La maison à gradins

Au 26 de la rue Vavin dans le 6ème arrondissement de Paris, les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin réalisent un immeuble d’habitation de style métro construit entre 1912 et 1914 en suivant les recommandations hygiénistes de l’époque….

Nés tous les deux en 1873, Charles Sarazin (1873-1950) et Henri Sauvage (1873-1932) se rencontrent lors de leurs études à l’École nationale supérieure des beaux-arts (ENSBA) de Paris.

A l’aube du 20e siècle, ils deviennent ensemble architectes de la Société anonyme des logements hygiéniques à bon marché, fondée en 1903, et participent à de nombreuses expositions où leur talent est récompensé, comme à l’exposition universelle de 1906 à Milan où ils obtiennent la médaille d’or des Arts décoratifs. Ils réalisent à Paris des immeubles de rapport.

Au milieu du 19e siècle, l’idée se développe que la réforme sociale passe par la réforme de l’habitat. Les lois sur la salubrité des logements édictées depuis 1850 prévoient de faire rentrer l’air et la lumière naturelle à flots dans les appartements, avec l’objectif de faire disparaître le bacille de Koch et la tuberculose, responsables de plus de 10 000 décès par an dans la capitale.

Henri Sauvage à gauche, à une date indéterminée, et Charles Sarazin à droite, en 1946 (source : Urbipedia / wikimedia commons)

A partir de 1909, poursuivant les réflexions hygiénistes de l’époque sur l’ensoleillement et l’aération des logements, Henri Sauvage développe un ingénieux dispositif d’immeubles à gradins, dont Charles Sarazin et lui déposent le brevet (n° 439.292 ; 23 janvier 1912).

Leurs innovations en matière de design et d’architecture sont remarquées par la presse, comme ici dans le quotidien Le Siècle du 3 juin 1912 :

L’immeuble du 26 rue Vavin est la première construction parisienne à gradins. Le projet comporte des magasins de commerce en rez-de-chaussée sur la rue Vavin. La demande de permis de construire est déposée le 5 juin 1912 par la Société anonyme des maisons à gradins formée par les deux architectes avec quelques amis.

Le premier projet, comportant neuf étages, est rejeté le 17 juin 1912. Les architectes démontrent alors que l’immeuble ne dépasse pas le gabarit, même s’il est plus haut que le voudrait l’usage. La pente des gradins est parfois en deçà du gabarit, et permet un angle d’ensoleillement et un volume d’air plus important qu’une élévation traditionnelle. Sensible à l’argument, l’architecte-voyer* renvoie le deuxième projet, comportant sept étages, en Commission supérieure de Voirie (avec avis favorable). Celle-ci accorde une tolérance le 5 juillet 1912, sous réserves de réalisation d’un contrat de cours communes avec le propriétaire du terrain mitoyen, et de l’avis du Directeur des services d’architecture, Louis Bonnier. Celui-ci reconnaît l’intérêt du projet, mais refuse l’autorisation.

Le 11 septembre 1912, Sauvage et Sarazin présentent l’ultime mouture du projet : « […] Nous n’avons modifié que les coupes et plans des deux derniers étages, de façon à rentrer strictement dans les gabarits qui sont imposés par les règlements. Enfin, il y a eu une modification au plan du terrain […]. Il n’y a donc plus aucune raison de passer un contrat de cours communes […] ». Le projet est adopté le même jour.

Les travaux de construction sont endeuillés par l’accident de l’ouvrier maçon Henri Boulenger, 40 ans, tombé d’un étage élevé de l’immeuble. Dans leur édition du 16 septembre 1913, Le Figaro parle du sixième étage, tandis que Le Gaulois mentionne le quatrième.

Le 25 mai 1914, l’immeuble achevé est certifié conforme. L’ouvrage est salué notamment dans L’Humanité du 28 juillet 1914.

