur” (2014).

Le magasin de jouets aujourd’hui ?

Il est difficile de reconstituer l’histoire de la boutique de jouets de la gare Montparnasse, depuis le départ en retraite de Jehanne d’Alcy et Georges Méliès. Ma rencontre avec Thierry Leroux, le gérant de la boutique Tikibou (33 boulevard Edgar Quinet, 14e arr.) me permet d’en apprendre un peu plus. En reprenant le commerce en 2004, son prédécesseur, André Carage, lui raconte que dans les années 1960, à l’occasion du projet “Maine-Montparnasse” qui prévoit le démantèlement de l’ancienne gare de l’Ouest et la construction de la Tour Montparnasse, la boutique déménage sur le boulevard Edgar Quinet.

Thierry Leroux, le gérant de la boutique de jouets Tikibou (photos : Les Montparnos, mai 2021)

En visitant les réserves, Thierry remarque les meubles en bois de l’ancienne boutique de la gare et décide de leur donner une troisième vie. A présent vous pouvez les voir en magasin et leurs tiroirs abritent des trésors qui font le bonheur des petits et grands. Véritable caverne d’Ali Baba, Tikibou est comme la partie immergée d’un iceberg. Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez, demandez à la sympathique équipe qui ira peut-être le dénicher dans les nombreux rayonnages des réserves.

Dans la cour du 33 boulevard Edgar (14e arr.) se trouvent les réserves de la boutique Tikibou (photos : Les Montparnos, mai 2021).


Tikibou Jouets
Figurant certainement parmi les plus anciennes et les plus traditionnelles boutiques de jouets de Paris, Tikibou propose des jouets anciens et en bois, mais aussi les dernières nouveautés pour tous les âges et toutes les bourses.
Plus d'infos | tel : 01 43 20 98 79

En savoir plus sur Georges Méliès



Musée Méliès, la magie du cinéma
La Cinémathèque française prépare une exposition qui promet d'être exceptionnelle autour de Georges Méliès, à partir des collections de la cinémathèque et du CNC. Tout au long du parcours, le visiteur découvrira plus de 300 machines, costumes, affiches, dessins et maquettes. On espère vivement que les conditions sanitaires permettront de découvrir, du 19 mai au 31 décembre 2021, cette exposition très attendue - plus d'infos


"Georges Méliès, l'enchanteur" par Madeleine Malthête-Méliès
Pudique et tendre, très documenté, le témoignage irremplaçable de Madeleine Malthête-Méliès sur son grand-père fait revivre l'homme Méliès et toute son époque, dans une réédition revue et augmentée.
éd. la Tour verte, 2011 - 1ère édition en 1973

*Le nom de naissance de Jehanne d’Alcy est Charlotte Lucie Marie Adèle Stéphanie Adrienne Faës (1865-1956). On la connait aussi sous le nom de Fanny Manieux, lors de son premier mariage avec Gustave Marcel Manieux (1856-1887). Veuve, elle épouse Georges Méliès (1861-1938), en seconde noce, en décembre 1925.

Les sources de cet article : le documentaire “Le Mystère Méliès” (2020) disponible en replay jusqu’au 12 novembre 2021, “Georges Méliès, inventeur” article de Paul Gilson (L’Ami du peuple, 18 oct. 1929), “Un voyage à travers l’impossible” par Paul Gilson (L’Ami du peuple, 13 déc. 1929), “Georges Méliès” par F. de Casanova (Comœdia, 13 déc. 1929), “A propos du gala Méliès” par Roger de Lafforest (L’ami du peuple du soir, 13 déc. 1929), “Georges Méliès à l’honneur” par Arlette Jazarin (Comœdia, 21 mai 1931)”Aux temps héroïques du cinéma, Georges Méliès” (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 19 sept. 1931), “A l’aube du cinéma – Les souvenirs de Georges Méliès” (L’Image, 1er janv. 1932), “Comment Georges Méliès couronna Édouard VII…” (Paris-Soir, 15 mai 1937), “Hier soir à la Cité Universitaire…” par Georges Bateau (Paris-Soir, 8 juil. 1937), “Gloire et tristesse de Georges Méliès” par André Robert (Le Figaro, 24 sept. 1937), “Georges Méliès est mort” par André Robert (Le Figaro, 23 janv. 1938), hommage à Georges Méliès par Georges Sadoul (Regards, 3 fév. 1938), l’interview de Madeleine Malthête-Méliès dans l’émission “Emmenez-moi” (France Inter, 12 mai 2012), l’article du site Bilan (2 fév. 2021), les sites de Pauline Duclaud-Lacoste, l’arrière-arrière petite-fille de Georges Méliès, de la Cinémathèque Méliès, The Georges Melies Project, de la BIFI, Women film pioneers project, de la Cinémathèque de Québec, de Domitor et Wikipedia.

L’hôtel des États-Unis

C’est en consultant une archive de l’INA datant de 1949 que je découvre l’existence de l’hôtel des États-Unis situé sur le boulevard du Montparnasse. L’immeuble existe toujours mais n’a plus tout à fait la même fonction. J’ai eu envie d’investiguer pour savoir ce que je pourrais trouver sur l’histoire de ce bâtiment…

D’après le cadastre cet immeuble du 135 boulevard du Montparnasse a été construit entre 1851 et 1914. Je n’ai pas trouvé à quelle date l’hôtel des États-Unis a ouvert à cette adresse, mais on en trouve la mention dans une petite annonce publiée le 8 mars 1879 dans le Figaro

…ainsi que sur cette carte postale qui y a été envoyée en septembre 1911.

