Le 9e Art à Montparnasse

En attendant la prochaine édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, reportée en juin 2021 pour cause de crise sanitaire, SNCF Gares & Connexions propose aux voyageurs un intermède dessiné.

Les cafés, musées et centres commerciaux de plus de 20 000 m² étant fermés, les lieux de sociabilité et de culture se comptent sur les doigts d’une main. Jusqu’à présent les librairies, quelques galeries d’art et les gares restent encore ouvertes. Le festival d’Angoulême a eu le nez creux en s’associant à une quarantaine de gares un peu partout en France pour présenter l’intégralité de ses sélections officielles 2021.

La BD s’empare de l’espace public

A la gare Montparnasse, les travaux étant toujours en cours, l’exposition est installée sur les piliers du quai 24 et dans le hall 2 de la gare. Trois artistes sont exposés :

Lynd Ward

Né en 1905 à Chicago, Lynd Ward montre très jeune une grande facilité en dessin et étudie les beaux-arts à l’université de Columbia. Très vite il s’impose comme l’un des précurseurs du roman graphique. De l’artiste qui vend son âme, aux amants pris dans les tourments de leurs temps, en passant par l’homme maudit ou l’ouvrier rebelle, Lynd Ward a aussi documenté les injustices du système économique et social américain à l’époque de la grand dépression.

Les dessins noir et blanc en grand format de Lynd Ward (1905-1985) sont à voir sur les piliers du quai 24 de la gare Montparnasse.
Nicolas Presl

Né en 1976 en Vendée, et après une carrière brève comme tailleur de pierre, Nicolas Presl décide de se consacrer pleinement à la bande dessinée. Choisissant une narration sans texte, il montre dans tous ses ouvrages un attachement particulier à l’Histoire, notamment à ses passages les plus troubles.

Les planches de Nicolas Presl sont à avoir sur les piliers du quai 24 à la gare Montparnasse.
Jérémie Moreau

Né en 1987, Jérémie Moreau grandit en région parisienne. Dessinant avec assiduité, il participe chaque année, dès ses huit ans, au concours de bande dessinée du festival d’Angoulême. Il obtient ainsi le prix des lycéens en 2005, depuis il a remporté plusieurs autres prix au festival de la BD. Son dernier album, Le discours de la panthère, est formé de plusieurs histoires courtes, sous forme de paraboles, où les animaux occupent seuls le devant de la scène.

L’exposition de Jérémie Moreau installée dans le hall 2 de la gare Montparnasse.

De mi-décembre 2020 à mi-février 2021, le 48e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême se vit en grand et en gares avec #ArtEnGare – accès gratuit.

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Pour les passionnés de bande dessinée, la librairie incontournable du quartier Montparnasse se trouve 17 rue Littré dans le 6ème arrondissement. Incollable, l'équipe est toujours de bon conseil. 
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Georges Méliès à Montparnasse

L’histoire de Georges Méliès, considéré comme le père des effets spéciaux au cinéma, est surtout attachée au théâtre Robert-Houdin dans le 9ème arrondissement de Paris ou à ses studios de la Star film, aujourd’hui disparus, à Montreuil-sous-Bois. Pourtant l’inventeur du spectacle cinématographique a aussi passé quelques années dans le quartier du Montparnasse…

Georges Méliès dans la boutique de jouets avec un dessin rappelant son fameux film de 1902, « Le voyage dans la lune ».

Lorsqu’on est passionné de cinéma ou qu’on le pratique en amateur, on croise forcément la route de Georges Méliès (1861-1938) à un moment ou à un autre. Qui n’a jamais vu cette représentation, maintes fois copiées, de la Lune qui s’est pris une fusée dans l’œil ?

Détail d’un photogramme du film « Un voyage dans la Lune » (1902) de Georges Méliès.

Si vous êtes passé totalement à côté de ce pionnier du cinéma, découvrez une dizaine de ses films muets, en version restaurée, sur le site d’Arte.

Méliès et la magie… du cinéma

Georges Méliès est né le 8 décembre 1861 à Paris. Son père est dans l’industrie de la chaussure. Après son baccalauréat (1880) et son service militaire (1881-1882), il part en stage à Londres en 1884, mais se prend de passion pour la magie et devient prestidigitateur amateur. De retour en France, il épouse en 1885, Eugénie Genin (1867–1913). Pour vivre, il donne des séances d’illusionnisme au cabinet fantastique du Musée Grévin et présente des numéros au théâtre de magie de la galerie Vivienne, en 1886.

Georges Méliès, à droite avec la canne, sa femme Eugénie Génin, debout à gauche avec un chapeau sombre, et sa famille vers 1890.

En 1888, lorsque son père se retire des affaires au profit de ses fils, Georges Méliès utilise sa part de l’entreprise familiale pour racheter le théâtre Robert-Houdin (8 boulevard des italiens, 9ème arr.) et y représente des saynètes magiques. Il conçoit de nouveaux spectacles d’illusion et rapidement le succès est au rendez-vous.

Originaire de Vaujours (Seine et Oise), Jehanne d’Alcy * (1865-1956), jeune veuve, s’installe à Paris. Elle fait partie du personnel du théâtre Robert-Houdin lorsque Méliès l’achète en 1888. Sa petite taille, sa minceur l’avait fait engager pour tous les truquages et escamotages, car elle devait disparaître dans une cache très étroite.

Tête de Jehanne d’Alcy dans le rôle de la marquise pour « La Source enchantée », saynète magique créée au théâtre Robert-Houdin en octobre 1892.

Antoine Lumière qui tient boutique passage de l’Opéra, convie son voisin Georges Méliès à la présentation d’une invention de ses fils, Auguste et Louis. Le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café de l’hôtel Scribe, 14 boulevard des Capucines, dans le 9ème arrondissement de Paris, il découvre alors le Cinématographe Lumière. Le destin de Méliès vient de basculer. Enthousiaste, il tente d’acheter l’appareil, mais les frères Lumière sont inflexibles. Leur invention n’est pas à vendre, prétextant qu’elle causerait sa ruine (finalement plutôt prémonitoire). Mais Méliès n’en démord pas. Il perfectionne un appareil d’Edison acheté à Londres et à partir d’avril 1896, des pièces cinématographiques figurent à l’affiche du théâtre Robert-Houdin.