Construit en béton armé, recouvert de carreaux en grès émaillé blanc de la maison Hippolyte Boulenger et Cie (qui fournit le réseau du Métropolitain), l’immeuble comporte ascenseurs, monte-charge, chauffage central, nettoyage par le vide, etc. L’absence de murs porteurs permet toutes transformations intérieures. Les chambres de domestiques, sur cour, sont au même étage que l’appartement des maîtres. Aucun staff, ni cheminée, ni glace ne décore les appartements.

Toujours selon les idées « hygiénistes » de l’époque, la céramique permettait de laver les façades à grande eau. L’utilisation de céramique devait aussi protéger le béton, matériau nouveau dont on ne connaissait pas la résistance au vieillissement.

Au centre de l’édifice, un vaste volume central est censé abriter des salles d’escrime, des salles de gymnastique, des bibliothèques ou des ateliers d’artiste. Il n’en sera rien. A la place Henri Sauvage y installe en 1919 son agence d’architecture. L’écrivain Paul Nizan (1905-1940) et le peintre, designer et dessinateur Francis Jourdain (1876-1958) y résideront également.

Les façades et toitures sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 15 janvier 1975.


*Les architectes-voyers exercent des fonctions techniques ou administratives dans les domaines de l’architecture, de l’environnement, de l’urbanisme, de la construction, de l’aménagement foncier et urbain. Ils sont en charge de la voirie et des équipements urbains.

Les sources de cet article : « L’invention du système des immeubles à gradins. Sa genèse à visée sanitaire avant sa diffusion mondiale dans la villégiature de montagne et de bord de mer » de Pierre-Louis Laget (In Situ, 24 | 2014, mis en ligne le 18 juillet 2014), le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’article de Comœdia (1er sept. 1922), « Exposition Henri Sauvage » par l’institut français d’architecture (Colonnes, N° 6 — Septembre 1994), planches du supplément à la Construction moderne, n°51.

Qui est Noé ?

Si vous habitez Paris ou êtes de passage dans la capitale, le portrait d’un enfant affiché sur la façade de la Tour Montparnasse ne vous aura pas échappé…

Contrarié, boudeur ou accusateur, il est difficile, à première vue, d’interpréter le regard de cet enfant qui nous interpelle depuis les hauteurs de la Tour Montparnasse.

Sur la façade de la Tour Montparnasse, campagne contre le cancer des enfants

Accompagné de la phrase « Un cancer à 7 ans, sérieux ? », nous aide à comprendre le contexte. Il s’agit de la campagne d’appel aux dons du centre de lutte contre le cancer, Gustave Roussy, incarnée depuis 2017 par le visage de Noé Lemos. Mais qui est Noé ?

En 2011, à l’âge de 7 ans, Noé a été diagnostiqué d’un cancer au cerveau. « La cheffe de service de neurochirurgie de Necker nous annonce en même temps que notre fils a un cancer, que cette tumeur est cancéreuse et qu’il va mourir de façon certaine et rapide » se souvient le père de Noé. Frédéric et Magali, les parents du petit garçon, ont rencontré 20 équipes médicales dans 11 pays, mais au bout de 3 ans, l’état de santé de Noé s’est dégradé.

Pour Brut., Frédéric Lemos, le père de Noé qui est également le président du comité de la campagne « Guérir le Cancer de l’Enfant au 21e siècle » témoigne :


Source : l’article de France TV info du 19 février 2021.

Ma tour Montparnasse

Hommage en images à ma tour Montparnasse… Lire la suite

De la réclame au marketing

Alors qu’on trouve encore des traces de réclames peintes sur certains murs du quartier, voici un aperçu des campagnes publicitaires aperçues à Montparnasse… Lire la suite

Les sculptures funéraires du cimetière Montparnasse

Parcourir le cimetière du Montparnasse à la recherche de sculptures emblématiques est une activité comme une autre quand on est en manque de musée…

Je lisais récemment un article sur les rebondissements judiciaires du conflit qui opposent les pouvoirs publics aux héritiers de Tania Rachevskaïa, suicidée le 12 décembre 1910 par chagrin d’amour*.

L’objet de la discorde ? La sculpture qui orne la tombe de la jeune exilée russe de 23 ans : deux amants enlacés qui s’embrassent. Évidemment il ne s’agit pas de n’importe quelle œuvre. Le Baiser a été réalisé par le sculpteur franco-roumain, Constantin Brancusi (1876-1957).

