Cette église, plutôt sobre à l’extérieur mais surprenante à l’intérieur, a été bâtie pour les très nombreux ouvriers logeant dans le 14ème arrondissement et qui avaient la charge de monter les expositions universelles de Paris du début du XXe siècle. Un lieu qui vaut le détour pour son architecture.
Deux édifices ont précédé l’église Notre-Dame-du-Travail dans le quartier Plaisance du 14ème arrondissement de Paris. En 1840, la construction de la gare de l’Ouest (future gare Montparnasse) développe les alentours et multiplie la population. La petite chapelle qui s’y trouve est insuffisante pour accueillir les fidèles. Vers 1845, une chapelle de secours est édifiée en bois. Elle sera agrandie en 1865. Mais la population continue de s’accroître.
Depuis que les expositions universelles se tenaient au Champ de Mars, les centaines d’ouvriers chargés d’œuvrer à ces manifestations logeaient dans le 14ème arrondissement. Notre-Dame de Plaisance (photo ci-contre) est devenue trop petite.
Un nouveau vicaire, le dynamique père Soulange-Bodin, est nommé en 1884. Celui-ci a la fibre sociale. Il lance une souscription nationale pour bâtir une nouvelle église. Selon ses vœux, elle devra dégager une atmosphère familière aux ouvriers.
Érigée sur un nouveau terrain, elle est construite, à partir de 1897, par Jules-Godefroy Astruc (1866 – 1955) et est inaugurée en avril 1902.
Aux façades extérieures en meulières, moellons et pierres de taille, de style roman, l’architecte a opposé un intérieur aux voûtes formées d’arceaux métalliques, portées par de fines colonnettes en fer, qui donnent à l’édifice une clarté et une légèreté exceptionnelles. Les fermes de fer proviendraient du Palais de l’industrie construit pour l’exposition universelle de 1855 et démoli en 1899 pour faire place aux Grand et Petit Palais. De même, les moellons des façades latérales proviendraient du Pavillon des tissus de l’exposition universelle de 1900. Un moellon est une pierre à bâtir en général de calcaire, plus ou moins tendre et légère.
Deux vues de la rue Vercingétorix et de la façade de Notre-Dame-du-Travail. On note que les voitures circulaient encore dans cette portion de la rue et que des bâtiments se dressaient en face de l’église là où aujourd’hui se trouve le square du cardinal Wyszynski. L’autel de l’église Notre-Dame-du-Travail. Tous les vitraux, tableaux et sculptures présents au sein de cette étonnante église rendent hommage aux travailleurs et à la condition ouvrière (crédit : Les Montparnos, août 2020).
A gauche, la fresque de St Joseph, patron des menuisiers et charpentiers, et à droite, fresque de St Luc, patron des artistes et ouvriers d’art (crédit : Les Montparnos, octobre 2020).
La cloche
La cloche est une prise de guerre de Sébastopol (1854), pendant la guerre de Crimée, offerte par Napoléon III aux habitants de l’ancienne commune de Plaisance et placée dès 1861 dans l’ancienne église. La cloche fut baptisée le 14 juin 1860 et l’impératrice Eugénie et le prince impérial en étaient la marraine et le parrain.
L’orgue
Dès la fin de la première guerre mondiale, la tribune de Notre-Dame du Travail est dotée d’un orgue, construit par la maison Mutin Cavaillé-Coll. En dépit de transformations effectuées à partir des années soixantes, il était à bout de souffle en 1985. Une expertise montra que le coût d’une remise en état dépasserait la valeur de l’instrument. Compte tenu de la rénovation du quartier, de la restauration de l’intérieur de l’église, de l’acoustique exceptionnelle de cet édifice révélée par des concerts réguliers, la Ville de Paris a décidé la construction de l’orgue actuel en 1987. Construit par le facteur d’orgue lorrain Théodore Haerpfer (1946-1999), il est mis en service le 24 décembre 1990.
L’orgue installé en tribune de Notre-Dame-du-Travail a été construit par Théodore Haerpfer et mis en service le 24 décembre 1990. (crédit : Les Montparnos, août 2020)
Le classement en monument historique
Le 15 juillet 1976, deux arrêtés protègent l’église au titre des monuments historiques : un classement pour l’intérieur de l’église et une inscription pour les façades et toitures. Ceux-ci sont abrogés par l’arrêté portant classement de la totalité de l’église le 5 juillet 2016.
Notre-Dame-du-Travail photographiée depuis le square du cardinal Wyszynski (crédit : Les Montparnos, août 2020)
Église Notre-Dame-du-Travail – 59 rue Vercingétorix, 75014 Paris – Site – M° Pernety (ligne 13)
Sur la place du 18 juin 1940, à Paris, impossible de manquer les néons bleu électrique du cinéma Bretagne, la plus grande salle de Montparnasse et la dernière du circuit Rytmann. Mais connaissez-vous son histoire ?
