Un hôtel particulier à l’abri des regards

Vous avez peut-être déjà remarqué l’hôtel particulier enlisé dans un immeuble de rapport à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Vaugirard, mais connaissez-vous son histoire ?

L’Hôtel de Turenne, rue de Vaugirard à l’angle du boulevard Montparnasse (6e arr.) dessiné par Léon Leymonnerye (1803–1879), en 1848 (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris).

Au croisement du boulevard Montparnasse et de la rue Vaugirard, j’ai toujours été intriguée par l’ancien hôtel particulier en pierre de taille qui a été surélevé de trois étages et dont la façade est cachée par un bâtiment moins élevé, qui fait l’angle.

Angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Vaugirard (crédit : Les Montparnos, juillet 2021)

On peut entrevoir la façade de l’hôtel particulier lorsqu’on se rend à la hauteur du 25 boulevard du Montparnasse, où l’on trouve un portail en fer forgé et une étroite ruelle privée. Il ne m’en fallait pas plus pour investiguer.

La ruelle privée du 25 boulevard du Montparnasse laisse entrevoir la façade de l’ancien hôtel particulier (6e arr.) (crédit : Les Montparnos, juillet 2021)

Lorsqu’on consulte la carte interactive de l’histoire du bâti Parisien, on constate que cet hôtel particulier a été construit avant 1800, tandis que le bâtiment qui en cache la façade s’est élevé là entre 1801 et 1850.

La carte interactive de l’histoire du bâti Parisien

J’apprends par la même occasion qu’il s’agit de l’Hôtel de Turenne ou de Scarron référencé dans la base Mérimée. Sur la plateforme ouverte du patrimoine du Ministère de la culture, le bâtiment est également dénommé l’Hôtel du Duc de Vendôme. Difficile de s’y retrouver entre toutes ces appellations.

Dessin à la plume de la façade sur jardin de l’hôtel particulier du 25 boulevard Montparnasse (6e arr.), réalisé en 1910 par Henri Chapelle (1850-1925) à partir de document ancien (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris).

L’origine de l’hôtel particulier ?

En 1734, Michel-Étienne Turgot (1690-1751), alors à la tête de la municipalité parisienne, en tant que prévôt des marchands, confie à Louis Bretez (16..-1738), membre de l’Académie de Peinture et de Sculpture et professeur de perspective, le soin de lever et de dessiner le plan de Paris et de ses faubourgs.
Par contrat, il lui est demandé une observation de grande précision et une reproduction très fidèle, il dispose même d’un mandat de visite l’autorisant à entrer dans les hôtels, les maisons et les jardins.
De 1734 à 1736, il parcourt donc les rues de Paris, pénètre, muni de son laissez-passer, dans les cours des propriétés privées, dessine, îlot après îlot, façades, jardins et rues.

Détail du plan de Turgot, levé et dessiné par Louis Bretez entre 1734 et 1736, sur lequel est représenté l’hôtel particulier et son jardin, juste dans le prolongement de la future avenue du Maine (crédit : Michel Étienne Turgot – source : BnF – Gallica).

Grace au travail titanesque de Louis Bretez et de son équipe, on peut voir sur le plan de Turgot que l’hôtel particulier qui nous intéresse existait déjà en 1734. L’entrée se faisait au 132 de la rue de Vaugirard et il avait une sortie par les jardins sur la rue du Cherche-Midi.

On ne peut qu’admirer le souci du détail qu’a apporté Louis Bretez à la réalisation du plan de Turgot (crédit : Michel Étienne Turgot – source : BnF – Gallica).

En remontant encore un peu le temps, on repère une construction à l’angle de la rue de Vaugirard et du Cours du Midy (l’actuel boulevard du Montparnasse) sur le plan de Roussel de 1730. Je n’ai pas trouvé de plan plus ancien qui représente aussi les constructions de l’époque, mais cela ne veut pas dire qu’il n’en n’existe pas.

Détail du plan de Roussel réalisé en 1730. L’emplacement de l’hôtel particulier est repéré par le rond bleu. On note également le monticule qui a donné son nom au quartier, le Mont Parnasse (source : BnF – Gallica)

Sur le plan de Jouvin de Rochefort représentant Paris en 1672, à l’emplacement de l’hôtel particulier qui nous intéresse, on trouve une belle propriété clôturée au bout du faubourg Saint-Germain qui avait pour périmètre à l’Est, la rue de Vaugirard, au Nord, la rue de Bagneux, (l’actuelle rue Jean Ferrandi) et à l’Ouest, la rue du Chasse Midi (l’actuelle rue du Cherche-Midi). Par ailleurs au Sud, c’étaient des champs, les Cours du Midy (les actuels boulevards des Invalides et du Montparnasse) n’y étant pas encore tracés. Ils ne l’ont été qu’à partir de 1701.

Détail du plan de Paris en 1672, réalisé par Jouvin de Rochefort (source : BnF – Gallica)

Les différents propriétaires

Le bâtiment a été construit par le duc César de Vendôme (1594-1665)1 pour en faire sa petite-maison, où le maître et ses amis donnèrent leurs soirées galantes et leurs fastueuses orgies.
Vers 1670, il est acheté au nom d’un conseiller au Parlement. Une dame d’allure discrète et mystérieuse, élevant plusieurs enfants, s’y installe avec de nombreux domestiques qu’on dit muets.

La consultation du “Guide pratique à travers le vieux Paris” (1923) du Marquis de Rochegude et Maurice Dumolin (p. 462) permet d’en apprendre davantage sur les propriétaires successifs de cet hôtel particulier au n°25 du boulevard du Montparnasse : “Hôtel d’un sieur Thomé2, intéressé aux fermes générales et mari d’une femme de chambre de Mme de Montespan (1669), où Mme Scarron éleva, très probablement, les enfants du roi et de la marquise (1670-1674).”

Cette courte vidéo résume la vie de Madame de Maintenon, née Françoise d’Aubigné et veuve du poète Paul Scarron (1610-1660).

Dès 1669, Françoise d’Aubigné (1635-1719) est choisie par Madame de Montespan (1640-1707), favorite de Louis XIV, pour être la gouvernante de leurs enfants illégitimes. La veuve Scarron accepte seulement sur ordre formel du roi. De la liaison entre la favorite et le roi naîtront sept enfants adultérins3. La chose étant voulue secrète, on installe donc une sorte de pouponnière, rue de Vaugirard, à l’écart de la Cour et des regards indiscrets, où ils vivront jusqu’à leur légitimation le 20 décembre 1673.
Quand Mme de Montespan ressentait les premières douleurs de l’accouchement, Françoise d’Aubigné, qui n’a pas encore le titre de Mme de Maintenon, allait à Versailles prendre le nouveau-né, qu’elle cachait sous son écharpe, elle-même se cachant sous un masque et prenait un fiacre, pour revenir à Vaugirard et rentrer par la porte de derrière. Chaque enfant avait sa nourrice particulière.
Il semble que le roi Louis XIV y soit venu incognito rendre visite à ses enfants et c’est dans ces conditions que la veuve Scarron gagne la confiance et l’affection royales. Albert l’Eschevin en parle de manière peu élogieuse dans l’édition du 1er juillet 1895 du journal Le Soir : “Cette femelle de Tartufe, intrigante, féline, perverse avec des airs de prude sut prendre le roi à Mme de Montespan, sa protectrice.”