Un jour qu’il filme place de l’Opéra, la caméra se bloque et, lorsqu’il la remet en marche, les passants et les véhicules se sont déplacés. Lors de la projection, on voit donc les passants se métamorphoser subitement et un omnibus Madeleine-Bastille se transformer en corbillard, avec la famille qui suit derrière : c’est la naissance des scènes à transformation, qu’il utilisera dans de nombreux films, avec bien d’autres procédés comme les caches, les miniatures, le gros plan, les objectifs à foyers différents, le fondu ou la surimpression.

Pour moi, c’est le caractère artistique du cinéma qui me sollicitait. C’est dans ce sens-là que j’ai travaillé pendant deux décades ou peu s’en faut, de 1896 à 1914 et, je puis bien le dire puisque tout le monde le reconnaît, j’ai eu le bonheur de trouver la plupart des procédés de mise en scène qui, de nos jours encore, sont à l’honneur.

Georges Méliès, 1932

Retrouvez sur la chaine La Manie du cinéma, un condensé de la vie de Georges Méliès en 7 minutes chrono.

Pour faire ses films, Méliès exerce tous les métiers : scénariste, décorateur, metteur en scène, acteur. Et lorsqu’il n’est pas devant la caméra c’est aussi lui qui tourne la manivelle. A l’écran, on retrouve aussi Jehanne d’Alcy qui joue tout naturellement dans les premiers films de Méliès et devient ainsi la première star du monde.
Au commencement, le public était friand des scènes à trucs, puis Méliès en vint aux fééries, comme pour La Chrysalide et le papillon (1901). Il reconstitue en studio des actualités truquées comme La visite de l’épave du Maine (1898) ou L’éruption du Mont Pelé (1902). Les histoires se développent et les films s’allongent. Il aborde le film de genre scientifique et géographique avec Le voyage dans la Lune (1902) ou A la conquête du Pôle (1912).

Au début tous ses films étaient tournés en plein air. Il fallait attendre le soleil et craindre la pluie. L’activité se développant, les commandes affluant, il faut tourner tous les jours, quelle que soit la météo.

A la fin du mois de septembre 1896, Méliès fait construire, au milieu du jardin potager de sa propriété de Montreuil-sous-Bois, une grande salle vitrée de tous côtés, le studio A.

Le studio de Montreuil est le premier à posséder une machinerie complète uniquement créée en vue de la réalisation de films avec mise en scène, scénario, acteurs et décors, et Georges Méliès est le premier à construire un atelier de prises de vues pour y réaliser des films destinés à être projetés en spectacle public, c’est pour cela qu’il a le titre de « premier studio du monde ». Le studio B est construit en 1905.

En près de deux décennies, la maison de production de Méliès, la Star Film, dont la devise est « Le monde à la portée de la main », produit plus de 500 films qui sont distribués internationalement, notamment grâce à sa succursale de New York.

La fin de la magie ?

Méliès cesse toute activité cinématographique en 1913. En mai de cette même année, il perd sa femme et reste seul avec ses deux enfants Georgette, 25 ans (née le 22 mars 1888), et André, 12 ans (né le 15 janvier 1901).

Lorsque la guerre de 1914 éclate, le théâtre Robert-Houdin, devenu un cinéma avec séance de prestidigitation le dimanche seulement, est fermé dès le début des hostilités par ordre de la police.

La scène du théâtre Robert-Houdin avant sa réfection en 1901.

De son côté Jehanne d’Alcy, approchant de la cinquantaine, sa carrière d’actrice terminée, a obtenu en 1914 la gérance d’une petite boutique en bois située d’abord sur le trottoir, puis dans le hall de la gare Montparnasse. Elle y vend des chocolats, des bonbons et des jouets. Elle a aussi réussi à dénicher un petit appartement donnant sur le square Jolivet dans le 14ème arrondissement, à deux pas de la gare, meublé de quelques objets rappelant sa splendeur passée.

Georges Méliès transforme le second de ses studios de prises de vues de Montreuil-sous-Bois en théâtre. C’est le théâtre des Variétés-Artistiques qui fonctionnera de 1915 à 1923. Sa fille Georgette, qui avait débuté à 9 ans dans les premiers films de son père, en devient la directrice et l’animatrice.

Mais la contrefaçon, la concurrence, les problèmes financiers, la première guerre mondiale et les créanciers ont eu raison de lui. Endetté, Méliès est contraint de vendre la propriété familiale de Montreuil-sous-bois qui comprend ses deux studios, sa maison d’habitation, ses décors, ses costumes…

Ci-contre : Facture datant du 6 février 1906 à l’entête de la « Manufacture de films pour Cinématographes G. Méliès », située au 13 Passage de l’Opéra à Paris.

En 1922, le théâtre Robert-Houdin fait partie des expropriations dans le cadre du prolongement du boulevard Haussmann.

En 1923, la famille Méliès quitte définitivement Montreuil-sous-Bois. La propriété est vendue par lots, le premier studio du monde subsiste encore quelque temps mais est finalement démoli en 1947. Toutes les caisses contenant les films sont vendues à des marchands forains et disparaissent. La collection complète des cinq cents négatifs des films tournés par Méliès sont cédés à un récupérateur pour en extraire le celluloïd et les sels d’argent. Méliès lui-même, dans un moment de colère, brûle son stock de Montreuil.

En 1924, Méliès est appelé à Sarrebruck par la direction du Cercle des Mines de la Sarre. Il est chargé de reconstituer tout le matériel de leur grand théâtre détruit par les Allemands lors de leur retraite. En cinq mois, il reconstruit avec son fils, André, toute la machinerie disparue et refait tous les décors.

Georges et Jehanne à Montparnasse

En 1925, Méliès n’a plus de maison, plus de théâtre. Sa fille, Georgette (1888-1930), habite avec son mari, Armand Fontaine (1894-1988), chez les parents de celui-ci, son fils André (1901-1985) loge chez les parents de sa femme, Raymonde Thomas (1897-1979). A 64 ans, veuf depuis 1913, Méliès est seul et sans foyer. Dans le livre « Georges Méliès, l’enchanteur« , on apprend que Madame Fontaine, la belle-mère de Georgette, joue les entremetteuses. Elle se rend à la gare Montparnasse pour savoir dans quelle disposition envers Méliès, Jehanne d’Alcy se trouve. Finalement, il l’épouse en seconde noce, le 10 décembre 1925. La cérémonie est très intime, il n’y a qu’une quinzaine de personnes et le repas de noce a lieu à l’hôtel Lutetia. Méliès emménage avec Jehanne dans son appartement du 18 rue Jolivet, dans le 14ème arrondissement.
On le sait notamment car les carnets de croquis de Méliès portent cette adresse en couverture. Elle figure également dans la signature d’une correspondance de 1927 avec Auguste Drioux (1884-1937) fondateur en 1916 de la revue Passez Muscade, journal des prestidigitateurs amateurs et professionnels qui accueille régulièrement les articles et dessins de Méliès.