Alors que la restructuration du quartier de la gare Montparnasse était en projet, Le Bretagne, inauguré le 27 septembre 1961, est le troisième cinéma fondé par Joseph Rytmann (1903-1983), après le Mistral et le Miramar. Situé à l’emplacement de l’ancienne Taverne des Brasseries Dumesnil Frères, il prend le nom de la région desservie par la gare de l’Ouest, juste en face.
Ancienne entreprise française brassant diverses bières, la Brasserie Dumesnil exploitait au 73-77 boulevard du Montparnasse (6ème arr.) une grande brasserie dite « Taverne des brasseries ».
Rytmann fait son cinéma
A l’origine Joseph Rytmann n’a rien à voir avec le monde du cinéma. Il est né le 26 janvier 1903 à Borissov, une commune située à l’époque dans la Russie tsariste (actuellement en Biélorussie). Les Rytmann sont juifs. Persécutés, les parents, Benjamin Rytmann (1872-1927) et Rebecca Mlatkine (1879-1928), et leurs deux enfants, Anna (1900-1967) et Joseph quittent leur pays pour rejoindre Paris. En France, la famille s’agrandit avec Moïse* (1908-2002) et Hélène** (1910-1980). Pendant la première guerre mondiale, les parents ouvrent une épicerie rue Eugène Sue dans le 18e arrondissement. Les quatre enfants Rytmann perdent leur père Benjamin en 1927, décédé d’un cancer, et leur mère l’année suivante.
En 1925, avec Max Nadler, son futur beau-frère, Joseph fait l’acquisition, d’un fonds de commerce au 41 rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement.
Le 29 décembre 1925 à la mairie du 2e arrondissement, Joseph épouse Madeleine Anna Nadler (1906-1948), dont la famille travaille comme tailleur dans le quartier du Sentier. Leur mariage est annoncé dans la revue « L’Univers israélite« . Trois ans plus tard, en novembre 1928, Madeleine donne naissance à une petite fille prénommée Benjamine.
Pris par le goût des affaires mais attiré par un tout autre domaine que la confection ou les meubles, Joseph Rytmann rachète, le 30 mars 1933, le Théâtre de Montrouge situé au 70 avenue d’Orléans (actuelle avenue du Général Leclerc) dans le quartier d’Alésia (14e arr.) et en fait un cinéma.
Le théâtre des Fantaisies Montrouge, 70 avenue d’Orléans, 14e arr., bien avant de devenir le Mistral.
Il gère aussi un temps le Maine-Pathé (anciennement Maine-Palace) situé au 95 avenue du Maine, puis en 1938, le bail de la Maison Lavenue, rue du Départ, est à céder. Le quartier de la gare Montparnasse lui parait propice aux affaires et dans une partie de l’ancien restaurant, il ouvre un nouveau cinéma, le Miramar.
Sous l’occupation de Paris
Pendant la seconde guerre mondiale, avec l’occupation allemande de Paris à partir de juin 1940, et les lois du gouvernement de Vichy, Joseph Rytmann est contraint de céder à un administrateur provisoire, M. Boisseau, le Miramar en 1941 et le Théâtre de Montrouge en 1943.
Pour éviter la spoliation, Joseph Rytmann vend fictivement le Théâtre de Montrouge à une connaissance de la famille (M. Bobet).
L’empire Rytmann s’étend
Après la guerre, de retour à Paris, Joseph Rytmann récupère non sans mal le Théâtre de Montrouge et le Miramar. Les cinémas connaissent un immense succès. Benjamine Rytmann-Radwanski, sa fille, raconte au micro de France Inter, que « c’était la folie ». Les spectateurs étaient prêts à s’asseoir par terre devant l’écran pour assister aux projections. Ce n’est qu’à la faveur de gros travaux en 1951 que le Théâtre de Montrouge prend le nom de Mistral.
Joseph Rytmann lors de la première au cinéma Bretagne le 30 octobre 1964, du film « Les Cheyennes » réalisé par John Ford (crédit : collection Rytmann – source : « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinémas à Montparnasse« , éd. L’Harmattan, 2021)
Dans les années 1960-70, le quartier du Montparnasse est en pleine transformation. Le circuit Rytmann s’étend en 1961 avec le Bretagne, sur le boulevard Montparnasse, le Bienvenüe-Montparnasse, rue de l’Arrivée en 1972 et Les Montparnos, rue d’Odessa en 1981.