(source : Smithsonian)

Dans un entrefilet du Petit parisien (24 sept. 1903), on apprend que M. André-Jean-Marie Fourgous, tenant l’hôtel-café-restaurant du 135 boulevard Montparnasse a fait faillite et dans une publication légale parue dans La Loi (28 déc. 1928) que l’Hôtel des États-Unis devient une SARL détenue par M. André Hamayon, architecte, Mme Marie Thébault, épouse autorisée de M. Victor Pascal d’Autremont et Mme Marie Dibonnet, veuve de M. Alphonse Thébault.

Le café-restaurant sis à la même adresse que l’hôtel portera différents noms. En novembre 1922, The Chicago Tribune and the Daily News, New York recommande Le Rapin, en mai 1931, Le Chaos, bar américain qui propose buffet froid et souper léger. En 1939, il s’agit de la Nouvelle Chine.

Dans les années 50, le rez-de-chaussée du bâtiment accueille le bar de l’Hôtel des États-Unis, dans lequel furent donnés de nombreux concerts de jazz.

Le menu du restaurant de l’hôtel des États-Unis en 1952 (source : Bibliothèque spécialisée de Paris)

Les résidents plus ou moins célèbres

A la fin du 19ème siècle, vers 1874, le peintre américain John Singer Sargent (1856-1925), qui réalisa entre autre un célèbre portrait d’Auguste Rodin, y réside. En 1881, Louise-Athanaïse Claudel s’y installe au quatrième étage avec ses trois enfants Camille (1864-1943), Louise (1866-1929) et Paul (1868-1955). C’est d’ailleurs dans le quartier du Montparnasse, à l’académie Colarossi (10 rue de la Grande-Chaumière) que Camille prend ses premiers cours de sculpture. Dans la même période, en 1885, le poète français Germain Nouveau (1851-1920) loge au 135. Le docteur Philippe Grenier (1865-1944), premier député musulman de l’histoire de France, y réside fin 1896.

Vers 1900, Édouard Léon Huvé (1865-1933) y aurait exercé son métier de maitre fondeur de caractères typographiques. En 1908, le poète et écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) y séjourne également.

En décembre 1912, le peintre belge Hector van Eyck (1872-1924) présente une sélection de ses œuvres au Jardin d’hiver, 135 bd du Montparnasse. Resté fidèle à son pays natal, il peint les campagnes flamandes aux environs de Waesmunster. Son exposition donne lieu à un article dans le Journal des arts (18 déc. 1912)

De décembre 1929 à l’été 1930, Sergei Eisenstein (1898-1948), le cinéaste russe, séjourne à l’hôtel des États-Unis à Paris. Depuis 1925, il existe à Paris trois hôtels du même nom, mais il était vraisemblablement à celui de Montparnasse. Il en aurait profité pour rendre visite à James Joyce (1882-1941) pour discuter de l’adaptation cinématographique de son œuvre Ulysses et donner le 17 février 1930 une conférence à la Sorbonne sur les “Principes du nouveau cinéma russe”.

A une date indéterminée, vraisemblablement entre 1930 et 1939, Henry Miller (1891-1980), romancier et essayiste américain, y aurait résidé.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’hôtel est réquisitionné pour les sous-officiers allemands.
En représailles aux 75 otages fusillés au mont Valérien à la mi-décembre 1941, deux grenades ont été lancées contre l’hôtel le 26 décembre 1941 à 6h30 du matin. Dans un document des Archives nationales, on apprend que cet hôtel a été, entre décembre 1941 et janvier 1942, le siège de la Geheim Feld Polizei (GFP), la police secrète militaire, de la Luftwaffe (armée de l’air). La Gestapo y menait aussi des interrogatoires comme celui de Madeleine Michelis (1913-1944) qui n’y a pas survécu.

Vidéogramme extrait de l’archive de l’INA du 20 janvier 1949.

Arrivé à Paris fin 1948 grâce au GI Bill*, Art Buchwald (1925-2007), alors jeune soldat américain démobilisé, a séjourné après-guerre à l’hôtel des États-Unis, tenu alors par un vétéran polonais qui a combattu aux côtés des alliés. Sa chambre était au 3ème étage équipée d’un lavabo, d’un bidet, d’un lit et d’un bureau. Il raconte que l’ampoule éclairait tellement peu que “la souris est devenue aveugle à force de chercher à manger“. Il deviendra plus tard humoriste et éditorialiste au Washington Post.

Pilote des forces aériennes des États-Unis, puis militant pacifiste, Garry Davis (1921-2013) crée en 1948 le mouvement des Citoyens du monde. Dès décembre 1948, des anonymes et de nombreuses personnalités comme André Breton, Jean-Paul Sartre, l’Abbé Pierre ou Albert Einstein, viennent à sa rencontre lors de débats. Comme en témoigne cette archive de l’INA du 20 janvier 1949, il s’est installé au 135 boulevard du Montparnasse pour dépouiller tout le courrier qui lui arrive d’un peu partout dans le monde.