Dans le trois pièces de la rue Jolivet, on entre par la cuisine, vient ensuite le salon-salle à manger puis la chambre à coucher. L’eau et les WC sont dans l’escalier à mi-étage. Sur le même palier, Jehanne réussit à louer un peu plus tard un second appartement de deux pièces qui sert de remise de jouets et d’entrepôt de friandises pour la boutique.

De 1925 à 1932, Georges Méliès et sa seconde épouse Jehanne d’Alcy, résident au 18 rue Jolivet, dans le 14ème arrondissement, à deux pas de l’ancienne gare Montparnasse, où ils tiennent la boutique de jouets et de confiseries (crédit : Les Montparnos, déc. 2020)

Méliès s’occupe avec Jehanne de la petite boutique dont elle a la concession dans la gare Montparnasse. A ma connaissance il n’existe pas de photographie de cette première boutique. L’employée de la boutique, Marie Loudou, fait l’ouverture à 8 heures, puis Méliès arrive vers 10 heures. Jehanne apparait vers midi pour préparer le déjeuner sur un réchaud à pétrole. L’après-midi les représentants passent ou Jehanne va au réapprovisionnement chez les fournisseurs. Méliès garde la boutique. Très affable, il fait vite connaissance avec le petit monde de la gare, comme le patron du bureau de tabac, la marchande de journaux ou M. Sentenac, le gérant de la buvette-restaurant où il va boire tous les jours son café noir. En 1930, la direction des Chemins de fer de Ouest-Etat leur annonce que des travaux doivent avoir lieu dans le hall et qu’ils doivent quitter le magasin pour le 1er avril au plus tard. A la place, on va leur louer, à l’étage de la gare, une boutique plus grande et plus confortable, mais malheureusement cachée derrière un énorme pilier de ciment. Ils s’y rendent tous les jours par la rampe d’accès de la rue du Départ, mais l’emplacement n’est pas propice et les ventes déclinent. Ils devront d’ailleurs se séparer de leur employée, Mme Loudou.

Jehanne d’Alcy et Georges Méliès au comptoir de leur nouvelle boutique de jouets dans la gare Montparnasse en 1930 (source : Cinémathèque Française)

Pendant les longues heures passées à tenir l’étal de jouets, Méliès s’ennuie, mais il continue à dessiner. Les caricatures les plus touchantes sont sans doute celles sur lesquelles il se représente lui-même enchainé à la boutique de la gare Montparnasse.

(crédit : Georges Méliès – source : Cinémathèque française)

Méliès, grand-père

Dans un entretien de 1932 pour la revue L’image, Méliès raconte que son fils, André, premier comique d’opérette, est sans cesse en tournée, et que son gendre, Armand Fontaine, baryton, n’est pas davantage sédentaire. Au décès de sa fille Georgette, le 29 août 1930, suite à une longue et cruelle maladie qui a débutée en 1928 lors d’une tournée théâtrale en Algérie, Georges Méliès recueille sa petite-fille, Madeleine Fontaine (1923-2018).
Dans l’émission Emmenez-moi de France inter, Madeleine raconte que le matin son grand-père la conduisait à 8h30 à l’école, rue Notre Dame des champs, puis ouvrait le magasin de jouets. A midi il venait la chercher pour déjeuner dans la gare Montparnasse. Le soir ils rentraient dans leur appartement de la rue Jolivet.
Méliès demeure à son étale de la gare Montparnasse, douze heures par jour et quarante-neuf semaines par an. Les bonnes années, il arrive à passer trois fois huit jours dans un petit coin de Bretagne.

Méliès avec Madeleine, sa petit-fille, vers 1930, certainement en Bretagne au vu des rochers dans le fond, peut-être à Trébeurden (capture extrait du DVD « Georges Méliès », Fechner Productions / Studio Canal, 2008)

Madeleine se souvient que pendant que son grand-père tient la boutique, elle part parfois en escapade avec sa grand-mère Jehanne. Elles vont au Dôme, à La Coupole ou rue de la Gaité pour manger des frites et des moules marinières. Le soir, pour rentrer à la maison, elles passent devant Le Sphinx, une célèbre « maison » du boulevard Edgar Quinet. Voyant des dames devant l’établissement qui attendent les clients, la fillette demande « Mais qu’attendent-elles donc si tard ? » Sa grand-mère lui répond : « Elles attendent leurs maris, ma chérie. » Madeleine rajoute : « Tiens, alors ce ne sont pas toujours les mêmes maris. »

Méliès sort de l’oubli…

Il se raconte qu’en 1926, un jour comme tous les autres, un cafetier passant par là salue Méliès d’un retentissant « Bonjour, Monsieur Méliès ! ». Léon Druhot, alors directeur du Ciné-Journal, se trouve sur place. Il n’en croit pas ses oreilles, il imaginait Méliès mort depuis belle lurette. Il l’interpelle : « Seriez-vous parent avec Georges Méliès qui faisait du cinéma avant-guerre ? » – « Mais c’est moi-même ».
Druhot demande à Méliès d’écrire une série de sept articles intitulés « En marge de l’histoire du cinématographe » qui paraissent dans la revue Ciné-Journal de juillet à septembre 1926. C’est ainsi que la génération d’après-guerre apprit à connaître le nom et ce qui restait de l’œuvre de Méliès.

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Il n’était cependant pas totalement oublié dans la corporation cinématographique, puisqu’une lettre datée du 28 juin 1926 lui apprenait qu’il venait d’être nommé par acclamations premier membre d’honneur de la Chambre syndicale de la Cinématographie.

Le 16 décembre 1929, quelques-uns de ses films sortis des greniers sont projetés à la salle Pleyel lors d’un gala en l’honneur de Méliès, organisé par le Studio 28 avec le concours de L’Ami du peuple et du Figaro. Un triomphe en présence du tout Paris !

Les jeunes n’ont rien connu du cinéma d’avant-guerre. Aussi ne connaissent-ils de ma production que quelques féeries provenant de la collection Dufayel qui ont survécu par hasard et qu’on a retrouvées il y a 4 ans. Et c’est pourquoi, tout en me couvrant d’éloges, ils me taxent souvent de naïveté, ignorant certainement que j’ai abordé tous les genres.