Les cinémas Bretagne et Miramar sur la place du 18 juin 1940, dans le quartier Montparnasse. On note aussi l’affichage pour les Montparnos à droite de l’enseigne du Miramar (source : Les Montparnos, novembre 2007).
Dans cet extrait de « Démons et merveilles du cinéma » , une archive de l’INA datant de mai 1964, il est question des nombreux cinémas de quartier qui ont fermé, alors que des salles dites d’exclusivité ouvrent leurs portes. On peut d’ailleurs constater que le Bretagne était idéalement situé en face de l’ancienne gare.
Avec ses 850 places réparties entre un orchestre et une corbeille légèrement surélevée, la grande salle du Bretagne est la 3éme plus grande salle de Paris après le Grand Rex et l’UGC Normandie. Une seconde salle de 200 places a été créée en 1973, à l’emplacement d’une ancienne salle de billard de la brasserie originelle.
Au décès de son père Joseph, le 12 décembre 1983, Benjamine Rytmann-Radwanski reprend le flambeau. Contrairement à la grande majorité des cinémas parisiens et afin de se démarquer de la concurrence, le Bretagne programme les versions françaises des films étrangers à l’affiche. Jean Hernandez (1944-2017), programmateur du Bretagne, raconte en 2013 sur France Inter que pour avoir une séance de plus que la concurrence, Benjamine Radwanski demandait que les films longs, comme « Cyrano de Bergerac » (1990), soient diffusés en 25 images / seconde au lieu de 24 (ce qui ne fait gagner que 5 minutes par séance pour un film de 2h15 !). Le réalisateur, Jean-Paul Rappeneau, s’en serait aperçu et aurait menacé de faire retirer son film.
La fin d’une époque
Évidemment le cinéma est passé aux projections numériques mais contrairement aux salles Gaumont ou UGC du quartier, le décor du hall d’accueil du Bretagne est d’origine, avec ses murs en marbre, ses dorures et ses vitrines d’affichage.
Hall d’accueil du cinéma Bretagne, tout en marbre et dorure encore aujourd’hui (crédit : Les Montparnos, 2020)
Jusqu’aux années 2000, Benjamine Rytmann-Radwanski, l’héritière du circuit Rytmann, dirige encore l’ensemble des cinémas du réseau de son père décédé en 1983.
Benjamine Rytmann-Radwanski (1928-2023), la reine de Montparnasse (crédit : Radio France – source : On aura tout vu | France inter)
Mais le 1er janvier 2010, quatre des cinq cinémas passent sous le giron d’Europalaces, qui regroupe Gaumont et Pathé. Depuis, le Miramar et les Montparnos sont passés sous la bannière de Gaumont, le Bienvenüe-Montparnasse a fermé en 2012 pour être converti en théâtre (le Grand Point Virgule) et le Mistral a fermé en 2016 et a été détruit, si bien qu’aujourd’hui, le Bretagne est l’unique vestige du circuit indépendant Rytmann. En cette période difficile de crise sanitaire du coronavirus, le cinéma semble avoir fait le choix de programmer des grands classiques comme « Casablanca » (1942), « Blanche neige et les 7 nains » (1937) ou « Le trésor de la Sierra Madre » (1948), sans doute pour se démarquer une fois de plus de la concurrence du quartier.
Avec son néon bleu électrique, la marque de fabrique des cinémas Rytmann, le Bretagne, situé sur la place du 18 juin 1940, se voit de loin (crédit : Les Montparnos, mai 2010)On a appris la fermeture définitive du cinéma Bretagne le 15 novembre 2023 après 62 ans d’exploitation (crédit : Les Montparnos, novembre 2021)
En savoir plus
Cette histoire vous a intéressés ? Procurez-vous le livre "Rytmann, l'aventure d'un exploitant de cinémas à Montparnasse" (éd. L'Harmattan, 2021, 30€) écrit par Axel Huyghe du site salles-cinema.com, mis en images par Arnaud Chapuy, photographe et préfacé par Claude Lelouch - directeur de collection : Claude Forest, professeur émérite en économie du cinéma à l’université Sorbonne Nouvelle.
Plus d'infos
NB : Suite à la lecture de l’ouvrage « Rytmann, l’aventure d’un exploitant de cinéma à Montparnasse », cet article a été mis à jour le 26 février 2021.
*En 1949, Moïse Rytmann fait des démarches pour changer son nom de famille en Rimond (Journal officiel du 11 nov. 1949). **En 1980, l’assassinat de la sociologue, Hélène Rytmann, par son mari le philosophe Louis Althusser a défrayé la chronique.