Le Baiser de Brancusi sur la tombe de Tania Rachevskaïa, avant que la sculpture ne soit recouverte d’un coffrage en bois (source : Wikimedia commons).

A l’époque, arrivé à Paris en 1905, Brancusi ne s’est pas encore fait un nom et la sculpture a été achetée 200 francs par la famille de la défunte. Depuis les six héritiers souhaitent la récupérer pour la vendre à un marchand d’art, arguant que l’œuvre n’a pas été faite spécifiquement pour la tombe. Le 21 mai 2010, la sculpture et son socle formant stèle sont classés par arrêté. La procédure dure depuis plus de 10 ans. Jusqu’à présent, la justice avait toujours donné raison à l’État, mais un arrêt du 11 décembre 2020 de la cour administrative d’appel de Paris accorde aux héritiers le droit de récupérer l’œuvre. En juillet 2021, le Conseil d’État considère que la sculpture ayant été achetée dans l’unique but d’être scellée sur la tombe de la jeune femme, elle constitue un monument funéraire indivisible. À ce titre, ce monument doit être considéré comme un immeuble par nature au sens de la loi, ce qui autorise l’État à l’inscrire comme monument historique sans l’autorisation de ses propriétaires (décision du 2 juillet 2021).

Ce Baiser n’est pas unique, il en existe des dizaines de versions, réalisées entre 1907 et 1945 par l’artiste. L’œuvre n’en reste pas moins estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Ce reportage de France 3 réalisé en 2019 résume l’affaire, avant le rebondissement de décembre 2020.

Piquée par la curiosité, j’ai voulu voir de quoi il s’agissait. Un gardien du cimetière Montparnasse, à qui je demandais où se trouvait la tombe, a tout de suite refroidit mes espoirs. Depuis 2018, la sculpture est sous un coffrage en bois, surveillée par plusieurs caméras.

Déçue de ne pouvoir admirer l’œuvre de Brancusi, je décide de poursuivre ma déambulation en quête des autres sculptures remarquables du cimetière. En voici une sélection, non exhaustive :

Cette sélection sera augmentée au fur et à mesure des découvertes. Et je suis évidemment à l’écoute de vos suggestions que vous pouvez partager avec nous en commentaire ci-dessous.


*Le roman de Sophie Brocas, Le Baiser (Julliard, 2019), raconte cette histoire sous la forme d’un journal fictif.

Pour en savoir plus : Le site du cimetière du Montparnasse sur lequel on peut trouver différents plans (les sépultures les plus demandées, les femmes célèbres, le parcours accessible aux personnes à mobilité réduite), la liste des personnalités inhumées au cimetière du Montparnasse, l’article de l’Express (5 janvier 2019) et le podcast de l’Express (2019).

Le 9e Art à Montparnasse

En attendant la prochaine édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, reportée en juin 2021 pour cause de crise sanitaire, SNCF Gares & Connexions propose aux voyageurs un intermède dessiné.

Les cafés, musées et centres commerciaux de plus de 20 000 m² étant fermés, les lieux de sociabilité et de culture se comptent sur les doigts d’une main. Jusqu’à présent les librairies, quelques galeries d’art et les gares restent encore ouvertes. Le festival d’Angoulême a eu le nez creux en s’associant à une quarantaine de gares un peu partout en France pour présenter l’intégralité de ses sélections officielles 2021.

La BD s’empare de l’espace public

A la gare Montparnasse, les travaux étant toujours en cours, l’exposition est installée sur les piliers du quai 24 et dans le hall 2 de la gare. Trois artistes sont exposés :

Lynd Ward

Né en 1905 à Chicago, Lynd Ward montre très jeune une grande facilité en dessin et étudie les beaux-arts à l’université de Columbia. Très vite il s’impose comme l’un des précurseurs du roman graphique. De l’artiste qui vend son âme, aux amants pris dans les tourments de leurs temps, en passant par l’homme maudit ou l’ouvrier rebelle, Lynd Ward a aussi documenté les injustices du système économique et social américain à l’époque de la grand dépression.