Georges Méliès

De nombreux journalistes s’indignent des conditions de vie du cinéaste et de l’oubli total des politiques. En mars 1931, lors d’un banquet de la corporation cinématographique, Méliès est enfin reconnu par la profession, avec Louis Lumière, comme « l’un des deux piliers du cinéma français ».

Puis parrainé par Louis Lumière, Georges Méliès reçoit la Légion d’Honneur le 22 octobre 1931 lors d’un banquet de 800 convives au Claridge (Ciné-Comœdia, 23 oct. 1931).

La retraite au château d’Orly

En 1932, la France traverse une grave crise économique. La boutique de jouets n’est plus rentable. Georges Méliès, sa femme et sa petite-fille sont accueillis au château d’Orly, propriété de la Mutuelle du Cinéma, où des retraités du cinéma peuvent couler des jours heureux.

Le 21 janvier 1938, Georges Méliès décède à l’hôpital Léopold Bellan, 19-21 rue Vercingétorix, dans le 14ème arrondissement. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.
Pour la petite histoire, en 2019, un appel aux dons lancé par Pauline Duclaud-Lacoste, l’arrière-arrière petite-fille de Méliès a permis la restauration de sa tombe.

La quête des films de Méliès

Sur les 520 films de la Star Film, il n’en restait que huit retrouvés fortuitement et présentés lors de la soirée de gala en l’honneur de Méliès en décembre 1929 : Illusions fantastiques, Papillon fantastique, Le juif errant, Le locataire irascible, Les hallucinations de Münchhausen, Les 400 coups du diable, Le voyage dans la lune et A la conquête du pôle.
Ces films ont été retrouvés tout à fait par hasard. Cette anecdote est racontée dans le livre de Madeleine Malthète-Méliès. Jean-Placide Mauclaire (1905-1966), directeur du Studio 28, « est tombé en panne de voiture dans un petit village normand. Le garagiste qui vient à son aide aperçoit à l’intérieur du véhicule quelques boites de film et dit négligemment : Tiens, il y a le même genre de boîtes dans la laiterie du château de Jeufosse. Intrigué, Mauclaire qui sait que le château de Jeufosse a appartenu à Dufayel, le marchand de meubles qui avait ouvert une salle de cinéma dans ses magasins et avait été un des meilleurs clients de Méliès, se rend au château dès que la réparation est faite. Le garagiste n’a pas menti : des dizaines de boîtes s’entassent dans la laiterie ! ». Mauclaire a dû se livrer à un énorme travail pour les remettre en état pour la projection, les faisant contretyper, pour certaines, et recolorier, comme les originaux.
Dans son allocution, Méliès précise que les films projetés à l’occasion du gala ne représentent qu’un des genres de films qu’il produisait, le genre fantastique ou féérique.

Sa petite-fille, Madeleine Malthète-Méliès, fervente défenseure de l’œuvre de son grand-père, est parvenue à en retrouver 210. La plupart des films a été retrouvé dans le réseau international des cinémathèques mais d’autres l’ont été dans des lieux pittoresques comme un poulailler, un grenier ou une cave. Concernant la collection « non-film » conservée depuis 2005 par la Cinémathèque française, elle se compose de plus d’un millier de pièces : photos de plateau, dessins de Méliès, peintures, affiches, costumes (tel le manteau du professeur Barbenfouillis du Voyage dans la lune), objets magiques uniques (l’armoire du Décapité récalcitrant, le Carton Fantastique de Robert-Houdin). Anne-Marie Malthête-Quévrain, arrière petite fille de Méliès raconte : « Cette collection est constituée d’éléments achetés en salle de vente, à des collectionneurs, des brocanteurs etc, avec les deniers personnels de mes parents. Ma mère [Madeleine] réinvestissait le fruit de ses droits d’auteur et de ses conférences dans l’achat de ces éléments et le tirage de copies et de safety des films retrouvés« .

Les hommages du cinéma

Georges Méliès apparait lui-même dans la plupart des films qu’il a produit et réalisé entre 1896 et 1913. Mais il est aussi le personnage central d’au moins deux films, à ma connaissance, « Le grand Méliès » de Georges Franju en 1952 et « Hugo Cabret » de Martin Scorsese en 2011, et d’un dessin animé, « Jack et la mécanique du cœur » (2014).

Le magasin de jouets aujourd’hui ?

Il est difficile de reconstituer l’histoire de la boutique de jouets de la gare Montparnasse, depuis le départ en retraite de Jehanne d’Alcy et Georges Méliès. Ma rencontre avec Thierry Leroux, le gérant de la boutique Tikibou (33 boulevard Edgar Quinet, 14e arr.) me permet d’en apprendre un peu plus. En reprenant le commerce en 2004, son prédécesseur, André Carage, lui raconte que dans les années 1960, à l’occasion du projet « Maine-Montparnasse » qui prévoit le démantèlement de l’ancienne gare de l’Ouest et la construction de la Tour Montparnasse, la boutique déménage sur le boulevard Edgar Quinet.

Thierry Leroux, le gérant de la boutique de jouets Tikibou (photos : Les Montparnos, mai 2021)

En visitant les réserves, Thierry remarque les meubles en bois de l’ancienne boutique de la gare et décide de leur donner une troisième vie. A présent vous pouvez les voir en magasin et leurs tiroirs abritent des trésors qui font le bonheur des petits et grands. Véritable caverne d’Ali Baba, Tikibou est comme la partie immergée d’un iceberg. Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez, demandez à la sympathique équipe qui ira peut-être le dénicher dans les nombreux rayonnages des réserves.

Dans la cour du 33 boulevard Edgar (14e arr.) se trouvent les réserves de la boutique Tikibou (photos : Les Montparnos, mai 2021).