Allégorie de la musique par le peintre français, Antoine Coypel (1661-1727), avec Françoise d’Aubigné et cinq des enfants naturels de Louis XIV et Madame de Montespan, vers 1684 (source : Wikimedia commons)

Mais le secret était quelque peu éventé. Le 4 décembre 1673, Madame de Sévigné (1626-1696) écrit à sa fille : “Nous soupâmes encore hier avec Mme Scarron et l’abbé Têtu chez Mme de Coulanges. Nous trouvâmes plaisant de l’aller ramener à minuit au fin fond du faubourg Saint-Germain, quasi auprès de Vaugirard, dans la campagne, dans une grande et belle maison où on n’entre point ; Il y a un grand jardin, de beaux et grands appartements.

Pour les services rendus auprès des enfants, Françoise d’Aubigné reçoit 300 000 livres du roi de France, ce qui lui permet d’acheter les terres et le château de Maintenon et obtient le droit d’en prendre le nom avec le titre de marquise. Une fois les enfants de Mme de Montespan et de Louis XIV légitimés et de retour à Versailles, la maison est vendue. L’hôtel particulier passe de 1719 à 1727, au Grand-Prieur Philippe de Vendôme (1655-1727), arrière-petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, après son départ de la maison du Temple, puis à Louis de Bréhan, comte de Plélo (1699-1734) de 1727 à 1735.

Au lendemain de son mariage, le comte de Plélo, y passe sa lune de miel avec son épouse Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière (1707-1737). Le brigand Cartouche (1693-1721) et sa bande envahissent la maison. A la tête de ses domestiques, de Plélo réussit à les mettre en fuite.
Avant de rejoindre sa garnison, il dédie une poésie à sa femme qui débute par “Jours heureux que je passe en cette solitude, Ne précipitez point un trop rapide cours.”

L’hôtel particulier passe ensuite au marquis de Vilaines en 1740, à la famille de la Tour-d’Auvergne, puis est donné à la demoiselle Rey et à son fils naturel Godefroy de Follainville en 1778. Finalement il est saisi comme bien d’émigré et vendu en 1806. Plusieurs décennies plus tard, la maison qui appartient au chimiste Lucas, devient l’atelier du sculpteur Alfred Boucher (1850-1934). Le graveur, peintre et illustrateur Léopold Flameng (1831-1911) y a également demeuré à la fin de sa vie. Vous vous souvenez peut-être qu’il a notamment fait le dessin de la grande salle de La Californie à Montparnasse. Le 25 boulevard du Montparnasse aurait abrité différents artistes au fil des ans, car il semble que ce fût également l’atelier du peintre Paul-Elie Ranson (1861-1909).

Jusqu’à nos jours

Je n’ai pas pu déterminer avec certitude à quelle époque le pavillon est enlisé dans un immeuble de rapport, mais il semble que cela soit survenu à la fin du 19e siècle à en croire l’article du journal Le Soir en date du 1er juillet 1895 : “Chaque jour des coins du vieux Paris disparaissent, on vient de démolir en partie et d’enserrer en de hautes bâtisses monotones et bêtes une vielle maison qui a son histoire. Elle est bien inconnue des Parisiens. Sise au boulevard Montparnasse, presque au coin de la rue Vaugirard, elle est aujourd’hui défigurée par des raccords et des ajoutures, mais du jardin on peut en admirer encore la haute et sobre architecture, le style robuste et fort, l’allure imposante et sévère, ses macarons superbes.

Quelques uns des macarons visibles (photos : Les Montparnos)

Sur une carte postale ancienne, on note qu’à l’emplacement de l’actuel magasin “Art et Fenêtres”, il y avait la “Rôtisserie de Montparnasse”.

Sur cette carte postale ancienne, on reconnait, à droite, le bâtiment du 25 bd du Montparnasse flanqué de ses deux portails en fer forgé (zones bleues) et on devine le début de la façade en pierre de taille de l’hôtel particulier.
L’un des deux portails en fer forgé du 25 boulevard du Montparnasse (6e arr.) dessiné par Léon Leymonnerye, en 1874 (source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet, Histoire de Paris) et pris en photo de nos jours (crédit : Les Montparnos, juillet 2021). Vous noterez quelques petites différences…

L’entrée au 132 rue de Vaugirard, représentée sur le dessin en tête de cet article, a disparu. Concernant la façade sur jardin il est difficile de se rendre compte de nos jours, il faudra se contenter de la photographie de 1917 (ci-dessous).

Vue de la façade latérale, côté jardin, du 25 boulevard du Montparnasse (6e arr.) en novembre 1917 (crédit: Charles Joseph Antoine Lansiaux – source : CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris)

C’est d’ailleurs cette façade sur jardin qui a fait l’objet d’une inscription de l’hôtel du boulevard du Montparnasse, dit hôtel de Turenne ou hôtel de Scarron au titre des monuments historiques, par arrêté du 29 mars 1928.
Il est aujourd’hui une demeure privée, que l’on peut entrapercevoir au 25 boulevard du Montparnasse dans le 6e arrondissement de Paris.

(photos : Les Montparnos)
La ruelle privée du 25 boulevard du Montparnasse au début du XXe siècle à gauche (crédit : Charles Léger – source : Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diffusion RMN-GP) et de nos jours, à droite (crédit : Les Montparnos, juillet 2021).

1 Fils illégitime d’Henri IV, roi de France, et de Gabrielle d’Estrées, César de Bourbon (1594-1665) est légitimé dès 1595 et pourvu en 1598 du duché de Vendôme par son père.
2 Le premier enfant tenu secret (1669-1672) serait, selon les sources, une fille, Louise Françoise, ou un garçon de prénom inconnu, puis naissent Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736), Louis-César de Bourbon, comte de Vexin, abbé de Saint-Germain-des-Prés (1672-1683), Louise Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes (1673-1743), Louise Marie Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours (1674-1681), Françoise Marie de Bourbon, la seconde Mademoiselle de Blois (1677-1749) et Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1678-1737).
3 Pierre Thomé de Lesse (1649-171.) est trésorier des écuries du roi en 1683, fermier général de 1687 à sa mort. Il épouse en 1685 Françoise Paradis, fille d’un avocat lyonnais.