L’hôtel fournissait du papier à entête à ses résidents comme l’atteste cette correspondance du 28 juin 1953, entre Eric P. Newman (1911-2017), numismate américain, et Kenneth Scott (1900-1993), historien et professeur à Wagner College, sur le thème de la contrefaçon de monnaie coloniale.

(source : NNP at Washington University in St Louis)

Plus récemment, l’écrivain Nimrod (1959-…) y auraient aussi vécu.

Quelques faits divers

Dans les coupures de journaux que l’on peut retrouver en ligne on découvre que le 135 boulevard du Montparnasse est le théâtre de faits divers plus ou moins dramatiques. Ainsi dans La Lanterne et L’Intransigeant du 4 février 1893, on apprend qu’un homme accompagné de deux enfants et qui a pris une chambre à l’hôtel y abandonne le plus jeune de trois ans au petit matin.

Dans Le Soir (23 avril 1904), on peut lire que M. Georges Bunoud âgé de trente ans, métreur-vérificateur, demeurant depuis quatre ans à l’hôtel des États-Unis, s’est tué d’une balle dans la tempe droite, par désespoir amoureux.

En 1928, Houlbaboff, un voleur en série sévit dans les hôtels. Ainsi le baron von Ritter, ancien ministre plénipotentiaire de Bavière, se fait voler une valise contenant des documents diplomatiques et 5000 francs de bijoux dans l’hôtel des États-Unis (Le Journal, 28 avril 1928)

Le 30 mai 1939, L’Humanité et l’Excelsior relatent un drame s’étant déroulé au restaurant La Nouvelle Chine, au 135 boulevard du Montparnasse. Un garçon du restaurant congédié ce matin-là a tiré plusieurs coups de revolver sur le patron du restaurant, son compatriote.

En 1941, Paris-Soir (11 juil. 1941) relate le vol de bicyclette des locataires dans la cour du 135 boulevard du Montparnasse.

Toutes ces histoires, petites et grandes, qui toutes se sont déroulées à une même adresse, au 135 boulevard du Montparnasse, donnent vie à ce lieu au fil des années.

De nos jours…

Le bâtiment de sept étages a été rénové en 2009. Il héberge l’une des résidences étudiantes de Campus France à Paris et propose 24 studios entièrement équipés, aménagés et décorés selon un design contemporain.


*Le GI Bill est une loi américaine adoptée en juin 1944 par le Congrès des États-Unis, fournissant aux soldats démobilisés de la Seconde Guerre mondiale (communément appelés les G.I.) le financement de leurs études universitaires ou de formations professionnelles ainsi qu’une année d’assurance chômage.

Les sources pour cet article : “Left Bank: Art, Passion and the Rebirth of Paris 1940–1950” (2018) de Agnès Poirier, “Expatriate Paris: A Cultural and Literary Guide to Paris of the 1920s” (1990) de Arlen J. Hansen, “Un balcon sur l’Algérois” (2013) de Nimrod, les sites de la Fondation C. F. Ramuz, du Musée Camille Claudel, du Comité des travaux historiques et scientifiques.

Montparnasse au fil des plans

Difficile d’imaginer que l’actuel quartier très urbanisé du Montparnasse n’était que champs et chemins de terre, il n’y a pas si longtemps. Découvrez cette évolution au fil de plans.

Ce plan, réalisé en 1705, représente Paris et ses environs sous le règne de Louis VII le Jeune (1120-1180) (source : Gallica.fr)

J’ai eu envie de savoir depuis quand Montparnasse ressemble à ce que je connais aujourd’hui, et quelles traces du paysage passé, je pourrai dénicher. Évidemment pas de photos avant 1839 et pas des films avant 1895, mais une fois de plus internet, et plus précisément wikipedia, est un puits sans fond pour dégoter des informations et notamment des cartes. Cet article regroupe une sélection de plans se focalisant sur la zone de Montparnasse.

XIIème siècle

Le plan qui illustre en ouverture cet article représente Paris et ses environs sous le règne de Louis VII le Jeune (1120-1180). Difficile de délimiter la zone qui deviendra, quelques siècles plus tard, le quartier du Montparnasse. Pourtant en y regardant de plus près, on repère l’abbaye de St Germain, les églises St Sulpice et Notre-Dame-des-Champs. On note également l’hôtel de Vauvert, résidence au milieu des vignes du roi Robert le pieux (972-1031). Ce vallon n’est autre que ce que nous connaissons aujourd’hui comme le Jardin du Luxembourg. À la mort du roi Robert, le château de Vauvert, abandonné, tombe rapidement en ruine et devient une véritable cour des miracles. L’expression populaire aller au diable Vauvert viendrait de là.
En 1257, le roi Louis IX concède le terrain de Vauvert aux Chartreux qui y établissent un monastère.