Le Bretagne, cinéma classé Art et Essai – 73 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris – site
Pour en savoir plus, consultez le podcast de l’émission « On aura tout vu » sur France inter (11 mai 2013, 46 min), le documentaire « Marchands d’images » réalisé par Jean-Claude Bergeret et produit par l’ORTF (1964, 25 min) ainsi que les sites Salles-cinema.com, Ciné-Façades. Pour les passionnés de généalogie, retrouvez l’arbre de la famille de Joseph Rytmann réalisé à partir des actes d’état civil accessibles en ligne publiquement.
Il reste encore de nombreux ateliers d’artistes dans le quartier Montparnasse, mais peu sont restés dans leur jus et surtout accessibles au public. C’est pourtant le cas de celui d’Antoine Bourdelle dans le 15ème arrondissement. Voici quelques informations pour préparer votre visite…
Emile-Antoine Bourdelle est né à Montauban (82) le 30 octobre 1861. Très jeune il devient l’assistant de son père menuisier-ébéniste et montre des dispositions pour travailler la matière et le bois. Il prend des cours de dessin à l’école municipale et à quinze ans obtient une bourse pour étudier aux Beaux-Arts de Toulouse.
En 1884, âgé de 23 ans, Bourdelle monte à Paris pour étudier dans l’atelier des Beaux-Arts dirigé par le sculpteur Alexandre Falguière (1831 – 1900).
Ayant besoin d’espace pour son travail, en 1885, il s’installe au 16 impasse du Maine (l’actuelle rue Antoine Bourdelle), alors situé au milieu des champs de blé et des vignes.
Antoine Bourdelle (1861-1929) couronné de laurier, dans son atelier de l’impasse du Maine (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)
Cette impasse regroupe plusieurs ateliers, notamment celui du sculpteur Jules Dalou (1838 – 1902). Bourdelle partage avec le peintre, Eugène Carrière (1849 – 1906), les ateliers en bois donnant sur le jardin intérieur.
L’appartement et le portail ouvert d’Antoine Bourdelle (1861-1929), au 16 impasse du Maine, dans le 15ème arr. de Paris (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)
En 1886, Bourdelle claque la porte de l’atelier des Beaux-Arts.
« Je quitte l’école, j’en ai assez, je ne comprends rien à tout ce système de prix, de concours. Il faut qu’à 30 ans j’aie donné ma mesure, et mon travail à moi c’est la rue, c’est la vie. »
Antoine Bourdelle
En 1893, il est engagé comme praticien par Auguste Rodin (1840 – 1917) afin de travailler sur Les Bourgeois de Calais, inaugurée en 1895, et la statue de Balzac, réalisée entre 1891 et 1897. En sculpture, un praticien est l’ouvrier qui met au point une statue, d’après le modèle de l’artiste.
La sculpture la plus connue de Bourdelle
Pour la création de Héraklès archer, commandée par le financier et mécène Gabriel Thomas (1854-1932) pour sa maison de Meudon Bellevue, Antoine Bourdelle demande à son ami le commandant André Doyen-Parigot (1864-1916) de poser pour lui. Ce militaire était un sportif accompli. Le déploiement du corps et la tension des muscles exigés par le tir à l’arc mettent en valeur la musculature du modèle accomplissant deux efforts contraires, celui du bras tendant un arc et celui du pied prenant appui sur un rocher. Bourdelle a modifié la tête de son modèle, celui-ci ayant demandé qu’il soit impossible de le reconnaître.
Antoine Bourdelle (1861-1929) et son modèle posant pour l’Héraklès archer (crédit : Musée Bourdelle / Roger-Viollet – source : Paris en images)A gauche : « Héraklès archer » exposé au Musée Bourdelle- A droite : La même sculpture exposée dans le hall 2 de la gare Montparnasse (crédits : Les Montparnos, mars 2010 et avril 2015)
Bourdelle enseignant
En 1909, son Héraclès archer lui permet d’enseigner à l’Académie de la Grande chaumière où, parmi ses élèves, on trouve notamment Alberto Giacometti. Ci-dessous, dans cette archive du Musée Bourdelle, on retrouve le sculpteur entouré de ses élèves de l’académie en 1922.
En mars 1904, Bourdelle épouse Stéphanie Van Parys (1877-1945). De leur union naît un fils, Pierre Bourdelle (1903-1966), qui deviendra sculpteur et décorateur et fera carrière aux États-Unis. L’arrivée de Cléopâtre Sévastos (1882-1972) à Paris en 1903, et plus précisément dans l’atelier de Bourdelle pour y apprendre la sculpture, va bouleverser la vie sentimentale et artistique du sculpteur. En 1910, Bourdelle divorce de Stéphanie et en 1911, Cléopâtre accouche de Rhodia (1911-2002), leur fille. Il épouse Cléopâtre en juin 1918.