Les sources de cet article : “Paris qui s’en va – La maison de Mme de Maintenon” (Le XIXe siècle, 1er mars 1892), “Une maison historique” (Le Soir, 1er juillet 1895), l’article de M. Gréard sur Madame de Maintenon dans le “Dictionnaire de pédagogie” (1884), “Guide pratique à travers le vieux Paris” (1923) du Marquis de Rochegude et Maurice Dumolin (p. 462), “Vieux logis ! vieux souvenirs !” (Le XIXe siècle, 21 décembre 1901), “La vie de château au temps jadis – Mme de Maintenon chez elle” (Le Figaro, 8 avril 1931), “Mon village… Le boulevard du Montparnasse” (La France au travail, 29 mars 1941), “Chronique historique : Madame de Maintenon” (Journal des débats politiques et littéraires, 28 octobre 1942), le site de la Société historique et archéologique du 14e arrondissement de Paris, la notice de l’Hôtel de Turenne ou de Scarron dans la base Mérimée, l’article sur la Maison aux cornues du site Paris Promeneurs, le Fonds Thomé de France archives, le bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France (1925), “Amours royales et impériales” (1966, p. 247-248) de Renée Madinier, le site du Château de Maintenon.

Nos voisins, les arbres

Le saviez-vous, il y a plus de 200 000 arbres dans les rues, les espaces verts et les équipements municipaux parisiens. Retour en images sur une déambulation autour des essences du quartier Montparnasse.

Paris compte plus de 110 000 arbres sur la voie publique. On les appelle les arbres d’alignement. La volonté est d’en augmenter le nombre, mais seulement si les sites réunissent les critères pour accueillir les arbres dans de bonnes conditions.

Régulièrement la mairie de Paris propose des visites guidées gratuites animées par l’Agence d’écologie urbaine de la Direction des espaces verts et de l’environnement de la ville. Le dimanche 25 juillet 2021, à l’initiative de la mairie du 14e arrondissement, la visite avait pour thème “Les arbres des rues du quartier Montparnasse“. Résumé en images…

La gestion des arbres parisiens

La plantation des arbres suivent différentes logiques. On a longtemps préféré des allées d’arbres de même essence et de même taille comme cet alignement du jardin du Luxembourg.

Les marronniers taillés au cordeau du jardin du Luxembourg et de l’avenue de l’Observatoire (Photo : Les Montparnos, octobre 2013)

Le service de l’arbre et des bois de la ville de Paris fait parfois le choix, en tenant compte du sol et de l’ensoleillement, de mélanger des essences de familles différentes, ce qui évite la transmission des maladies entre les arbres. Choisir des essences étrangères permet de sélectionner des arbres résistant à un climat continental très marqué mais qui n’abritent pas autant de biodiversité que les arbres originaires d’Ile-de-France et donc sont moins sensibles aux parasites locaux. Les arbres plantés à Paris proviennent soit des pépinières municipales (1/3), soit de pépinières françaises ou étrangères (2/3).

Lorsqu’un arbre est planté sur la voie publique, il arrive généralement en motte. Un cerclage en métal ou un cadre en bois peuvent être installés autour du tronc pour protéger la croissance de l’arbre.
Vous verrez parfois un tuyau jaune qui sort de terre près du tronc des jeunes arbres. Pendant les trois premières années de plantation, ce drain agricole permet d’amener l’eau d’arrosage jusqu’au bas de la motte favorisant ainsi la croissance des racines. Ensuite le drain sera bouché pour éviter l’évaporation et le dessèchement.

Le tuyau jaune est un drain agricole qui permet de conduire l’eau d’arrosage jusqu’au pied de la motte des racines de l’arbre (photos : Les Montparnos, juillet 2021)

Pour survivre en milieu urbain, l’arbre doit relever plusieurs défis. Le volume de terre sur lequel pousse l’arbre peut être insuffisant ou pauvre. Par ailleurs lorsque la terre au pied de l’arbre est trop tassée, l’air et l’eau s’infiltrent difficilement. Les grilles qui encerclent les pieds des arbres ont été installées pour permettre l’infiltration de l’eau, mais malheureusement ça n’est pas la solution idéale. Une autre solution est parfois d’enlever le bitume entre deux arbres pour faciliter l’infiltration de l’eau dans la terre. Des revêtements perméables sont également à l’étude, affaire à suivre…
Si la végétation est trop dense autour du tronc, elle s’accapare l’essentiel de l’eau qui du coup ne parvient qu’en quantité insuffisante aux racines de l’arbre. Ces mêmes racines peuvent aussi avoir du mal à se frayer un chemin dans le sous-sol parisien très encombré par toutes les canalisations et autres galeries du métro. En ce moment on voit beaucoup se développer des arrangements floraux au pied des arbres, mais sachez que si le niveau de la terre est remontée pour accueillir ces nouvelles plantations, jusqu’à enterrer le collet de l’arbre, cela peut le faire mourir.

Toute agression sur le tronc endommage les vaisseaux conducteurs et interrompt la circulation de la sève. Ces blessures constituent la porte d’entrée à de nombreux micro-organismes capables d’entraîner la mort de l’arbre (photos : Les Montparnos, juillet 2021)


L’arbre peut subir d’autres types de stress, comme des écarts de températures importants ou l’accentuation des effets de la chaleur, mais également des agressions, comme l’arrachage de son écorce, des chocs dus à la circulation ou même le déversement de liquide polluant à son pied (si si ça arrive).

Sur la voie publique, les arbres ne peuvent être laissés jusqu’à leur sénescence naturelle, car le vieillissement peut engendrer des chutes, aussi, sauf cas particulier, un arbre parisien est généralement là pour 60 à 80 ans. 

Quelques unes des essences repérées

L’observation des feuillages, fruits, fleurs, écorces et silhouettes des arbres que vous croiserez lors de vos déambulations parisiennes vous permettra de remarquer qu’il y a de nombreuses essences différentes dans nos rues, en fait plus d’une centaine à Paris. Pour notre part, la déambulation a débuté à partir de la station de métro Raspail, pour s’achever rue Victor Schoelcher.