1380

Au fil des plans, il est intéressant de remarquer l’avancée de l’urbanisation et le recul de la campagne et des champs cultivés. Vous noterez que leur orientation n’est pas toujours la même. Parfois le nord est à gauche et parfois il est en haut.
Le couvent des Chartreux fondé en 1257 est aussi un point de repère utile. Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel jardin du Luxembourg et a perduré jusqu’à sa démolition de 1796 à 1800.
La ligne bleue rajoutée matérialise la rue de Vaugirard présente depuis fort longtemps. Le rond bleu indique la butte connue sous le nom de mont de la Fronde ou Mont de Parnasse, en référence à la montagne du centre de la Grèce, site particulièrement vénéré dans l’Antiquité qui surplombe la cité de Delphes.
Le chemin courbe qui sillonne presque en parallèle au muret du clos des Chartreux et qui aboutit à la rue de Vaugirard deviendra la rue Notre-Dame-des-champs.

Détail du plan de la ville de Paris en 1380 par Henri Legrand. La route indiquée en bleu est la rue de Vaugirard, le cercle bleu matérialise la colline qui plus tard sera nommée Mont-Parnasse. Entre les deux se trouve le couvent des Chartreux (source : David Rumsey Map Collection).

1657

Sur ce plan de 1657, le long de la rue de Vaugirard on trouve le Palais du Luxembourg qui a été construit sur le terrain d’un hôtel particulier du XVIe siècle et qui appartenait à François de Piney, duc de Luxembourg. On remarque également le moulin des Chartreux. Mais ce qui saute aux yeux c’est le regroupement de personnes aux alentours du Mont de Parnasse ou Mont de la Fronde. Il semblerait qu’on y venait pour s’exercer au lancer de pierres.

Détail de la carte de Paris en 1657, réalisée par Johannes Janssonius. En bleu, la rue de Vaugirard et la colline du Mont de Parnasse ou de la Fronde (source : Geheugen van Nederland).

1717

Fondé en 1667, l’observatoire de Paris, dont la construction s’est achevé en 1672, apparait sur ce plan de 1717 et le parallèle de l’observatoire à 48° 50’10” est matérialisé. Près de la barrière de Vaugirard, les moulins de la pointe et de la Tour sont représentés. Le futur boulevard du Montparnasse n’est pas totalement dessiné. Le chemin de Meudon devient la rue de Seve (Sèvres) après le passage de la barrière du même nom. D’autres chemins mènent aux communes voisines comme Vaugirard, Clamar (Clamart), Vanvre (Vanves), Chastillon (Châtillon), Mont Rouge (Montrouge) ou Bourg la Reyne (Bourg-la-Reine). On note que l’actuelle rue du Cherche-midi, se nomme en 1717 la rue de Chasse midy. Depuis 1705, la rue Notre-Dame-des-champs est clairement indiquée. En plus du couvent des Chartreux, de l’église et du séminaire de St Sulpice, on remarque de nombreux établissements à caractères religieux, comme le séminaire des missions étrangères, les bénédictins de Notre-Dame-des-prez, la communauté des filles du St Esprit, de Notre-Dame-de-la-consolation, de la Visitation, les Pères de l’Oratoire, les Capucins, les Ursulines… Le long du Faubourg St Jacques, les églises et chapelles se succèdent les unes après les autres.

Détail du plan de Paris, ses faubourgs et ses environs en 1717 par Nicolas de Fer (crédit : Stephen S. Clark Library – source : University of Michigan Library)

1788

En 1784, il est décidé de faire entourer la ville de Paris d’une muraille destinée non pas à la défense, mais à la perception de l’octroi, impôt prélevé sur les marchandises entrant dans la ville. Le mur des fermiers généraux est édifié en quelques années à partir de 1784. Muni de 57 passages, appelés barrières, le mur est gardé par les employés de l’octroi. Pour la zone qui nous concerne le tracé de la muraille, alors au milieu des champs, suit approximativement les actuels boulevards Garibaldi, Pasteur, Vaugirard, Edgar-Quinet, Raspail et Saint-Jacques.
On remarque que les actuels boulevard du Montparnasse et boulevard Raspail qui font partie des boulevards du Midi dont la construction est prescrite en 1704 par Louis XIV, amorcée vers 1720 et achevée au début des années 1760, sont indiqués comme Nouveau Boulevard sur ce plan.
Sur le bord gauche du plan, près de la rue de Vaugirard et en face du moulin de la pointe, se trouve la pension de l’enfant Jésus. C’est à cet endroit qu’ouvrira en juin 1802 l’hôpital des enfants malades.

Détail du plan de la ville et des faubourgs de Paris en 1788 par Louis-Joseph Mondhare. On note le mur d’enceinte de Paris qui traverse les champs en vert (source : Barry Lawrence Ruderman)

1837

Sur ce plan de 1837, le couvent des Chartreux a disparu. A la place on trouve la pépinière du jardin de Luxembourg. Un enclos carré délimite au sud du boulevard Montparnasse le cimetière de Montrouge, qui deviendra le cimetière du Montparnasse, et à deux pas se situe un théâtre dans une rue qui deviendra la rue de la Gaité. Le long du mur des fermiers généraux, le nom des barrières est clairement inscrit : Sèvres, Fourneaux, Vaugirard, Maine, Montparnasse, d’Enfer. A gauche de la chaussée du Maine sont mentionnés plusieurs moulins à vent, le moulin de la citadelle, le moulin de beurre et le moulin neuf.
On note que le chemin de fer n’a pas encore fait son apparition, puisque l’embarcadère du Maine ne rentre en fonction qu’à partir de 1840.