Les dessins noir et blanc en grand format de Lynd Ward (1905-1985) sont à voir sur les piliers du quai 24 de la gare Montparnasse.
Nicolas Presl

Né en 1976 en Vendée, et après une carrière brève comme tailleur de pierre, Nicolas Presl décide de se consacrer pleinement à la bande dessinée. Choisissant une narration sans texte, il montre dans tous ses ouvrages un attachement particulier à l’Histoire, notamment à ses passages les plus troubles.

Les planches de Nicolas Presl sont à avoir sur les piliers du quai 24 à la gare Montparnasse.
Jérémie Moreau

Né en 1987, Jérémie Moreau grandit en région parisienne. Dessinant avec assiduité, il participe chaque année, dès ses huit ans, au concours de bande dessinée du festival d’Angoulême. Il obtient ainsi le prix des lycéens en 2005, depuis il a remporté plusieurs autres prix au festival de la BD. Son dernier album, Le discours de la panthère, est formé de plusieurs histoires courtes, sous forme de paraboles, où les animaux occupent seuls le devant de la scène.

L’exposition de Jérémie Moreau installée dans le hall 2 de la gare Montparnasse.

De mi-décembre 2020 à mi-février 2021, le 48e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême se vit en grand et en gares avec #ArtEnGare – accès gratuit.

Planete dessin

La Planète dessin
Pour les passionnés de bande dessinée, la librairie incontournable du quartier Montparnasse se trouve 17 rue Littré dans le 6ème arrondissement. Incollable, l'équipe est toujours de bon conseil. 
Plus d'infos | tel : 09 73 11 37 11

Ma tour Montparnasse

J’aime la tour Montparnasse, n’en déplaise à certains. J’aime le contraste en hauteur et en style, j’aime qu’elle soit mon repère dans mes déambulations parisiennes, j’aime qu’elle cherche à se réinventer. Hommage en images à ma tour Montparnasse…

Cette photo prise à la sortie de la gare, à cause de la Lune, à droite, et de la lumière du lampadaire, à gauche, qui semblent être le reflet l’une de l’autre, est en fait amusante en raison de l’arbre qui donne l’impression de grimper à l’assaut de la tour Montparnasse (crédit : Les Montparnos, déc. 2016).

Ma tour repère…

Des hauteurs de Meudon-Bellevue, à la faveur d’un rayon de soleil, la tour Montparnasse se détache sur le ciel gris de Paris (crédit : Les Montparnos, août 2011).
La tour Montparnasse est visible depuis le cimetière du Père Lachaise, dans le 20ème arrondissement. En fonction du point de vue, il y a même un étrange effet d’optique, soit la tour parait très proche, soit très lointaine. Ici il s’agit de l’entrée principale du cimetière, dans le prolongement de la rue de la Roquette (crédit : Les Montparnos, juin 2020).
Depuis les étages élevés d’un immeuble de la place d’Italie, dans le 13ème arrondissement, on peut voir la tour Montparnasse et la tour Eiffel émerger des toits de Paris (crédit : Les Montparnos, juil. 2016).
La tour Montparnasse apparait entre les arbres de la butte Montmartre, dans le 18ème arrondissement, tout un symbole lorsqu’on connait la relation qui unit ces deux quartiers de Paris (crédit : Les Montparnos, juil. 2012).
La tour Montparnasse depuis le premier étage de la tour Eiffel dans le prolongement du champs de Mars (crédit : Les Montparnos, sept. 2020).
Même depuis mon lieu de travail, j’ai la tour Montparnasse dans mon viseur (crédit : Les Montparnos, oct. 2020).
Cette photo panoramique de la place du 18 juin 1940 avec la tour Montparnasse et la tour CIT (ancien centre international du textile) aura bientôt valeur d’archive, si le projet de rénovation du complexe Maine-Montparnasse est mené à son terme dans les prochaines années (crédit : Les Montparnos, juin 2020).