Principales étapes de la visite guidée du 25 juillet 2021
Au 18e siècle de nombreuses essences ont été importées de la région de Pékin, comme le sophora japonica ou le cédrèle toona (ci-dessus) qui a la particularité d’avoir des feuilles roses au printemps (photos : Les Montparnos, juillet 2021 et avril 2019)
Les fruits du Pterocarya sont de très petites noix vertes entourées de deux ailes semi-circulaires et groupées en épis pendants de 40 à 50 cm de long environ (photo : Les Montparnos, juillet 2021)
A l’angle de la rue Poinsot, un Albizia, aussi appelé arbre de soie en raison de ses fleurs en plumeau. Il a la particularité de supporter le calcaire actif du sol (photos : Les Montparnos, juillet 2021)
Le Paulownia doit son nom à Anna Pavlowna, princesse des Pays-Bas, fille du tsar Paul Ier de Russie (Photo : Les Montparnos, juillet 2021)
Les tilleuls donnant sur la place de Catalogne (photos : Les Montparnos, octobre 2020 et juillet 2021)
Il y a peu d’arbres fruitiers en dehors des parcs et jardins. Pourtant rue Jean Zay, on trouve plusieurs poiriers à fleurs qui produisent des fruits comestibles mais âpres (photos : Les Montparnos, juillet 2021)
Près de l’entrée du cimetière Montparnasse, rue Froidevaux, on trouve plusieurs ormes. Cette essence a failli disparaitre à cause de la graphiose, une maladie fongique (Photo : Les Montparnos, juillet 2021)
Alignement de charmes sur la rue Victor Schœlcher. Particularité : le charme est marcescent, c’est-à-dire que les feuilles, bien qu’inactives, ne tombent pas en automne. Au printemps, les nouvelles feuilles font tomber les anciennes (Photos : Les Montparnos, juillet 2021)

J’espère que la lecture de cet article vous permettra de porter un autre regard sur les arbres qui nous entourent, comme ça a été le cas pour moi après cette visite que je vous recommande quelque soit votre quartier.



La carte d’identité de chaque arbre parisien
Envie de connaitre le type d'arbre qui est en bas de chez vous ? Consultez la base de données informatisée sur tous les arbres d'alignement de Paris. Cette application permet un suivi de tous les arbres du patrimoine arboré parisien (alignements, jardins, cimetières, écoles et crèches, établissements sportifs…). Chaque arbre est suivi par sa "carte d'identité informatique" regroupant toutes les informations concernant sa date de plantation, les arrosages successifs, les élagages, l’état sanitaire (état physiologique, plaies, champignons, chocs) pour faciliter le diagnostic des arbres dangereux et fait l’objet d’un suivi régulier.
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Les arbres remarquables de Paris
L’arbre remarquable se distingue par sa singularité, sa morphologie, son identité ou encore son rôle social. Cette distinction lui permet d’entrer au panthéon du patrimoine naturel, culturel ou paysager. Les quelques 191 spécimens remarquables répertoriés à Paris appartiennent à 52 essences d'arbres différentes. Y en a-t-il un près de chez vous ? 
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Pour en savoir plus sur la gestion des arbres parisiens, consultez le site de la ville de Paris, qui donne notamment le planning des interventions d’entretien, d’abattage ou de plantation des arbres, pour les infos sur le plan “Paris Pluie” c’est par . Retrouvez toutes les visites guidées proposées par la Ville de Paris sur Que faire à Paris.

La Californie à Montparnasse

Au 19e siècle, pour éviter les taxes sur les marchandises rentrant dans la capitale, de nombreuses guinguettes et gargotes s’installent aux portes de Paris. L’une d’elle, La Californie, sise entre la chaussée du Maine et le boulevard Edgar Quinet, était célèbre pour ses repas aux prix modiques…

La grande salle de La Californie dessinée en 1859 par Léopold Flameng (source : Musée Carnavalet)

Cette histoire débute au début du 19e siècle, à l’époque où Paris ne compte encore que douze arrondissements et est encerclé par le mur des fermiers généraux, limite qui permet de récolter, aux différentes barrières, la taxe sur les marchandises entrant dans la capitale. Extra-muros, l’embarcadère du Maine (ancien nom de la gare de chemin de fer) est mis en service en septembre 1840 et la gare de l’Ouest le remplace intramuros à partir 1852. Ce n’est qu’au 1er janvier 1860 que les limites de Paris sont étendues aux anciennes fortifications de Thiers(1). Un certain nombre de communes sont annexées, en totalité ou en partie à la ville de Paris qui va passer de 12 à 20 arrondissements. Ainsi le petit Montrouge et Plaisance vont former le 14e arrondissement de Paris.

Avant l’annexion, pour éviter cet impôt, de nombreuses gargotes s’établissent au-delà des barrières de Paris. Celle qui nous intéresse aujourd’hui se trouve près des barrières Montparnasse et Maine.

Le Père Cadet

Né à la Lande d’Airou (Manche) vers 1796, Gilles Cadet est tout d’abord ouvrier maçon. On le décrit comme un Hercule. Dans Le Gaulois on apprend qu’en 1838, il se marie à Paris avec la veuve d’un boucher de la chaussée du Maine (l’actuelle avenue du Maine). D’un document d’état civil, je déduis que son épouse est Pauline Thérèse Peigné, née vers 1806. A la tête d’un petit capital, il l’utilise pour fonder au n° 11 de cette chaussée (actuel 41-43 avenue du Maine), La Californie.

Dans “Paris qui s’efface” (1887), Charles Virmaitre (1835-1903) décrit ainsi le Père Cadet (p. 240) : “Ce n’était pas un philanthrope de carton comme le bazardier de l’Hôtel-de-ville. Il était réellement désintéressé, car non seulement il vendait bon marché, mais il distribuait gratuitement, sans affiches et sans réclames trois cents soupes et autant de portions par jour“.

Entre 1848 et 1850, Gilles Cadet est maire républicain de Montrouge. Le Gaulois rapporte dans ses colonnes une histoire se déroulant en 1848 :

Un jour, un radical à tous crins se présente à la mairie, demandant le citoyen Cadet ; on l’introduit dans le cabinet du maire.
– Citoyen, dit-il…
M. Cadet l’interrompt dès le premier mot et lui dit :
– Est-ce au citoyen Cadet ou au maire que tu parles ?… Si c’est au citoyen Cadet, je n’ai rien à dire ; mais si c’est au maire : chapeau bas !
Et joignant le geste à la parole, il saisit le chapeau du voyou et le jette de l’autre côté de la salle.

Le Gaulois, 21 février 1875

Grâce aux actes de mariage retrouvés en ligne, je sais que Gilles et Pauline ont au moins eu deux enfants. Le 2 décembre 1861, ils marient Pauline Marie Joséphine, leur fille de 20 ans, et le 19 février 1874 Paul Louis Philippe, leur fils de 29 ans.

Le réfectoire des pauvres

Peu après la révolution de février 1848, Gilles Cadet fonde au Petit-Montrouge, à l’enseigne de La Californie, un restaurant populaire à bon marché, où rapidement vont se retrouver les ventres affamés à la bourse plate. Le nom de l’établissement est certainement une allusion aux chercheurs d’or et à la ruée vers la Californie qui s’est amorcée à partir de 1848(2).