Détail du plan topographique de Paris en 1837, réalisé par Alexis Donnet (source : Gallica.fr)

1849

L’enceinte de Thiers (hachurée en bleu sur le plan ci-dessous) est créée entre 1841 et 1844 autour de Paris, à la suite de l’approbation par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de l’époque, Adolphe Thiers. Cette enceinte fortifiée, appelée plus familièrement les fortif’, se situe alors entre les actuels boulevards des Maréchaux (à l’origine la “rue Militaire”) et le futur emplacement du boulevard périphérique. Bien que hors du territoire qui nous intéresse sur ce blog, il est important de le savoir pour la suite de l’histoire. À noter en passant : à l’extérieur du mur d’enceinte, de son fossé et de sa contrescarpe se trouvait une bande de terre de 250 m de large désignée comme zone non constructible. Elle fut occupée par des bidonvilles dès la fin du XIXe siècle, avec l’abandon de sa fonction militaire. Cette bande était désignée comme la Zone, les miséreux habitant là étant appelés les zoniers, ou plus péjorativement les zonards.

Détail du plan de Paris et ses environs dans les années 1840, par George Bradshaw (source : Norman B. Leventhal Map Center Collection). L’enceinte fortifiée de Thiers, hachurée en bleu, a été construite entre 1841 et 1844.

On note, sur ce plan de 1849, la présence de la gare de chemin de fer de l’Ouest au niveau du boulevard Montparnasse, ainsi que la ligne ferroviaire qui en part.
Au sud du boulevard, les chemins de campagne deviennent des rues auxquelles on donne des noms, aujourd’hui disparus : rue du grenier aux fourrages, rue du champ d’asile, … Le boulevard Raspail s’appelle alors le boulevard d’Enfer et n’a pas encore été prolongé au-delà du boulevard Montparnasse. Le boulevard Edgar-Quinet n’a pas encore pris son nom – pas étonnant puisque l’historien, poète, philosophe et homme politique français, Edgar Quinet (1803-1875), est encore bien vivant -. L’avenue du Maine s’appelle encore la Chaussée du Maine. Une rue de l’ouest existe (l’actuelle rue d’Assas) mais elle longe un bout du jardin du Luxembourg. Le cimetière de Montrouge est devenu le cimetière du Sud. Par contre on a déjà, et depuis un certain temps, les rues de la Gaité, du Montparnasse, de Notre-Dame-des-champs, du Cherche-midi, de Sèvres et bien entendu la rue de Vaugirard qui est notre fil bleu depuis le début.

1863

Napoléon III demande que soient annexés à Paris les faubourgs se situant entre l’ancienne enceinte du mur des fermiers généraux et l’enceinte de Thiers. Découlant de cette demande expresse, la loi du 16 juin 1859, dite loi Riché du nom de son rapporteur, porte sur l’extension des limites de Paris jusqu’à l’enceinte de Thiers et provoque la suppression de onze communes du département de la Seine. Ainsi au 1er janvier 1860, cette annexion est effective et donne à Paris le contours qu’on lui connait à peu près actuellement. La commune de Vaugirard et une partie de celle de Montrouge deviennent des quartiers de Paris et composent les 14ème et 15ème arrondissements. A cette occasion le mur très impopulaire des fermiers généraux sera démoli par le préfet Haussmann, Paris passant alors de 12 à 20 arrondissements.

Détail d’une carte touristique de Paris, en 1863. La capitale est alors divisée en 20 arrondissements. Le quartier qui nous intéresse est à cheval sur les 6ème, 14ème et 15ème arrondissements (crédit : J. N. Henriot – source : Geographicus Rare Antique Maps)

On remarque que le Cimetière du Montparnasse, initialement carré, s’est étendu, que la rue de Rennes s’arrête à la rue de Vaugirard, et que le 14ème arrondissement s’est particulièrement densifié.

1916

Depuis l’inauguration du métropolitain en juillet 1900, les cartes présentent souvent les lignes disponibles. Sur ce plan de 1916, les lignes 4, 5 (la ligne 6 d’aujourd’hui) et A sont en service, la future ligne 10 ne sera inaugurée qu’en décembre 1923. L’actuelle station Sèvres Babylone s’appelait alors Bd Raspail, pouvant prêter à confusion avec la station Raspail des lignes 4 et 5. La station Maine et la place du Maine prendront le nom de Bienvenüe le 30 juin 1933 en hommage au père du métro, Fulgence Bienvenüe.
En comparaison au plan précédent, on note que les grands travaux du Baron Haussmann sont passés par là. La rue de Rennes a été prolongée jusqu’à Saint-Germain-des-près et le boulevard Raspail, jusqu’au boulevard Saint-Michel, transformant radicalement le paysage du quartier. La rue Notre-Dame-des-champs est l’une des rares rues non rectilignes du quartier. Le cimetière Montparnasse est à présent traversé par la rue Émile Richard. Le boulevard de Vanves et une partie du boulevard de Montrouge ont pris le nom de Edgar-Quinet depuis 1879, en hommage à l’écrivain et historien. La chaussée du Maine est devenue une avenue. L’ancien boulevard des Fourneaux qui débouche sur l’arrière de la gare Montparnasse se nomme à présent boulevard Vaugirard. Dans le quartier de Plaisance, une gare aux marchandises a vu le jour.