En 2013-2014, l’exposition Bourdelle intime permettait de plonger dans les archives personnelles du sculpteur.
Le musée-atelier Bourdelle
Antoine Bourdelle (1861-1929), sculpteur français, dans son atelier. Paris, vers 1910. (crédit : Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet – source : Paris en images)
Antoine Bourdelle décède le 1er octobre 1929. Vingt ans plus tard, le musée est inauguré sur le lieu même où le sculpteur a vécu et travaillé. Il a été rendu possible grâce à la générosité du mécène Gabriel Cognacq (1880 – 1951), neveu et héritier de Ernest Cognacq, le fondateur de la Samaritaine, ainsi qu’à la persévérance de Cléopatre Bourdelle-Sévastos, l’épouse du sculpteur, puis de sa fille Rhodia Dufet-Bourdelle.
En 1950, Cléopâtre Bourdelle-Sévastos et sa fille Rhodia Dufet-Bourdelle (à gauche) devant « La Femme sculpteur au repos », une œuvre d’Antoine Bourdelle (crédit : Boris Lipnitzki / Roger-Viollet – source : Paris en images)
Deux extensions seront réalisées par la suite. La première par Henri Gautruche (1885 – 1964) en 1961, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Antoine Bourdelle pour exposer ses plâtres, et une seconde par Christian de Portzamparc (1944 – ) en 1992, qui permet d’accueillir des expositions temporaires.
Antoine Bourdelle en 1925 (Photo : Agence de presse Meurisse – Source : BnF – Gallica)
Le musée en images
Sélection de photographies de l’atelier, des appartements et du jardin du musée Bourdelle (photos : Les Montparnos)
Musée Bourdelle – 18, rue Antoine Bourdelle – 75015 Paris – M° Falguière ou Montparnasse-Bienvenüe – Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Fermé le lundi.– L’accès aux collections permanentes est gratuit. Ce musée fait partie de Paris Musées, la quinzaine de musées de la ville de Paris. Découvrez en vidéo ses dernières expositions.
Près de 100 ans après sa fermeture, un Bouillon Chartier a rouvert en février 2019 sur le boulevard Montparnasse, retrouvant sa vocation d’origine : proposer une cuisine traditionnelle à bon prix dans un cadre agréable. Retour en images sur cette histoire…
On doit à Baptiste-Adolphe Duval (1811-1870) l’invention d’un nouveau type de restauration voué à nourrir le petit peuple des Halles, composé d’ouvriers et d’employés contraints de se restaurer hors de chez eux, pour une somme modique. Au milieu du 19ème siècle, ce boucher de métier cherche à écouler les bas-morceaux de viande délaissés par sa clientèle aisée. Il a l’idée de proposer aux travailleurs une cuisine basique et bonne, faite de plats mijotés et de pot au feu, préparée à base de produits frais, le tout dans un cadre agréable. En 1854, les Bouillons Duval étaient nés. En 1896, un concurrent de taille est créé : le premier Bouillon Chartier est ouvert, par les frères Frédéric et Camille Chartier, au 7 rue du faubourg Montmartre dans le 9ème arrondissement.
En 1903, l’ancienne boutique d’un marchand d’huile, au 59 boulevard du Montparnasse dans le 6ème arrondissement, est rachetée par Edouard Chartier. En 1906, d’importants travaux sont effectués pour donner naissance à un somptueux décor Art Nouveau (verrière, miroirs, céramiques, moulures, boiseries…). Les revêtements en céramique, aux dessins floraux, ponctués de paysages de la France, sont signés par le céramiste Louis Trézel (1863-1912) de Levallois-Perret (92).
On reconnait l’enseigne du Bouillon E. Chartier sur cette photo prise, vers 1900, depuis la place de Rennes (actuelle place du 18 juin 1940) à l’angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Rennes.
En 1924…
Vendu en 1924, le Bouillon Chartier Montparnasse est repris par Henri Rougeot, ancien directeur du restaurant Vagenende.
A partir de 1924, le Bouillon Chartier change de propriétaire et passe sous la direction de H. Rougeot. Tableau de Jean Dubuffet représentant la grande salle du restaurant Rougeot (mars 1961). On peut lire le nom du restaurant dans la réflexion du miroir en haut au milieu du tableau. Cette toile est visible à la Fondation Dubuffet à Paris (6e arr.).
En 1977…
Grâce aux royalties du best-seller La cuisine est un jeu d’enfants (3 millions d’exemplaires), Michel Oliver crée, dans les années 1970, plusieurs bistrots rive gauche, dont le Bistro de la gare au 59 boulevard du Montparnasse.
Restaurant « Le Bistro de la Gare » de Michel Oliver, ancien restaurant Rougeot, au 59 boulevard du Montparnasse (6ème arr.), mai 1977 (crédit : Collection Roger-Viollet/Roger-Viollet – source : Paris en images).