“Faut-il être dindon, pour croire de pareils canards !”, dessin de Charles-Edouard de Beaumont réalisé entre 1848 et 1850 (source : Musée Carnavalet)

Pour avoir une description de La Californie, il faut croiser les textes contemporains ou posthumes à la gargote du Père Cadet. On peut lire le chapitre que lui a consacré Alfred Delvau (1825-1867) dans “Paris qui s’en va et Paris qui vient” édité en 1860. C’est d’ailleurs dans cet ouvrage que l’on trouve la gravure de Léopold Flameng (1831-1911) en tête de cet article :

Quand on sort de Paris par la barrière Montparnasse, […] on a devant soi une Gamaches permanente, c’est-à-dire une collection aussi variée que nombreuse de cabarets, de popines, de gargotes et autres buvettes : Les Mille Colonnes, Richefeu, les Deux-Edmond, le Grand Vainqueur, etc. En prenant le boulevard à droite, on longe rapidement quelques maisons jaunes, à persiennes vertes, à physionomie malsaine et débraillée; puis, on arrive à une allée boueuse, bordée d’un côté par un jeu de siam et, de l’autre côté, par une rangée de vieilles femmes qui débitent, moyennant un sou la tasse, une façon de brouet noir qu’elles voudraient bien faire passer pour du café. C’est l’Estaminet des pieds humides […]. Au bout de cette boue est la Californie, c’est-à-dire le réfectoire populaire et populacier de cette partie de Paris.

Peut-être que ces plans vous aideront à vous situer en suivant la description à partir de la barrière du Mont-Parnasse :

Le quartier autour des barrières du Maine et de Montparnasse en 1847, à gauche, et en 1855, à droite. On note que l’embarcadère du Maine a été remplacé par la gare de l’Ouest, intramuros. Le cercle bleu indique la zone où se trouvait approximativement La Californie.

La Californie est enclose entre deux cours. L’une, qui vient immédiatement après le passage dont nous venons de parler, et où l’on trouve des séries de tables vermoulues qui servent aux consommateurs dans la belle saison. On l’appelle orgueilleusement le jardin, je ne sais trop pourquoi,— à moins que ce ne soit à cause des trognons d’arbres qu’on y a jetés à l’origine, il y a une dizaine d’années, et qui se sont obstinés à ne jamais verdoyer. L’autre cour sert de vomitoire à la foule qui veut s’en aller par la chaussée du Maine.
Le réfectoire principal est une longue et large salle, au rez-de-chaussée, où l’on ne pénètre qu’après avoir traversé la cuisine, où trône madame Cadet, — la femme du propriétaire de la Californie. Là sont les fourneaux, les casseroles, les marmites,tous les engins nécessaires à la confection de la victuaille.
” (Alfred Delvau, 1860)

Dans l’ouvrage “Montparnasse hier et aujourd’hui” (1927) de Jean Emile-Bayard (1893-1943) précise qu’il y a plusieurs accès pour rejoindre La Californie. “Le fameux cabaret et restaurant populaire créé par le père Cadet […] se carrait entre la Chaussée du Maine (depuis l’avenue du Maine) et le boulevard de Vanves (aujourd’hui le boulevard Edgard Quinet). Par le passage des vaches, depuis passage Poinsot, ou par une ruelle de l’avenue du Maine ou bien encore par une étroite cour de la rue du Maine […] on accédait à La Californie”.

Plan parcellaire de la fin du 19e siècle de la zone du 14e arrondissement compris entre le boulevard du Montparnasse (en bas) et l’avenue du Maine (en haut à droite). Sur le bord droit du dessin, on reconnait la gare de l’Ouest et les rails de chemin de fer qui en partent. La zone en bleu est l’endroit où se trouvait La Californie, lorsque la rue du Départ, qui longe la gare, n’allait pas encore jusqu’à l’avenue du Maine. Notez que l’orientation de ce plan est inversée, par rapport aux plans précédents (source : Archives de Paris).

A noter, de l’autre côté de la chaussée du Maine, se trouvait le café de la Mère Saguet également fondé par le père Cadet, fréquenté parfois des littérateurs et des artistes, comme les peintres militaires Charlet et Raffet ou par l’historien journaliste Auguste Mignet (1796-1884) et le politicien Adolphe Thiers (1797-1877), mais c’est une autre histoire. (Le Gaulois, 22 février 1875)

Dans les documents déposés aux Archives de Paris par Adolphe L’Esprit (1853-1937), fonctionnaire de la Préfecture de la Seine, j’ai consulté une note manuscrite reprenant des passages du Larousse, le grand dictionnaire universel du XIXe siècle (1874-1875), au mot Montparnasse : “L’établissement le plus curieux du quartier est le restaurant de La Californie qui n’est qu’un vaste hangar muni de tables et de bancs massifs. Autrefois on se défiait si bien des consommateurs que les ustensiles de table, l’assiette, et le gobelet étaient rivés au bois par une chaine de fer, ce qui n’empêchait la clientèle d’être fort nombreuse“.

Feuillet consacré à La Californie, issu de la collection Adolphe L’Esprit (source : Ville de Paris/Bibliothèque historique).

En parlant des consommateurs qui fréquentent La Californie, Delvau décrit : “Ainsi, le pauvre honnête y coudoie le rôdeur de barrières, l’ouvrier laborieux y fraternise avec le gouâpeur(3) ; le soldat y trinque avec le chiffonnier, l’invalide avec le tambour de la garde nationale, le petit rentier avec l’ouvreuse de loges. C’est un tohu-bohu à ne pas s’y reconnaitre, un vacarme à ne pas s’y entendre, une vapeur à ne pas s’y voir.

Dans La France du 22 février 1875, on peut lire que Victor Hugo (1802-1885) aurait déjeuné à La Californie le 18 avril 1842. Est-il venu y faire une étude de mœurs et croquer quelques profils typiques du Paris populaire pour un de ses romans ou l’une de ses pièces ? On peut l’imaginer, car c’est la période où il se heurte aux difficultés matérielles et humaines.

Au menu de La Californie

Depuis toujours La Californie est la cantine destinée “aux ouvriers, aux travailleurs des rues, aux chiffonniers et à tous les pauvres diables qui se présentent. Là moyennant dix centimes – deux sous – payés d’avance, on reçoit un plat de viande que l’on peut manger debout ou emporter dans les deux grandes salles destinées aux consommateurs.” (L’Ordre de Paris, 25 novembre 1873)

Les témoignages sur la nourriture servie à la Californie sont parfois contradictoires. Alfred Delvau écrit : “Pour entrer dans ces hôtelleries de bas étage, il faut avoir nécessité bien urgente de repaître, c’est-à-dire avoir les dents aiguës, le ventre vide, la gorge sèche et l’appétit strident.” Et poursuit : “La cuisine de la Californie a affaire à des estomacs robustes et à des palais ferrés, — et non à des gourmets et à des délicats. Tels gens, tels plats. Le populaire ne connaît qu’une chose : le fricot.” Le plat principal est donc un ragout de viande avec des pommes de terre.
Charles Virmaitre raconte en 1887 que “la nourriture était excellente et la cuisine fort propre, la mère Cadet était impitoyable à ce sujet, elle boitait outrageusement, on l’avait surnommée la mère cinq et trois font huit(4), quand elle arrivait, les cuisinières criaient tout bas [sic] : Gare v’là le gendarme !