Détail de la carte-Campbell, le nouveau plan de Paris et banlieue indiquant toutes les voies nouvelles ainsi que les lignes du Métropolitain et du réseau Nord-Sud exploitées ou en construction (crédit : Editions Blondel La Rougery – source : Stanford Librairies)

1944

Sur ce plan de 1944, le quartier ressemble beaucoup à ce que l’on connait aujourd’hui. Il faut observer dans le détail pour remarquer les différences. Par exemple on note que l’impasse du Maine accessible par l’avenue du même nom a été percée et s’appelle à présent rue Bourdelle en hommage au sculpteur qui avait son atelier à cet endroit. Rue de Sèvres l’hôpital Laennec n’a pas encore fait l’objet d’un vaste programme immobilier achevé en 2014. A l’angle du boulevard Raspail et de la rue du Cherche-midi existe encore une prison militaire qui sera remplacée plus tard par la Maison des sciences de l’homme. Rue Vercingétorix, l’église Notre-Dame-du-Travail, inaugurée en 1902, est bien mentionnée. Au 167 boulevard Saint-Michel, le bal Bullier est devenu en 1935 la piscine Bullier (actuel emplacement du Crous).

Détail du plan de Paris en 1944 par le service des cartes de l’US Army (crédit : U.S. Army Map Service – source : The University of Texas at Austin)

Aujourd’hui

De nos jours les plans utilisés sont souvent numériques, accessibles depuis internet ou nos téléphones portables, et enrichis d’informations cliquables.
Par rapport au plan de 1944, le plus gros changement est le quartier du projet Maine-Montparnasse réalisé dans les années 1960-1970. La gare ferroviaire a quitté les abords du boulevard Montparnasse pour se retrouver au niveau de l’avenue du Maine. Le jardin Atlantique a été créé au dessus des voies. La tour Montparnasse et son centre commercial occupent l’espace laissé par la gare de l’Ouest.

J’espère que ce voyage dans le temps autour du quartier du Montparnasse vous aura captivé autant que moi. Si vous avez des informations à ajouter ou si vous repérez un plan qu’il serait intéressant de mentionner, n’hésitez pas à mettre les liens en commentaire et à préciser quels aspects vous ont interpelés.


NB : Un ami me signale le site Remonter le temps de l’IGN où il est possible de comparer des cartes et des vues aériennes de différentes époques.
Ci-dessous, une carte d’état-major (1820-1866), à gauche, est comparée à une photographie aérienne (2006-2010), à droite. Les espaces de verdures sont le jardin du Luxembourg au nord et le cimetière Montparnasse plus au sud.

Mise à jour du 21 décembre 2020


Quelques repères historiques :
De 1784 à 1790 : construction du mur des fermiers généraux
De 1841 à 1844 : construction de l’enceinte de Thiers
De 1853 à 1870 : travaux haussmanniens

1er janvier 1860 : extension de Paris à 20 arrondissements
1870 : guerre franco-allemande
mars-mai 1871 : insurrections de la commune de Paris
Juillet 1900 : inauguration de la 1ère ligne de métro

Le métropolitain

Le quartier Montparnasse est un nœud de transport dense. En plus d’une gare de grandes lignes et un réseau de bus, on ne compte pas moins de cinq lignes de métro. Mais la construction du métro ne s’est pas faite en un jour et a nécessité une longue et difficile gestation. Retour en images sur cette histoire…

Au début de la seconde moitié du 19ème siècle, Paris est en pleine expansion démographique, industrielle et commerciale. L’organisation du transport devient primordiale. Les avenues percées, entre 1853 à 1870, dans le cadre du projet du baron Haussmann facilitent la circulation en constante augmentation des voitures à chevaux, des fiacres, des tramways et autres camions, mais elle n’en devient pas moins anarchique, dans les quartiers centraux. On attendait beaucoup de la Petite ceinture, la première réalisation ferroviaire d’envergure pour Paris, ouverte au trafic voyageurs et marchandises entre 1851 et 1867. Mais les espoirs sont déçus et les problèmes de circulation restent entiers.

En Europe, Londres a mis en service dès 1863 sa première ligne de chemin de fer métropolitain et cela semble être l’exemple à suivre. Après la guerre de 1870, les projets de chemin de fer dans Paris se multiplient. Le conseil général de la Seine se saisit du problème, la Ville de Paris prend les études à son compte, le ministre des transports consulte le conseil d’état, dont l’avis rend la concession à la Ville de Paris impossible, tant et si bien que le métro ne sera pas prêt pour l’exposition universelle de 1889 et il prendra 10 ans de retard. Souterrain ou aérien, les projets continuent d’arriver et l’imagination ne manque pas. Un certain Édouard Mazet prévoit même de faire circuler des trains “gondoles”. Ce projet extravagant qui frise le canular est cependant enregistré sérieusement à la Préfecture de Police et parait dans la revue de vulgarisation, La Nature, du 7 juin 1884 (n°575, p. 315-318).