En 2003…
Le groupe Gérard Joulie rachète le restaurant qui prend alors le nom Montparnasse 1900.
Le Montparnasse 1900, au rez-de-chaussée de l’hôtel Terminus, à gauche de La Marine. (crédit : Les Montparnos, mai 2010)
Depuis février 2019…
Le Montparnasse 1900 ferme ses portes le 7 janvier 2019. La famille Joulie, propriétaire depuis 2003, a décidé de rendre son nom et sa vocation d’origine à ce lieu ouvert en 1903. Le restaurant rouvre le 1er février 2019, après travaux, sous l’enseigne d’un Bouillon Chartier. Laboucle est bouclée !
Bouillon Chartier – 59, boulevard du Montparnasse – 75006 Paris – Site Ouvert 7/7 j – De 11h30 à 14h30 et 14h30 à 22h30 sans réservation Métro : Montparnasse-bienvenue (4, 6, 12, 13) – Bus : 28, 82, 92, 94, 95, 96, 58
Le quartier Montparnasse est un nœud de transport dense. En plus d’une gare de grandes lignes et un réseau de bus, on ne compte pas moins de cinq lignes de métro. Mais la construction du métro ne s’est pas faite en un jour et a nécessité une longue et difficile gestation. Retour en images sur cette histoire…
Au début de la seconde moitié du 19ème siècle, Paris est en pleine expansion démographique, industrielle et commerciale. L’organisation du transport devient primordiale. Les avenues percées, entre 1853 à 1870, dans le cadre du projet du baron Haussmann facilitent la circulation en constante augmentation des voitures à chevaux, des fiacres, des tramways et autres camions, mais elle n’en devient pas moins anarchique, dans les quartiers centraux. On attendait beaucoup de la Petite ceinture, la première réalisation ferroviaire d’envergure pour Paris, ouverte au trafic voyageurs et marchandises entre 1851 et 1867. Mais les espoirs sont déçus et les problèmes de circulation restent entiers.
Vers 1900, les transports parisiens de surface sont encore souvent hippomobiles comme ici au carrefour des rues Vavin et Bréa (à gauche). Il y a aussi le tramway comme sur le boulevard du Montparnasse (à droite) (Crédit : Neurdein/Roger-Viollet – Source : Paris en images).
Tramway à étage sur l’avenue du Maine, vers 1900 (à gauche) – Circulation dense sur la place de Rennes (actuelle place du 18 juin 1940), vers 1900-1910 (à droite) (Crédits : Neurdein/Roger-Viollet -Source : Paris en images)
En Europe, Londres a mis en service dès 1863 sa première ligne de chemin de fer métropolitain et cela semble être l’exemple à suivre. Après la guerre de 1870, les projets de chemin de fer dans Paris se multiplient. Le conseil général de la Seine se saisit du problème, la Ville de Paris prend les études à son compte, le ministre des transports consulte le conseil d’état, dont l’avis rend la concession à la Ville de Paris impossible, tant et si bien que le métro ne sera pas prêt pour l’exposition universelle de 1889 et il prendra 10 ans de retard. Souterrain ou aérien, les projets continuent d’arriver et l’imagination ne manque pas. Un certain Édouard Mazet prévoit même de faire circuler des trains « gondoles ». Ce projet extravagant qui frise le canular est cependant enregistré sérieusement à la Préfecture de Police et parait dans la revue de vulgarisation, La Nature, du 7 juin 1884 (n°575, p. 315-318).
Mazet, capitaine au long cours, propose des bateaux suspendus sur « rails » (crochets), fixés verticalement par paires sur des piliers. Les bateaux automoteurs avancent, de deux à trois piliers, deux-trois-deux-trois… Ici, gravure de 1884, « passage du bateau devant l’Opéra » (Source : « Les batailles pour la création du Métro : un choix de mode de vie, un succès pour la démocratie locale » de Alain Cottereau, 2004)
La perspective de l’exposition universelle de 1900 à Paris, débloque la situation. L’État reconnait le 22 novembre 1895 à la Ville de Paris le droit de réaliser le métropolitain. L’avant-projet de Paris fut dressé au début de 1896 par Edmond Huet, directeur des travaux et Fulgence Bienvenüe, ingénieur en chef. Le principe était des trains légers souterrains à traction électrique.
Qui est Fulgence Bienvenüe ?