Tikibou Jouets
Figurant certainement parmi les plus anciennes et les plus traditionnelles boutiques de jouets de Paris, Tikibou propose des jouets anciens et en bois, mais aussi les dernières nouveautés pour tous les âges et toutes les bourses.
Plus d'infos | tel : 01 43 20 98 79

En savoir plus sur Georges Méliès



Musée Méliès, la magie du cinéma
La Cinémathèque française prépare une exposition qui promet d'être exceptionnelle autour de Georges Méliès, à partir des collections de la cinémathèque et du CNC. Tout au long du parcours, le visiteur découvrira plus de 300 machines, costumes, affiches, dessins et maquettes. On espère vivement que les conditions sanitaires permettront de découvrir, du 19 mai au 31 décembre 2021, cette exposition très attendue - plus d'infos


"Georges Méliès, l'enchanteur" par Madeleine Malthête-Méliès
Pudique et tendre, très documenté, le témoignage irremplaçable de Madeleine Malthête-Méliès sur son grand-père fait revivre l'homme Méliès et toute son époque, dans une réédition revue et augmentée.
éd. la Tour verte, 2011 - 1ère édition en 1973

*Le nom de naissance de Jehanne d’Alcy est Charlotte Lucie Marie Adèle Stéphanie Adrienne Faës (1865-1956). On la connait aussi sous le nom de Fanny Manieux, lors de son premier mariage avec Gustave Marcel Manieux (1856-1887). Veuve, elle épouse Georges Méliès (1861-1938), en seconde noce, en décembre 1925.

Les sources de cet article : le documentaire « Le Mystère Méliès » (2020) disponible en replay jusqu’au 12 novembre 2021, « Georges Méliès, inventeur » article de Paul Gilson (L’Ami du peuple, 18 oct. 1929), « Un voyage à travers l’impossible » par Paul Gilson (L’Ami du peuple, 13 déc. 1929), « Georges Méliès » par F. de Casanova (Comœdia, 13 déc. 1929), « A propos du gala Méliès » par Roger de Lafforest (L’ami du peuple du soir, 13 déc. 1929), « Georges Méliès à l’honneur » par Arlette Jazarin (Comœdia, 21 mai 1931) »Aux temps héroïques du cinéma, Georges Méliès » (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 19 sept. 1931), « A l’aube du cinéma – Les souvenirs de Georges Méliès » (L’Image, 1er janv. 1932), « Comment Georges Méliès couronna Édouard VII… » (Paris-Soir, 15 mai 1937), « Hier soir à la Cité Universitaire… » par Georges Bateau (Paris-Soir, 8 juil. 1937), « Gloire et tristesse de Georges Méliès » par André Robert (Le Figaro, 24 sept. 1937), « Georges Méliès est mort » par André Robert (Le Figaro, 23 janv. 1938), hommage à Georges Méliès par Georges Sadoul (Regards, 3 fév. 1938), l’interview de Madeleine Malthête-Méliès dans l’émission « Emmenez-moi » (France Inter, 12 mai 2012), l’article du site Bilan (2 fév. 2021), les sites de Pauline Duclaud-Lacoste, l’arrière-arrière petite-fille de Georges Méliès, de la Cinémathèque Méliès, The Georges Melies Project, de la BIFI, de la Cinémathèque de Québec, de Domitor et Wikipedia.

Le 22 octobre 1895

Ce jour-là, le train en provenance de Granville et à destination de Paris, n’est pas parvenu à s’arrêter et la locomotive a traversé la façade de la gare Montparnasse pour finir sa course sur la place de Rennes…

Le 22 octobre 1895, le train no 56, parti de Granville à 8h45, doit normalement arriver à 15h55 sur la voie 6 de la gare Montparnasse (alors appelée gare de l’Ouest), à Paris. Le convoi, tracté par une locomotive à vapeur opérée par un mécanicien et un chauffeur, est constitué de trois fourgons à bagages, d’un wagon postal et de dix voitures de voyageurs, dont une voiture-salon. En effet, en gare de Briouze (Orne), le convoi fait un arrêt imprévu, pour qu’on lui attèle un wagon-spécial qui ramenait à Paris Albert Christophle, député de l’Orne, et accessoirement gouverneur du Crédit foncier de France. La manœuvre engendre plusieurs minutes de retard.

Lors de son passage à Versailles-Chantiers, le train accuse un retard de sept minutes sur son horaire. Il en regagne deux lorsqu’il aborde l’avant-gare de Paris-Montparnasse, mais malgré des tentatives, ne parvient pas à s’arrêter à temps. Suscitant l’affolement général en pénétrant sous le hall à une vitesse d’environ 40 km/h, il pulvérise le butoir, puis transperce le béton du terre-plein situé au bout des voies et le mur de la façade surmonté d’une cloison vitrée et traverse la courte terrasse surplombant la place de Rennes et défonce son balcon. Emportée par son élan, la locomotive bascule dans le vide et son extrémité avant s’enfonce dans le sol à l’emplacement d’une station de tramway, détruisant un kiosque-abri. Il est exactement 16h, comme en témoignaient les pendules électriques de la gare, toutes arrêtées lors de l’accident.

Le bilan

Malgré la violence de l’accident, il ne provoque qu’un seul décès, celui d’une marchande de journaux installée à la station de tramway, Marie-Augustine Aiguillard, 39 ans, mère de deux enfants de 5 et 9 ans, écrasée à la fois par une pierre tombée de la façade et par le cendrier de la locomotive qui récupère les cendres et les scories du foyer. Son mari déclare : « Elle est morte, tuée sur le coup. Elle tricotait, assise sur les marches de la buvette. »

Heureusement l’abri était vide de voyageurs au moment de l’accident et le tramway bondé de la ligne de Montparnasse à Étoile qui y stationnait en attente du départ était éloigné du point de chute par ses chevaux, affolés par le fracas provoqué par l’évènement. Madame Pelletier, tenancière d’un kiosque à journaux accolé à la façade juste dans le prolongement de la voie 6, s’est enfuit à temps en voyant le convoi foncer sur elle. Le mécanicien Guillaume Pellerin et le chauffeur Victor Garnier, ont été projetés hors de leur machine lors du choc avec le butoir, le premier à droite dans l’entrevoie, le second à gauche sur le quai, ont subit de légères blessures.

Coupures de presse de l’époque. Retrouvez les articles sur le blog de Gallica.

Les voitures du train, dont la décélération brutale aurait pu provoquer un télescopage, sont restées sur les rails, retenues à la fois par l’effet du frein à air dont la canalisation s’était rompue et par celui du frein à main du fourgon de queue. Leurs passagers ont été victime de quelques contusions sans gravité.