Mazet, capitaine au long cours, propose des bateaux suspendus sur « rails » (crochets), fixés verticalement par paires sur des piliers. Les bateaux automoteurs avancent, de deux à trois piliers, deux-trois-deux-trois… Ici, gravure de 1884, « passage du bateau devant l’Opéra » (Source : “Les batailles pour la création du Métro : un choix de mode de vie, un succès pour la démocratie locale” de Alain Cottereau, 2004)

La perspective de l’exposition universelle de 1900 à Paris, débloque la situation. L’État reconnait le 22 novembre 1895 à la Ville de Paris le droit de réaliser le métropolitain. L’avant-projet de Paris fut dressé au début de 1896 par Edmond Huet, directeur des travaux et Fulgence Bienvenüe, ingénieur en chef. Le principe était des trains légers souterrains à traction électrique.

Qui est Fulgence Bienvenüe ?

Originaire de Uzel dans les Côtes-du-Nord (actuelles Côtes-d’Armor), Fulgence Bienvenüe (1852-1936) étudie à l’École polytechnique puis à l’École nationale des ponts et chaussées. Il devient inspecteur général des Ponts et Chaussées en 1875. Amputé de son bras gauche après un accident en 1881, il travaille pour la Ville de Paris à partir de 1886 et poursuit les travaux d’aménagements de la capitale initiés sous le baron Haussmann. En 1895, il présente avec son collègue Edmond Huet un avant-projet de réseau de chemin de fer métropolitain souterrain et électrique pour la capitale. Après l’adoption définitive du projet en 1898, Bienvenüe se consacre entièrement à la construction du métro de Paris, l’œuvre majeure de sa carrière.

Pendant plus de trente ans, imaginant des techniques de construction parfois audacieuses, Fulgence Bienvenüe supervise la construction et l’extension du réseau, ce qui lui vaudra le surnom de Père du métro. On disait de lui : “C’est un esprit très audacieux mais raisonnable, rigoureux et réaliste” qui montre la ténacité d’un vrai breton.

(Crédit : Neurdein / Roger-Viollet – Source : Paris en images)

La station de métro Montparnasse – Bienvenüe est nommée en l’honneur de Fulgence Bienvenüe depuis le 30 juin 1933, en même temps que la place du Maine prend le nom de place Bienvenüe.

La construction du métro

La loi du 30 mars 1898 déclare d’utilité publique, à titre d’intérêt local, le projet du métropolitain “destiné au transport de voyageurs et de leurs bagages à main“. Le réseau long de 65 km est constitué de six lignes concédées à la Compagnie du chemin de fer Métropolitain de Paris (CMP). La loi stipule également que les infrastructures (souterrains, tranchées, viaducs, quais des stations) sont construits par la Ville de Paris, tandis que le concessionnaire exploitant est chargé des superstructures (ateliers, usines électriques, pose des voies et des équipements, achat du matériel roulant).

La mise en service du métro a nécessité la construction de sous-stations électriques pour alimenter les rames, comme celle-ci dans le quartier de Necker. (Source : Les Montparnos, mai 2020)

Les travaux de la ligne 1 (entre Porte Maillot et Porte de Vincennes) débutent en octobre 1898. Elle est inaugurée le 19 juillet 1900 alors que la capitale accueille la même année l’exposition universelle et les jeux olympiques. Le succès est immédiat. Près de 4 millions de personnes sont transportés dès le mois de décembre 1900.

Très rapidement les travaux des lignes 2 Nord, 3, puis 2 Sud, 5, 4 et 6 sont entrepris. En 1910 les six premières lignes du réseau sont ouvertes avec un an d’avance sur les délais prévus.

Plan des lignes du métro parisien en service ou en construction, en mai 1910 (Source : Gallica.fr)

L’inondation de 1910

Entre les 18 et 26 janvier 1910, des pluies diluviennes s’abattent sur le bassin parisien. A Paris, la Seine monte de six mètres en dix jours. Les lignes 1, 3, 4, 5 et 6 sont impactées au fil des jours. La ligne 6 est affectée en premier. D’importantes infiltrations recouvrent les voies sur 800 mètres dans le quartier de Bercy. Sur la ligne 4 récemment mise en service, l’eau recouvre les rails sur une longueur de 4600 mètres. Les lignes Nord-Sud (12), 13 et 8 alors en construction sont également impactées. Évidemment cela occasionne des interruptions de services sur les lignes concernées. Elles sont parfois exploitées par tronçon. Par exemple, le 25 janvier, le service est interrompu sur la ligne 4 entre Châtelet et Vavin. Après la décrue le service est rétabli progressivement. Pour les lignes qui nous intéressent, ente le 14 février et le 6 avril sur la 4 et entre le 8 mars et le 17 avril 1910 sur la 6.

Lors de l’inondation de Paris, en 1910, on circule en barque dans le métro sur la ligne Nord-Sud. (Crédit : Maurice-Louis Branger/Roger-Viollet – Source : Paris en images)

Les lignes de métro à Montparnasse

Détail du plan des lignes du métro parisien en service ou en construction, dans le quartier Montparnasse, en mai 1910 (Source : Gallica.fr)
Porte de Clignancourt – Porte d’Orléans, puis Mairie de Montrouge

Avec la ligne 4, pour la première fois, les voies passaient sous le fleuve pour relier la rive gauche à la rive droite de la Seine. Comme souvent la ligne a été mise en service par tronçon. Le parcours Porte d’Orléans – Raspail est ouvert aux voyageurs le 30 octobre 1909. Il faut attendre le 9 janvier 1910 pour l’inauguration du tronçon Châtelet – Raspail. La ligne est exploitée dans son entièreté après la décrue de 1910. Elle sera prolongée vers le sud jusqu’à Mairie de Montrouge, inaugurée le 23 mars 2013.