A en croire Delvau, “5 000 portions sont servies par jour découpées dans un bœuf, dans plusieurs veaux et dans plusieurs moutons.
8 pièces de vin,— pour aider ces 5,000 portions à descendre là où faire se doit.
1 000 setiers de haricots par an.
2 000 setiers(5) de pommes de terre,
55 pièces de vinaigre d’Orléans — ou d’ailleurs.
55 pièces d’huile à manger, dans la composition de laquelle le fruit de l’olivier n’entre absolument pour rien
“.

A La Californie, il existe un abattoir et la viande toujours fraiche est découpée sur place. Une cinquantaine de femmes s’emploient à éplucher les légumes et les ragoûts sont préparés dans des marmites aussi grandes que des cuves.

Détail de la gravure de Léopold Flameng de la grande salle de La Californie (source : Musée Carnavalet)

Alfred Delvau parlant de la gravure de Léopold Flameng qui représente le réfectoire de La Californie : “Je ne puis que constater l’exactitude de son dessin et la véracité de son récit. Il raconte bien ce qu’il a vu et ce qui est visible tous les jours à l’œil nu, — depuis neuf heures du matin jusqu’aux dernières heures de la journée. Allez-y demain, allez-y après-demain,— vous y rencontrerez les mêmes acteurs jouant la même pièce : elle est encore au répertoire pour longtemps !

En tout cas, on ne saurait se montrer exigeant — vu la modicité du prix des plats. Savez-vous que pour huit sous on peut dîner — et même copieusement — à La Californie ?…”

Alfred Delvau précise en note de son article que l’annexion en 1860 des communes de la banlieue à Paris va modifier l’organisation de La Californie. Son propriétaire, M. Cadet, paye à la commune de Montrouge une redevance quotidienne de 152 francs. Une fois dans Paris, il lui faudra payer à la ville la somme de 400 francs par jour, de quoi réduire considérablement ses marges.

Dans Le Nouvelliste de Bellac du 19 octobre 1872, on apprend le décès du chef cuisinier de La Californie, nommé Baron, qui occupait les fourneaux de l’établissement depuis son origine. L’article rappelle que lors du siège de 1870, “alors que les restaurateurs, traiteurs et marchands de vin avaient épuisé toutes leurs provisions et que les marchés étaient vides, seule La Californie a tenu table ouverte jusqu’à la fin du siège”. On peut se demander ce que le chef cuisinier servait à ses clients.

Le quartier du Montparnasse près de la gare de l’Ouest entre le boulevard du Montparnasse et l’avenue du Maine en 1886, à gauche, et en 1926, à droite. Le cercle bleu est la zone dans laquelle se trouvait La Californie. On note qu’en 1886, le passage Cadet a pris le nom du propriétaire de la gargote. Sur le plan de 1926 on remarque que la rue du départ a été prolongée jusqu’à l’avenue du Maine, impliquant la destruction d’un certain nombre de bâtiment dont La Californie.

Et après…

Le Père Cadet décède le 18 février 1875. Plusieurs journaux lui rendent hommage à cette occasion, mais ne sont pas d’accord sur son âge (75 ans pour La France et 79 ans pour Le Gaulois). Il avait déjà passé le flambeau depuis la fin des années 1860.

En 1906, un décret prévoit le prolongement de la rue du Départ jusqu’à l’avenue du Maine, entrainant la destruction de plusieurs bâtiments. Dans le compte rendu de la commission du Vieux Paris du 25 mai 1907, Pierre Louis Tesson (1855-1923) rappelle l’histoire de ce pâté de maisons et de La Californie. La commission décide alors d’en prendre une photo avant sa destruction.

Grâce à l’aide des documentalistes des fonds d’archives de Paris, j’ai pu identifier la photographie qui a été prise du 41 avenue du Maine en juillet 1907.

Vue de la façade du 41 Avenue du Maine (14e arr.) en juillet 1907. L’ovale bleu indique l’accès supposé à la cour de La Californie (crédit : Eugène Gossin – source : musée Carnavalet).

De nos jours l’environnement a bien changé…

Le 43 avenue du Maine, à l’angle de la rue du Départ percée en 1909, emplacement de l’un des accès à La Californie (photo : Les Montparnos, juin 2021)

(1) L’enceinte de Thiers se situe alors entre les actuels boulevards des Maréchaux et l’emplacement du boulevard périphérique.
(2) Rien qu’en 1848-1849, 76 tonnes d’or sont extraites dans cet état des États-Unis. Référence : Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! (p. 130)
(3) Gouâpeur : gourmand, libertin, ivrogne.
(4) Expression pour évoquer la démarche bancale d’un boiteux.
(5)
Le setier est une ancienne mesure de capacité, de valeur variable suivant les époques, les régions, et la nature des marchandises mesurées. L’auteur précise que dans le cas des pommes de terre, il est de 132 kg au setier.

Les références pour cet article : “Les barrières de Paris” dans Le Siècle (20 février 1857), La Californie dans “Paris qui s’en va et Paris qui vient” (1859-1860) de Alfred Delvau, chronique dans La Patrie (15 juillet 1860), La Californie dans “Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris” (1862) de Alfred Delvau , “Vulgarisation de la science” dans Le Tintamarre (15 février 1863), fait divers de vol a l’étalage dans Le Petit Journal (10 mars 1867) et dans Le Figaro (11 mars 1867), arrestation de deux malfaiteurs dans Le Soir (7 janvier 1872), brève dans Le Gaulois (21 février 1875), hommage au Père Cadet dans La France (22 février 1875) et Le Soleil (24 février 1875), “Quelques gargotes” dans Le Petit Journal (23 février 1875), une brève dans Le Soir (25 février 1875), “Coups de sifflet” dans Le Sifflet (28 février 1875),Paris qui s’efface” (1887) de Charles Virmaitre, “Paris, promenades dans les vingt arrondissements” (1892) de Alexis Martin (p. 86), “Artistes et gens de lettres” dans Paris (8 septembre 1900), “Disparition de la Californie” dans Le Soir (30 septembre 1907), brève dans La Libre Parole (30 septembre 1907), “La vie sur les barrières” dans L’Éclair (25 avril 1909), “Soirée d’adieu au théâtre Montparnasse” dans Comœdia (30 juillet 1924), “La cité californienne, le restaurant pittoresque du père Cadet” dans L’Intransigeant (8 août 1925), Le cabaret de la Californie (1849-1869) dans “Montparnasse, hier et aujourd’hui” (1927) de Jean Émile-Bayard, “Montparnasse Again” dans The Chicago Tribune and the Daily news (21 août 1927), “Montparnasse jadis et aujourd’hui” dans La Liberté (21 septembre 1927), “A la recherche du quartier le moins cher de Paris” dans L’Ami du peuple du soir (13 mai 1932), “Les collines de Paris” dans Le Monde illustré (29 août 1936), liste des maires de Montrouge.