L’enquête

Interrogés immédiatement après l’accident, le mécanicien et le chauffeur invoquèrent une panne du frein à air type Westinghouse, qui avait normalement fonctionné lors du ralentissement sur les aiguillages de la gare d’Ouest-Ceinture, puis au passage à niveau de la rue de la Procession, mais s’était révélé défaillant à celui de la rue du Château, quelques centaines de mètres avant l’arrivée. Ils avaient bien tenté de réduire leur vitesse, qui était alors de 65 km/h en renversant la vapeur et en sablant, tout en sifflant pour demander aux conducteurs d’actionner le freinage d’urgence, mais ces manœuvres s’étaient avérées insuffisantes pour arrêter le convoi à temps.

A la postérité

Cet accident ferroviaire est l’un des plus connus, même à l’international. On en retrouve la mention dans le film de Martin Scorsese Hugo Cabret (2011) et dans la scène d’introduction du film Edmond (2019) d’Alexis Michalik. On peut également en voir une réinterprétation par le graffeur Brusk sur le site des travaux du centre commercial Gaité-Montparnasse à deux pas de la gare.

En 2018, sur une proposition d’Olivier Landes, fondateur d’Art en Ville, le graffeur Brusk a réalisé une fresque éphémère réinterprétant l’accident ferroviaire de 1895 (crédit : Les Montparnos, octobre 2020).

Pour en savoir plus sur cet accident, consultez le blog de Galllica, le site RetroNews et la page Wikipedia.
La photo de couverture de cet article provient du site Paris en images (crédit : Henri Roger / Roger-Viollet).

Le 25 août 1944 à Montparnasse

Lors de la libération de Paris le 25 août 1944, le général Leclerc, qui dirigeait la 2ème division blindée, établit son poste de commandement dans la gare Montparnasse. C’est là que fut proclamée la reddition des troupes allemandes.

Le boulevard du Montparnasse en plein confinement en raison de l’épidémie de Covid-19 (crédit : Les Montparnos, mars 2020)

Au début du confinement du printemps 2020, le boulevard du Montparnasse était désert, seules de rares voitures circulaient sporadiquement. Un passant qui comme moi est sorti faire quelques courses, s’étonnant de ce silence, me dit que ça lui fait penser au 14 juin 1940, lorsque les parisiens s’étaient enfermés chez eux sachant que les allemands allaient entrer dans la capitale.
Loin de moi l’idée de comparer la crise du Covid-19 avec la seconde guerre mondiale, mais en ce jour anniversaire de la Libération de Paris, la remarque de cet inconnu me revient en mémoire.

Pendant les quatre années de l’Occupation de Paris, les panneaux de signalisation sont en allemand comme ici au carrefour Montparnasse-Raspail, devant le restaurant La Rotonde. (Crédit : Pierre Jahan / Roger-Viollet)

Si comme pour moi, vos cours d’histoire du lycée sont un peu loin, cette vidéo, réalisée en 2018 à partir d’archives, résume en 5 minutes les temps forts de la libération de Paris :

Débarqués le 6 juin 1944 en Normandie, les alliés avancent difficilement vers l’Est. Les parisiens s’impatientent et veulent passer à l’action. Un climat insurrectionnel émerge. Les cheminots, les forces de l’ordre, les postiers, les ouvriers se mettent en grève. Le 18 août, le colonel Henri Rol-Tanguy, chef régional des Forces françaises de l’intérieur (FTP-FFI), appelle à l’insurrection. Le lendemain des barricades se dressent, des bâtiments officiels tombent aux mains des résistants et les affrontements sont de plus en plus violents.

Une barricade de la rue de Rennes, au croisement des rues Saint Placide et Vaugirard (6e arr.), le 25 août 1944 (Crédit : Pierre Jahan / Roger-Viollet).
La même barricade de la rue de Rennes, au croisement de la rue Saint-Placide (6e arr.), le 25 août 1944 (Crédit : LAPI / Roger-Viollet).

Face à l’insurrection parisienne, le général Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, qui préconisait d’abord de contourner Paris, se rend compte le 20 août de l’urgence de la situation et Charles De Gaulle finit par le convaincre d’envoyer des renforts français. Le 22 août 1944, la division blindée (DB) du général Leclerc fonce sur la capitale et après deux jours et deux nuits de combats aux abords de la ville, la 2ème DB entre le 24 août dans Paris, suivi par la 4ème division d’infanterie américaine. Le 25 août 1944, le général Leclerc établit son quartier général dans la gare Montparnasse. Elle constituait un endroit sûr, disposant de lignes de communication en état de marche.

Chars de la division Leclerc arrivant à la gare Montparnasse. Guerre 1939-1945. Libération de Paris. Paris, 25 août 1944 (Crédit : Neurdein / Roger Viollet).
Les blindés de la 2ème DB du général Leclerc le long de la gare Montparnasse (Crédit : Pierre Jahan / Roger-Viollet).
Un char de la 2ème DB du général Leclerc dans le quartier Montparnasse (Crédit : LAPI / Roger-Viollet).
Les drapeaux français réapparaissent aux fenêtres comme ici rue du Cherche-Midi, 25 août 1944. Guerre 1939-1945. Libération de Paris (Crédit : Pierre Jahan / Roger-Viollet).
Blindés de la 2ème DB du général Leclerc garés le long de la rue de Rennes, 25 août 1944. Guerre 1939-1945. Libération de Paris. (Crédit : Pierre Jahan / Roger-Viollet).

Le général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de la garnison allemande à Paris, est capturé dans l’après-midi à l’hôtel Meurice, son quartier général, situé Rue de Rivoli. Il signe l’acte de capitulation à la Préfecture de Police, sur l’Île de la Cité, puis est transféré à la gare Montparnasse pour signer l’acte de reddition de l’ensemble des forces allemandes sous son commandement.

Au dos de cette photographie est écrit : « Le Général von Choltitz signe la reddition de Paris, à la Préfecture de police, le 25 août 1944 vers 16h ». En fait cette photographie a été recadrée (crédit : Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Paris, musée Carnavalet).
L’image originale montre debout à gauche, le capitaine Betz, interprète du général Leclerc. Assis à droite, le sous-lieutenant Braun, de l’état-major de la 2ème DB (Crédit : Photo by Keystone/Getty Images).

Cette photographie recoupée pour rendre l’instant plus solennel et faire disparaître le personnage de droite, le sous-lieutenant Braun absent lors de la reddition de von Choltitz, n’est en réalité pas la photographie de la reddition car il n’existe aucune photographie de cet instant. Cette image a été prise dans le bureau 32 donnant sur la voie n°3 de la gare Montparnasse et serait, d’après Alfred Betz qui se serait confié à Pierre Bourget (« Paris 44, occupation, libération, épuration« ), l’instant où von Choltitz fait une lettre de réclamation pour retrouver sa cantine personnelle qui aurait disparue à l’hôtel Meurice. Entrant alors dans la pièce, un photographe américain a immortalisé la scène et l’image a été publiée avec comme légende : « Von Choltitz signe la capitulation ».