Étoile – Place d’Italie, puis Nation

Pendant sa construction, la ligne 6 se nommait numéro 2, sous l’appellation “Circulaire Sud”, la ligne “Circulaire Nord” (ligne 2 actuelle) étant ouverte depuis 1903. Elle a la particularité d’être en grande partie en aérien. La mise en service de la ligne s’est faite en plusieurs étapes. Le tronçon Passy-Place d’Italie est ouvert le 24 avril 1906.

Le métro aérien et l’avenue de Breteuil, vers 1910. (Source : Paris en images)
Boulogne – Gare d’Austerlitz

Écartelée, remaniée, tronquée, la ligne 10 actuelle ne ressemble en rien à ce qu’elle a été au début du métro parisien. Une partie de son tracé actuel portait un autre numéro, tandis que le nombre 10 était affecté à certains tronçons qui appartiennent aujourd’hui à d’autres lignes. C’est aujourd’hui une transversale est-ouest.

Porte de la Chapelle, puis Front populaire – Mairie d’Issy

En 1901 l’ingénieur Berlier, associé à Janicot, propose son chemin de fer tubulaire inspiré du tube londonien. Il propose de connecter les deux rives de la Seine et de relier Montmartre à Montparnasse avec la ligne A d’un réseau qui devait comporter trois lignes (A, B, C). La Ville de Paris lui accorde la concession le 28 décembre 1901, mais demande que la ligne soit prolongée jusqu’à Porte de Versailles d’une part et de Saint Lazare à la Porte de Saint-Ouen d’autre part. Entre temps la Société du chemin de fer électrique souterrain Nord-Sud de Paris a été créée. Contrairement à la CMP, la concession prévoyait que l’ensemble des travaux soit à la charge de Nord-Sud. A noter que sous la butte Montmartre la ligne est établie à grande profondeur, soit jusqu’à 56 mètres sous la surface du sol.
Le 5 novembre 1910, les voyageurs pouvaient aller de Porte de Versailles à Notre-Dame-de-Lorette. A partir d’avril 1911, ils pouvaient aller jusqu’à Pigalle, puis jusqu’à Jules Joffrin à partir d’octobre 1912. Le 23 août 1916, la ligne va jusqu’à La Chapelle, et Mairie d’Issy est inaugurée le 24 mars 1934. Le 18 décembre 2012, la ligne 12 est prolongée vers le nord jusqu’à la station Front Populaire.

Train de la ligne 12 à la station de métro Montparnasse, vers 1970. (crédit : Léon Claude Vénézia/Roger-Viollet – source : Paris en images)
Chatillon-Montrouge – Asnières-Gennevilliers / Saint-Denis

Cette ligne a connu bien des vicissitudes. Initialement la ligne B du Nord-Sud allait de la gare Saint-Lazare à la porte de Saint-Ouen et prévoyait une correspondance à Saint-Lazare avec la ligne A (c’est-à-dire la 12). A l’origine le tronçon Invalides et Duroc faisait partie de la ligne 10, la ceinture intérieure. La partie méridionale de la ligne 13 actuelle était l’ancienne ligne C du Nord-Sud entre la porte de Vanves et la place Bienvenüe, aussi numérotée ligne 14. Le terminus était initialement prévu sous la rue de l’Arrivée. Ce tronçon est inauguré en décembre 1936.
La situation avec, d’une part une ligne 13 venant du nord et aboutissant à Saint-Lazare et d’autre part une ligne 14 venant du sud et s’achevant à Invalides, va durer des décennies. Ce n’est que dans les années 1970 qu’elles sont réunies en une grande ligne transversale nord-sud.

Femme poinçonnant des tickets en 1ère classe dans le métro de la ligne Nord-Sud à Paris, pendant la guerre 1914-1918 (crédit : Maurice-Louis Branger/Roger-Viollet – source : Paris en images)

Pour se démarquer des lignes de la CMP, les noms des stations de la ligne Nord-Sud sont écrits en lettres énormes et les cadres publicitaires sont en céramique bistre pour les stations ordinaires et de couleur verte pour les stations de correspondance.

En 2020, le métro parisien a 120 ans !

En 1970, l’ORTF consacre un épisode de la série “Histoire de Paris” aux 70 ans du métropolitain et retrace les grandes étapes de sa construction.

Les stations du quartier


Cet article s’appuie sur les ouvrages suivants : “Un siècle de métro en 14 lignes” de Jean Tricoire, éd. La vie du rail, 2000 | “Un ticket pour Paris, un siècle de bus et de métro” de Claude Berton, Jean-Claude Lablée, Claire Lemoine et Murielle Rudel, éd. Sélection du Reader’s Digest, 2006 | “Histoire illustrée des stations de métro” de Philippe Game et Danielle Michaud, éd. EDL, 2005