Originaire de Uzel dans les Côtes-du-Nord (actuelles Côtes-d’Armor), Fulgence Bienvenüe (1852-1936) étudie à l’École polytechnique puis à l’École nationale des ponts et chaussées. Il devient inspecteur général des Ponts et Chaussées en 1875. Amputé de son bras gauche après un accident en 1881, il travaille pour la Ville de Paris à partir de 1886 et poursuit les travaux d’aménagements de la capitale initiés sous le baron Haussmann. En 1895, il présente avec son collègue Edmond Huet un avant-projet de réseau de chemin de fer métropolitain souterrain et électrique pour la capitale. Après l’adoption définitive du projet en 1898, Bienvenüe se consacre entièrement à la construction du métro de Paris, l’œuvre majeure de sa carrière.
Pendant plus de trente ans, imaginant des techniques de construction parfois audacieuses, Fulgence Bienvenüe supervise la construction et l’extension du réseau, ce qui lui vaudra le surnom de Père du métro. On disait de lui : « C’est un esprit très audacieux mais raisonnable, rigoureux et réaliste » qui montre la ténacité d’un vrai breton.
(Crédit : Neurdein / Roger-Viollet – Source : Paris en images)
La station de métro Montparnasse – Bienvenüe est nommée en l’honneur de Fulgence Bienvenüe depuis le 30 juin 1933, en même temps que la place du Maine prend le nom de place Bienvenüe.
La construction du métro
La loi du 30 mars 1898 déclare d’utilité publique, à titre d’intérêt local, le projet du métropolitain « destiné au transport de voyageurs et de leurs bagages à main« . Le réseau long de 65 km est constitué de six lignes concédées à la Compagnie du chemin de fer Métropolitain de Paris (CMP). La loi stipule également que les infrastructures (souterrains, tranchées, viaducs, quais des stations) sont construits par la Ville de Paris, tandis que le concessionnaire exploitant est chargé des superstructures (ateliers, usines électriques, pose des voies et des équipements, achat du matériel roulant).
La mise en service du métro a nécessité la construction de sous-stations électriques pour alimenter les rames, comme celle-ci dans le quartier de Necker. (Source : Les Montparnos, mai 2020)
Les travaux de la ligne 1 (entre Porte Maillot et Porte de Vincennes) débutent en octobre 1898. Elle est inaugurée le 19 juillet 1900 alors que la capitale accueille la même année l’exposition universelle et les jeux olympiques. Le succès est immédiat. Près de 4 millions de personnes sont transportés dès le mois de décembre 1900.
Très rapidement les travaux des lignes 2 Nord, 3, puis 2 Sud, 5, 4 et 6 sont entrepris. En 1910 les six premières lignes du réseau sont ouvertes avec un an d’avance sur les délais prévus.
Plan des lignes du métro parisien en service ou en construction, en mai 1910 (Source : Gallica.fr)
L’inondation de 1910
Entre les 18 et 26 janvier 1910, des pluies diluviennes s’abattent sur le bassin parisien. A Paris, la Seine monte de six mètres en dix jours. Les lignes 1, 3, 4, 5 et 6 sont impactées au fil des jours. La ligne 6 est affectée en premier. D’importantes infiltrations recouvrent les voies sur 800 mètres dans le quartier de Bercy. Sur la ligne 4 récemment mise en service, l’eau recouvre les rails sur une longueur de 4600 mètres. Les lignes Nord-Sud (12), 13 et 8 alors en construction sont également impactées. Évidemment cela occasionne des interruptions de services sur les lignes concernées. Elles sont parfois exploitées par tronçon. Par exemple, le 25 janvier, le service est interrompu sur la ligne 4 entre Châtelet et Vavin. Après la décrue le service est rétabli progressivement. Pour les lignes qui nous intéressent, ente le 14 février et le 6 avril sur la 4 et entre le 8 mars et le 17 avril 1910 sur la 6.
Lors de l’inondation de Paris, en 1910, on circule en barque dans le métro sur la ligne Nord-Sud. (Crédit : Maurice-Louis Branger/Roger-Viollet – Source : Paris en images)
Les lignes de métro à Montparnasse
Détail du plan des lignes du métro parisien en service ou en construction, dans le quartier Montparnasse, en mai 1910 (Source : Gallica.fr)
Porte de Clignancourt – Porte d’Orléans, puis Mairie de Montrouge
Avec la ligne 4, pour la première fois, les voies passaient sous le fleuve pour relier la rive gauche à la rive droite de la Seine. Comme souvent la ligne a été mise en service par tronçon. Le parcours Porte d’Orléans – Raspail est ouvert aux voyageurs le 30 octobre 1909. Il faut attendre le 9 janvier 1910 pour l’inauguration du tronçon Châtelet – Raspail. La ligne est exploitée dans son entièreté après la décrue de 1910. Elle sera prolongée vers le sud jusqu’à Mairie de Montrouge, inaugurée le 23 mars 2013.