Plaque apposée à l'emplacement de l'ancienne gare Montparnasse (Crédit : Les Montparnos)

Le général Leclerc signe quant à lui au nom du gouvernement provisoire de la République française, et une copie fut également signée par le colonel Rol-Tanguy. Le général de Gaulle est accueilli à la gare Montparnasse par Leclerc qui lui remet l’acte de capitulation de Von Choltitz.

Dans ce film muet conservé par l’INA, De Gaulle retrouve Leclerc à la Gare Montparnasse, ainsi qu’Henri Rol-Tanguy, Marie-Pierre Koenig et Jacques Chaban Delmas. Le Général se rend ensuite à l’Hôtel de ville (où il prononcera son célèbre discours « Paris libéré » qui sera retransmis à la radio).

Cet article illustré de quelques images prises dans le quartier de Montparnasse retranscrit très imparfaitement ce qu’a du être cette intense journée du 25 août 1944 pour les parisiens. Heureusement de nos jours, et j’espère encore pour longtemps, la seule occasion de voir des chars à Montparnasse est pour le 14 juillet.

Le défilé du 14 juillet est terminé, il faut bien retourner à la caserne… (Crédit : Les Montparnos, juillet 2013)


Jusqu'au 1er juillet 2018, le Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la Libération de Paris – Musée Jean Moulin était situé au niveau du Jardin Atlantique au-dessus de la gare Montparnasse. Malgré cette localisation symbolique au regard de l’Histoire, le musée souffrait d’un  manque de visibilité. Depuis il a déménagé sur la place Denfert-Rochereau, dans l’un des deux Pavillons Ledoux, qui abritait l’ancien poste de commandement du colonel Rol-Tanguy, responsable régional des FFI pour l’Ile-de-France et meneur de la résistance parisienne. Le nouveau Musée de la Libération de Paris – musée du Général-Leclerc – musée Jean-Moulin a été inauguré officiellement le 25 août 2019 à l'occasion des 75 ans de la Libération de Paris.(Crédit photo : Les Montparnos, août 2019) 

Plusieurs des photographies qui illustrent cet article ont été prises par Pierre Jahan (1909-2003).

« En tant que membre du Comité de la presse clandestine, je me suis trouvé mobilisé le 20 août 1944 sous les ordres d’une grande gueule de journaliste qui, la veille, s’était offert deux galons de lieutenant.  » Vous devez être partout où ça tire « , consigne d’autant plus facile que ça tirait de tous côtés. « 

Pierre Jahan

Pour en savoir plus sur la libération de Paris, consultez les sites Wikipédia, Libération de Paris – 19-25 août 1944, L’histoire par l’image.

Les différentes gares Montparnasse

Depuis plusieurs mois déjà la gare Montparnasse est en travaux. Comme Saint Lazare ou la gare de Lyon, en plus d’un nœud ferroviaire, elle devient un vaste centre commercial. Savez-vous que cette gare a eu bien des vies. Je vous propose de plonger dans les archives pour retracer en images cette histoire…

NB : Cet article comprend une anecdote cinématographique et une anecdote historique

Saviez-vous que la gare Montparnasse est l’unique gare parisienne ayant changé plusieurs fois de place.

Les débuts en 1840

Comme nous l’apprend le site de la SNCF, ça n’est pas moins de cinq gares qui se sont succédées depuis 1840.
Devant le succès de la ligne Paris – Saint-Germain-en-Laye, le gouvernement décide en 1836 de développer le réseau ferroviaire d’Ile-de-France en direction de Versailles, ce qui entraine la construction du modeste embarcadère de la barrière du Maine, mis en service le 10 septembre 1840, sur la commune de Vaugirard, qui ne sera annexée à Paris qu’en 1860.

Implantation de l’embarcadère de la barrière du Maine à l’extérieur du mur des Fermiers généraux, alors sur le territoire de l’ancienne commune de Vaugirard – aujourd’hui, angle sud-ouest de l’intersection du boulevard de Vaugirard et de l’avenue du Maine, ou actuelle place Raoul-Dautry. – (crédit : détail de la carte du chemin de fer de Paris à Versailles (rive gauche de la Seine)au 25 octobre 1838 – Éditeur :impr. de Lemercier, Bernard et Cie, Paris – http://gallica.bnf.fr)

A l’usage, l’embarcadère du Maine, situé hors des murs de Paris, est considéré comme trop excentré. La révolution de 1848 change le cours des choses. Le gouvernement provisoire, par décret du 27 février 1848, lance les travaux de construction d’une gare de chemin de fer de l’Ouest, sise entre le boulevard du Montparnasse et le mur des Fermiers généraux, et rapidement appelée gare du Mont-Parnasse.

Façade de la gare de l’Ouest du côté de la place de Rennes (actuelle place du 18 juin 1940), par Léon Leymonnerye (1803-1879). Paris (XIVème-XVème arr.), 1874. Crayon. Paris, musée Carnavalet.

L’extension de la voie ferrée depuis la barrière du Maine jusqu’au nouveau site nécessite la construction d’un viaduc, dit Viaduc du Maine, qui enjambe la chaussée éponyme.

Dessin au crayon, réalisé en 1876, de la gare de l’ouest (aujourd’hui gare Montparnasse) par Léon Leymonnerye (1803-1879). On notera sur le côté droit du dessin, le viaduc du Maine, 14e-15e arr. de Paris (source : musée Carnavalet).

Ces travaux nécessitent la démolition du bâtiment voyageurs de 1840 ; un autre bâtiment latéral provisoire est construit sur le côté nord-ouest. Cette nouvelle gare, mise en service en juillet 1852, endommagée par la Commune, comme l’atteste la photo ci-dessous prise en 1871, est une œuvre de style néo-classique.

Le bâtiment est fortement modifié au début des années 1860, suivant un décret du 23 décembre 1863, la halle et les pavillons latéraux sont agrandis. Sont aussi ajoutés des escaliers et rampes d’accès depuis la place de Rennes (aujourd’hui place du 18 Juin 1940) vers des cours supérieures agrandies (les grands escaliers intérieurs sont alors supprimés) ; la rue du Départ et la rue de l’Arrivée sont aussi élargies.