Expositions de l’été 2021

Après plusieurs mois de mise à la diète culturelle, vous êtes peut-être en manque de musées. Voici une sélection d’expositions en lien avec l’histoire du quartier du Montparnasse.

Hasard du calendrier, en cette période de réouverture des musées, plusieurs expositions programmées ont un lien avec le quartier Montparnasse. Notez qu’afin de respecter les mesures sanitaires, il convient de vérifier sur chaque site les conditions d’accès aux expositions. Si j’en ai oublié une, n’hésitez pas à me l’indiquer en commentaire.

Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour école, 1905-1940

L’École de Paris désigne la scène artistique constituée par des artistes étrangers provenant de toute l’Europe, mais aussi d’Amérique, d’Asie et d’Afrique. Ce cosmopolitisme est sans précédent dans l’histoire de l’art. 

Parmi ces hommes et femmes, nombreux sont les artistes juifs venus des grandes métropoles européennes, mais aussi de l’Empire russe, qui cherchent une émancipation artistique, sociale et religieuse. Ils ne sont d’aucune « École » au sens traditionnel : ils ne partagent pas un style, mais une histoire commune, un idéal et, pour certains, un destin. Fuyant un contexte peu favorable au développement de leurs activités artistiques ou cherchant un contexte libre, moderne, de jeunes artistes convergent vers Paris, et principalement le quartier du Montparnasse, parmi eux Marc Chagall, Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Jacques Lipchitz,  Chana Orloff, Otto Freundlich, Moïse Kisling, Louis Marcoussis, Michel Kikoïne et Ossip Zadkine, mais également des artistes moins connus comme Walter Bondy, Henri Epstein, Adolphe Feder, Alice Halicka, Henri Hayden, Georges Kars, Léon Indenbaum, Simon Mondzain, Mela Muter et bien d’autres.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme | 71, rue du Temple, Paris 3e arr. | 17 juin-31 oct. 2021 | site


Eugène Atget, Voir Paris

À partir des collections du musée Carnavalet, l’exposition présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson est le fruit d’un long travail de recherche entrepris conjointement par les deux institutions. Le résultat est une exposition exceptionnelle autour de l’œuvre d’Eugène Atget (1857-1927), figure atypique et pionnière de la photographie. Avant tout artisan, dont la production prolifique d’images est destinée aux artistes et amateurs du vieux Paris, c’est à titre posthume qu’Eugène Atget accède à la notoriété. Critiques et photographes perçoivent dans ses images de Paris l’annonce de la modernité. Parmi eux, Henri Cartier‑Bresson, qui cherche à l’imiter dans ses premières images.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Eugène Atget.

Fondation HCB | 79, rue des Archives, Paris 3e arr. | 3 juin-19 sept. 2021 | Site


Musée Méliès, la magie du cinéma

L’exceptionnelle collection Méliès de la Cinémathèque française, issue d’un siècle de recherches, et celle du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), issue d’une acquisition conséquente faite en 2004, forment un ensemble sans pareil que le public va pouvoir découvrir avec l’ouverture de ce nouveau Musée. 800 m2 flambant neufs, un périple de Montreuil à Hollywood, un voyage dans l’histoire du cinéma. Et Méliès de retrouver toute sa place, celle d’un poète génial et précurseur. Héritier d’une très longue tradition, descendant d’une pléiade de grands inventeurs, il marie science et magie et donne naissance à des images nouvelles, jamais vues auparavant, qui annoncent le sur-réalisme cinématographique cher à Cocteau et Franju, les bricolages sensationnels de Michel Gondry ou Wes Anderson, et les blockbusters de George Lucas, Steven Spielberg, James Cameron, Guillermo del Toro, Peter Jackson ou Tim Burton, autant de cinéastes qui se sont tous, un jour, revendiqués de Méliès.
Pour découvrir le lien avec Montparnasse, lisez l’article sur Georges Méliès.

Cinémathèque française | 51 Rue de Bercy, Paris 12e arr. | 19 mai-31 déc. 2021 | Site


Impasse Ronsin

Cité d’artistes à nulle autre pareille nichée dans le quartier parisien de Montparnasse, l’impasse Ronsin est à la fois un lieu artistique, de contemplation, de dialogue et de fête, mais aussi un foyer d’innovation, de création et de destruction durant plus d’un siècle. Cette ruelle se distingue par une pluralité d’identités artistiques comprenant non seulement l’avant-garde, mais aussi un large spectre de la création entre autres Constantin Brâncusi, Max Ernst, Marta Minujín, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers jusqu’à André Almo Del Debbio ou Alfred Laliberté. 
Proposée par le musée Tinguely, cette exposition muséale consacrée à l’impasse Ronsin présente plus de 50 artistes à travers plus de 200 œuvres réalisées dans ce lieu enchanteur. Un parcours d’exposition jalonné de salles-ateliers conçues à partir des plans originaux réserve aux visiteurs et visiteuses bien des surprises en associant de manière inédite œuvres d’art et anecdotes et en redonnant vie au Paris cosmopolite et creuset artistique.

Musée Tinguely | Paul Sacher-Anlage 2, Bâle, Suisse | 16 déc. 2020-29 août 2021 | Site


Alberto Giacometti – Une rétrospective. Le réel merveilleux

La Fondation Giacometti s’associe au Grimaldi Forum pour présenter, pour la première fois à Monaco à l’été 2021, une exceptionnelle rétrospective de l’œuvre du sculpteur et peintre Alberto Giacometti, la plus importante de ces dernières années, placée sous le commissariat d’Émilie Bouvard, directrice scientifique et des collections de la Fondation.

Espace Ravel du Grimaldi Forum | 10, avenue Princesse Grace – 98000 Monaco | 3 juil.-29 août 2021 | Site


EN BONUS

Le nouveau musée de l’histoire de Paris

Après quatre années de travaux de restauration, le plus ancien musée de la Ville de Paris rouvre ses portes le 29 mai 2021.

Musée Carnavalet | 23, rue de Sévigné, Paris 3e arr. | à partir du 29 mai 2021 | Site

Montparnasse en peinture

La recherche de toiles représentant Montparnasse est l’occasion de voyager dans les courants picturaux tout en constatant les changements du quartier au fil des années.

La boutique du tonnelier, 8 rue du Montparnasse (6e arr.) dessinée par le peintre français Georges-Henri Manesse (1854-1941) en septembre 1915 (source : Musée Carnavalet).

Cet article présente une sélection de tableaux représentant différents lieux du quartier Montparnasse. La liste est loin d’être exhaustive, mais vous remarquerez que les artistes sont venus du monde entier pour vivre à Montparnasse ou peindre le quartier. S’il manque un tableau que vous appréciez tout particulièrement, signalez-le en commentaire. A la fin de l’article vous trouverez une carte qui repère les points de vue identifiables d’où ont été peints ces tableaux. Si vous le pouvez, je vous invite vivement à vous rendre sur place pour constater les changements et pourquoi pas réaliser votre propre œuvre, si le lieu vous inspire.