Étoile – Place d’Italie, puis Nation
Pendant sa construction, la ligne 6 se nommait numéro 2, sous l’appellation « Circulaire Sud », la ligne « Circulaire Nord » (ligne 2 actuelle) étant ouverte depuis 1903. Elle a la particularité d’être en grande partie en aérien. La mise en service de la ligne s’est faite en plusieurs étapes. Le tronçon Passy-Place d’Italie est ouvert le 24 avril 1906.
Le métro aérien et l’avenue de Breteuil, vers 1910. (Source : Paris en images)
Boulogne – Gare d’Austerlitz
Écartelée, remaniée, tronquée, la ligne 10 actuelle ne ressemble en rien à ce qu’elle a été au début du métro parisien. Une partie de son tracé actuel portait un autre numéro, tandis que le nombre 10 était affecté à certains tronçons qui appartiennent aujourd’hui à d’autres lignes. C’est aujourd’hui une transversale est-ouest.
Porte de la Chapelle, puis Front populaire – Mairie d’Issy
En 1901 l’ingénieur Berlier, associé à Janicot, propose son chemin de fer tubulaire inspiré du tube londonien. Il propose de connecter les deux rives de la Seine et de relier Montmartre à Montparnasse avec la ligne A d’un réseau qui devait comporter trois lignes (A, B, C). La Ville de Paris lui accorde la concession le 28 décembre 1901, mais demande que la ligne soit prolongée jusqu’à Porte de Versailles d’une part et de Saint Lazare à la Porte de Saint-Ouen d’autre part. Entre temps la Société du chemin de fer électrique souterrain Nord-Sud de Paris a été créée. Contrairement à la CMP, la concession prévoyait que l’ensemble des travaux soit à la charge de Nord-Sud. A noter que sous la butte Montmartre la ligne est établie à grande profondeur, soit jusqu’à 56 mètres sous la surface du sol. Le 5 novembre 1910, les voyageurs pouvaient aller de Porte de Versailles à Notre-Dame-de-Lorette. A partir d’avril 1911, ils pouvaient aller jusqu’à Pigalle, puis jusqu’à Jules Joffrin à partir d’octobre 1912. Le 23 août 1916, la ligne va jusqu’à La Chapelle, et Mairie d’Issy est inaugurée le 24 mars 1934. Le 18 décembre 2012, la ligne 12 est prolongée vers le nord jusqu’à la station Front Populaire.
Train de la ligne 12 à la station de métro Montparnasse, vers 1970. (crédit : Léon Claude Vénézia/Roger-Viollet – source : Paris en images)
Cette ligne a connu bien des vicissitudes. Initialement la ligne B du Nord-Sud allait de la gare Saint-Lazare à la porte de Saint-Ouen et prévoyait une correspondance à Saint-Lazare avec la ligne A (c’est-à-dire la 12). A l’origine le tronçon Invalides et Duroc faisait partie de la ligne 10, la ceinture intérieure. La partie méridionale de la ligne 13 actuelle était l’ancienne ligne C du Nord-Sud entre la porte de Vanves et la place Bienvenüe, aussi numérotée ligne 14. Le terminus était initialement prévu sous la rue de l’Arrivée. Ce tronçon est inauguré en décembre 1936. La situation avec, d’une part une ligne 13 venant du nord et aboutissant à Saint-Lazare et d’autre part une ligne 14 venant du sud et s’achevant à Invalides, va durer des décennies. Ce n’est que dans les années 1970 qu’elles sont réunies en une grande ligne transversale nord-sud.
Femme poinçonnant des tickets en 1ère classe dans le métro de la ligne Nord-Sud à Paris, pendant la guerre 1914-1918 (crédit : Maurice-Louis Branger/Roger-Viollet – source : Paris en images)
Pour se démarquer des lignes de la CMP, les noms des stations de la ligne Nord-Sud sont écrits en lettres énormes et les cadres publicitaires sont en céramique bistre pour les stations ordinaires et de couleur verte pour les stations de correspondance.
En 2020, le métro parisien a 120 ans !
En 1970, l’ORTF consacre un épisode de la série « Histoire de Paris » aux 70 ans du métropolitain et retrace les grandes étapes de sa construction.
Cet article s’appuie sur les ouvrages suivants : « Un siècle de métro en 14 lignes » de Jean Tricoire, éd. La vie du rail, 2000 | « Un ticket pour Paris, un siècle de bus et de métro » de Claude Berton, Jean-Claude Lablée, Claire Lemoine et Murielle Rudel, éd. Sélection du Reader’s Digest, 2006 | « Histoire illustrée des stations de métro » de Philippe Game et Danielle Michaud, éd. EDL, 2005