L’accident de 1895

Le 22 octobre 1895, une locomotive à vapeur d’un train Granville-Paris, dont le freinage à main était défectueux, traverse la façade de la gare. Cet accident qui laisse un trou béant dans la façade, a été photographié sous toutes les coutures et a défrayé la chronique  de l’époque.

Quelques jours après l’accident du 22 octobre 1895

L’accident ferroviaire du 22 octobre 1895 à la gare Montparnasse a été intégré à la trame narrative du film « Hugo Cabret » (2011) réalisé par Martin Scorsese.


En prévision de l’Exposition universelle de 1900, et par décret du 3 juin 1898, les cours supérieures et rampes d’accès sont inversées (accès depuis le boulevard Edgar-Quinet), et quatre voies à quai sont ajoutées selon les plans qui prévoient aussi un parking pour les automobiles et les bicyclettes sous la cour de départ, l’installation du chauffage dans certaines salles d’attente et l’éclairage électrique. Malheureusement les travaux commencés en 1898 ne sont pas prêts pour l’Exposition universelle de 1900.

Suite au rachat par l’État de la compagnie de l’Ouest en 1909, les extensions des gares Montparnasse et Vaugirard (marchandises) deviennent à l’ordre du jour.

L’entre-deux-guerres

La période de l’entre-deux-guerres témoigne d’une grande prospérité et la gare Montparnasse n’y échappe pas. Elle profitera elle aussi de l’essor du chemin de fer. La généralisation des vacances, conséquence des congés payés de 1936, multiplie par dix le trafic de la gare Montparnasse pendant les vacances. A nouveau, le trafic s’emballe et la gare devient trop petite pour l’absorber. Une nouvelle phase d’agrandissement est alors lancée. Elle se matérialisera par la construction de deux annexes en amont du viaduc : Maine Arrivée en 1929 et Maine Départ en 1938. Maine Départ est vouée à accueillir les trains Grandes Lignes, les trains de banlieue étant toujours exploités depuis la gare d’origine.

Le bâtiment de la demi-gare de Maine-Départ offrait un confort peu commode aux voyageurs devant prendre leur train depuis ces voies excentrées.


Une avant-gare d’arrivée provisoire avec six voies, desservies par trois quais pour les voyageurs, longs de 295 m, 330 m et 380 m, et de deux voies à quai pour les messageries, est néanmoins ouverte durant l’été 1926. Cette gare annexe reçoit, en 1929, un bâtiment voyageurs de style Art déco.

Dans les années 1930, à l’angle de l’avenue du Maine et du boulevard Vaugirard, la gare Montparnasse de style Art déco, œuvre de l’architecte Henri Pacon, sur la place Bienvenüe (encore dénommée place du Maine, jusqu’en 1933).
A la libération

A la libération de Paris, c’est à la gare Montparnasse, où il a installé son poste de commandement, que le général Leclerc reçoit le 25 août 1944, la reddition du général von Choltitz, gouverneur militaire de la garnison allemande de la capitale, le 84e corps d’armée.

Le Général De Gaulle avec le Général Leclerc et d’autres officiers français à la gare Montparnasse, le 25 août 1944. (crédit : Malindine E G (Capt), No 5 Army Film & Photographic Unit — Cette photographie BU 158 provient des collections de l’Imperial War Museums).
Il me semble reconnaitre Henri Rol-Tanguy au bord de la photo à droite

Dans les années 1960

La reconstruction de la gare est incluse dans une vaste opération de rénovation urbaine, du nom de Maine-Montparnasse, achevée au début des années 1970, et comprenant la nouvelle gare elle-même, un ensemble d’immeubles de bureaux et d’habitations de grande hauteur, la tour Montparnasse et ses bâtiments en base, ainsi qu’un gratte-ciel abritant un hôtel. L’opération Maine-Montparnasse est expliquée dans une vidéo promotionnelle de la SNCF datant de 1966.

Ce projet entraine la démolition de la gare construite en 1852, comme en atteste cette archive sonorisée disponible sur le site de l’INA et datant de mars 1966. Ce film permet également de voir l’animation des abords de la gare et notamment la place de Rennes (actuelle place du 18 juin 1940) et la rue de l’arrivée.

Je trouve assez émouvant de découvrir ce qu’il reste de l’architecture de l’ancienne gare Montparnasse en cours de démolition, d’autant que l’Office national de radiodiffusion télévision française (ORTF), non sans un brin d’humour ou d’ironie, fait un parallèle avec la construction moderne de la nouvelle gare dans ce film musical produit en 1967.

La façade de la nouvelle gare suite à l’opération Maine-Montparnasse de réorganisation urbanistique du quartier Montparnasse, réalisée dans les années 1960-1970 (Crédit : SARDO Médiathèque SNCF).

Le parvis de la gare Montparnasse, en avril 1969, avant la construction du tunnel de l’avenue du Maine (crédit : Roger-Viollet – source : Paris en images)


Ce projet urbain est tellement énorme qu'il donnera certainement lieu à un article spécifique sur ce blog, d'autant que de nombreuses archives sont disponibles en ligne pour l'illustrer. (Crédit : Patrick Olivain - SNCF). 

La façade de la gare Montparnasse sur l’actuelle place Raoul-Dautry évolue encore et se dote d’une grande verrière.

Une façade de verre, avancée par rapport au fronton initial, est ajoutée. Elle est parfois recouverte de campagnes publicitaires. Celle-ci a l’avantage d’offrir le stade de France en illusion d’optique. (Crédit : Les Montparnos, juin 2007)
Les années 2000…

La SNCF porte un nouveau projet de modernisation de la gare dont les travaux ont démarré en 2017 et s’achèveront normalement en 2020. Il s’inscrit dans un programme plus vaste de remaniement du quartier Montparnasse voulu par la Mairie de Paris. Mais ça c’est une autre histoire…

Les travaux de la gare Montparnasse ont débuté du côté de l’avenue du Maine et du quartier de la Gaité. (Crédit : Les Montparnos, juin 2018)


Liens complémentaires :
Pour celles et ceux qui voudraient approfondir l’histoire de la gare Montparnasse, consultez la page Wikipédia qui est pas mal détaillée ainsi que Paris 1900 | L’art nouveau, TransportRail, Paris projet ou vandalisme, Wikiwand et la page de Roland Arzul (2016) avec de nombreuses illustrations.