La place de Rennes

La place de Rennes (1907) vue par Maurice Prendergast (1858-1924), aquarelliste américain (source : WikiArt)

Devant la gare de l’Ouest, la place de Rennes (actuelle place du 18 juin 1940) à l’époque où l’on se déplaçait en omnibus à cheval, en calèche ou avec son char à bras… puis en bus. On constate que la colonne Morris, cette colonne publicitaire ronde typique du mobilier urbain parisien, a changé plusieurs fois de place, encore de nos jours, et que le tracé de circulation a été modifié depuis.

Entre 1925 et 1935, la place de Rennes, devant la gare de l’Ouest, par Max Jacob (1876-1944), peintre français (source : Musée Carnavalet).

La gare Montparnasse

Maine-Montparnasse, la station de chemin de fer de nuit (1905) par Nicolas Tarkhoff (1871-1930), peintre russe. Cet artiste a fait de nombreux tableaux de son quartier, entre la rue de Vaugirard et l’avenue du Maine, souvent depuis sa fenêtre.

La gare Montparnasse, lorsqu’elle s’appelait encore la gare de l’Ouest, que les rails passaient sur un viaduc au dessus de l’avenue du Maine, qu’on arrivait directement sur la place de Rennes.

“Gare Montparnasse – La mélancolie du départ” (1914) par Giorgio De Chirico (1888-1978), peintre italien.
Gare Montparnasse (1931) par Albin Amelin (1902-1975), peintre suédois.

Le tableau de Amelin représente les trains à vapeur qui passent sur le viaduc du Maine avant d’arriver à la gare de l’Ouest. Dans le fond on devine le prolongement de l’avenue de Maine.

Le boulevard Edgar Quinet

Sur ces tableaux de Benatov, représentant le boulevard Edgar Quinet à différentes saisons, on reconnait le mur du cimetière Montparnasse et l’angle de la rue Émile Richard (14e arr.).

“L’hôtel Edgar Quinet – boulevard Edgar Quinet” (1950) par Tsugouharu Foujita (1886-1968), peintre d’origine japonaise.

L’hôtel Edgar Quinet existe toujours de nos jours et le haut de sa façade n’a pratiquement pas changé, l’établissement de vins et liqueurs est devenu un restaurant avec une large terrasse et de nombreuses voitures se garent le long du trottoir.

Le boulevard Montparnasse

Le nuage du boulevard Montparnasse (1898) par Robert Henri (1865-1929), peintre américain.

Difficile de déterminer à quel niveau du boulevard Montparnasse, ce tableau de Henri a été peint. Si vous avez une idée, laissez un commentaire…

“Aux vignobles de France” (1924) par Maurice Utrillo (1883-1955), peintre français de l’école de Paris, à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue Campagne-première.

Maurice Utrillo a déjà peint l’angle de cette rue en 1922, pas étonnant car il vient régulièrement Chez Rosalie qui est juste à côté au 3 rue Campagne-première. Le restaurant Aux vignobles de France deviendra le cabaret Le Jockey, fin 1923.

Le boulevard Raspail

Son ancien nom est le boulevard d’Enfer. En juillet 1887 il prend le nom de boulevard Raspail en hommage au chimiste et homme politique François-Vincent Raspail (1794-1878). La jonction entre les différents tronçons entre le boulevard Saint-Germain et la place Denfert-Rochereau s’est faite entre 1860 et 1906.

Il est difficile de déterminer à quel niveau des travaux sont faits ces deux tableaux de Mouren.

Le croisement de la rue de Rennes et du boulevard Raspail (1889) vu par Henri Zuber (1844-1909), peintre paysagiste français

On note dans ce tableau de Zuber qu’au croisement avec la rue de Rennes, le boulevard Raspail arrive dans un cul-de-sac. Le boulevard Raspail n’est pas encore totalement percé.
Le fronton en demi-lune sur la gauche est le bâtiment du Mont de Piété. Aujourd’hui il héberge la bibliothèque André Malraux (fermée pour travaux jusqu’en janvier 2022).

Au jardin du Luxembourg

Le jardin du Luxembourg a inspiré de très nombreux artistes. Voici une toute petite sélection de tableaux. Sur ce blog vous trouverez de nombreux autres exemples.

Au 19e siècle, le jardin du Luxembourg par Gaspard Gobaut (1814-1882), peintre français (source : BnF)
“Voie à Jardin du Luxembourg” (1886) par Vincent Van Gogh (1853–1890), peintre néerlandais.
“Au jardin du Luxembourg” (1887) par Albert Edelfelt (1854-1905), peintre finlandais.
“Dans le jardin du Luxembourg” (1889) par Charles Courtney Curran (1861-1942), peintre américain.
“Jardin du Luxembourg” (1948) par Lois Mailou Jones (1905-1998), peintre et enseignante afro-américaine.

En attendant de pouvoir retourner aux musées, lorsque la pandémie de Covid-19 sera terminée, j’espère que vous aurez apprécié cet intermède artistique. Je compte sur vous pour m’indiquer d’autres tableaux représentant des lieux du quartier que j’affectionne tout particulièrement.


Sur ce plan interactif, retrouvez les points de vue identifiables des peintres qui ont réalisé ces œuvres et constatez les changements qui se sont opérés depuis.

Et vous, vous êtes plutôt peinture ou photographie ?
La boutique du tonnelier au 8 rue du Montparnasse (6e arr.) dessinée par Georges-Henri Manesse (à gauche), en septembre 1915 (source : Musée Carnavalet) et pris en photo par Stéphane Passet en juillet 1914 (Source : Archives de la Planète, Musée Albert Kahn)
L’angle du boulevard Montparnasse et de la rue Campagne-première (14e arr.), “Aux vignobles de France” peint par Maurice Utrillo en 1924 (à gauche) et la carte postale ancienne (à droite). Ce lieu devient le cabaret Le Jockey fin 1923.


Galerie Les Montparnos
5 rue Stanislas, Paris 6e arr. - Site
Dès sa réouverture vous pourrez y voir l'exposition "Peinture, mon pays" consacrée à Schraga Zarfin (1899-1975), artiste biélorusse, ami d'enfance de Chaïm Soutine, et qui a rejoint Montparnasse en 1924.

NB : Cette galerie n'a aucun lien avec ce blog.


Marché de la création
Tous les dimanches, au pied de la tour Montparnasse, sur le boulevard Edgard Quinet (14e arr.), faites le plein d'art et échangez avec les artistes eux-mêmes. Et qui sait ?  Vous repartirez peut-être avec une toile ou une sculpture sous le bras...
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